INTERVENTION TÉLÉVISÉE DE FIDEL CASTRO RUZ, PREMIER SECRÉTAIRE DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE DE CUBA ET PRÉSIDENT DU CONSEIL D'ETAT ET DU CONSEIL DES MINISTRES, EN VUE D'ABORDER L'ACTUALITÉ NATIONALE, LE 1ER NOVEMBRE 1999.

Héctor Rodríguez. Bonsoir. Comme prévu, chers amis téléspectateurs, le compañero Fidel Castro se présente devant un groupe de journalistes des médias cubains pour aborder des questions de l'actualité nationale. Son intervention est retransmise par Cubavisión, par Radio Rebelde et par Radio Habana Cuba. Je lui cède la parole.

Fidel Castro. Quelques mots d'introduction.

La Proclamation de l'Assemblée nationale avec toutes ses conséquences juridiques, les dénonciations et les prises de position de la délégation cubaine aux Nations Unies, les batailles livrées contre les agressions internationales dont Cuba a été victime sur le terrain sportif, notre victoire aux Jeux panaméricains de Winnipeg malgré ces agressions, les courageuses positions de notre pays au sujet de la guerre génocide contre la Yougoslavie, la croissance de notre économie en 1999 par contraste avec la grave récession qu'enregistrent la plupart des pays de la région, le mouvement croissant aux Etats-Unis contre le blocus et les initiatives lancées par des personnalités éminentes du Sénat, l'incroyable exploit de notre peuple qui s'est récupéré en soixante-douze heures à peine des dégâts dramatiques causés par le cyclone qui nous a frappés voilà deux semaines, la visite du gouverneur de l'Illinois, l'imminence du Neuvième Sommet ibéro-américain et l'échec des tentatives pour le saboter, tout ceci a déchaîné l'hystérie et des réactions désespérées dans certains secteurs extrémistes des Etats-Unis et dans la maffia contre-révolutionnaire et terroriste de Miami.

Je n'ai cité que quelques facteurs, mais je pourrais en ajouter d'autres. Par exemple, la présence de Cuba au Sommet de Rio de Janeiro qui a réuni les pays latino-américains et caribéens et quinze pays de l'Union européenne; les contacts avec les étudiants de la plus importante université vénézuélienne lors de la prise de possession du président Chávez, ou avec ceux de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro, ou avec le Congrès de l'Union nationale des étudiants brésiliens, auquel ont participé des milliers de délégués. Ceci, sur le plan international.

Ici, l'excellent Congrès des écrivains et artistes de cette année; le Congrès tout aussi excellent des journalistes cubains, de vrais journalistes et de vrais révolutionnaires, qui vient de tenir un conseil élargi - si élargi que tous les délégués du Congrès y ont assisté - en vue d'analyser le travail effectué. Des réunions sur les questions économiques, comme celle de La Havane à laquelle ont participé des centaines d'économistes prestigieux. Et bien d'autres choses que je pourrais énumérer et qui ont, sans l'ombre d'un doute, soulevé le désespoir et l'hystérie des ennemis de notre pays aux Etats-Unis. Tout ceci saute aux yeux.

C'est donc au sujet de ces questions que je voudrais avoir un échange d'impressions avec vous. Voilà pourquoi j'ai demandé à la télévision de me céder une chaîne pour cette réunion. J'ai des choses à dire et je m'efforcerai de le faire en réponse à vos questions et à vos commentaires. Cela me semble préférable à un discours.

Pour commencer, si vous me le permettez, je voudrais donner une idée de la campagne féroce orchestrée en ce moment contre Cuba. Pour cela, j'utiliserai fréquemment des dépêches de presse en provenance des Etats-Unis, en plus des informations précises recueillies de sources absolument fiables et de faits irréfutables.

Je vais commencer par deux ou trois dépêches du 29 octobre 1999. Le jour où allait commencer la réunion du Conseil élargi de l'UPEC. Ce matin-là, selon ma coutume, je me suis mis à lire quelques dépêches.

La première. Je ne dirai que l'essentiel.

Miami (USA), 29 octobre (EFE). Le département d'Etat nord-américain adressera prochainement une notification à la chaîne hôtelière espagnole Sol Meliá dans laquelle il lui donnera un délai de quarante-cinq jours pour abandonner Cuba ou pour indemniser les plaignants, si elle veut éviter les sanctions administratives prévues dans la loi Helms-Burton.

«Le département d'Etat est sur le point d'adresser la seconde notification à Sol Meliá. La première disait : "Nous disposons d'évidence raisonnables selon lesquelles vous trafiquez avec des biens saisis à des Nord-Américains." La seconde dira : "Nous avons déterminé que vous trafiquez..."», a déclaré l'avocat Nicholas Gutiérrez à EFE.

Gutiérrez, représentant légal de la famille Sánchez Hill, a expliqué qu'«une fois la notification émise, Sol Meliá disposera de quarante-cinq jours pour abandonner le pays ou pour parvenir à un arrangement avec la famille. Cet arrangement, elle peut le faire maintenant, sans attendre la seconde notification.»

«Ceci conclut une longue période au cours de laquelle Sol Meliá a fourni toutes sortes de documents que le département d'Etat a jugés non probants du fait qu'elle ne trafiquait pas sciemment avec une propriété privée», a ajouté l'avocat dans une conversation téléphonique avec EFE.

Selon Gutiérrez, «la commission des relations extérieures du Sénat du Congrès nord-américain exerce des pressions sur le département d'Etat pour que celui-ci hâte les démarches ».

Le président de cette commission, c'est le sieur Helms. Voyez donc cette attaque contre la plus importante société touristique à avoir des relations avec nous Autre dépêche :

Le témoignage d'un industriel espagnol sur une cargaison de cocaïne saisie en 1998 en Colombie doit permettre d'inclure Cuba sur la liste des pays servant de pont au trafic de drogue, a affirmé aujourd'hui, vendredi, un législateur nord-américain.

Dan Burton [l'autre pied de la fameuse loi], président de la commission de réforme gouvernementale de la Chambre des représentants des Etats-Unis, a affirmé que des enquêteurs de cette commission avaient interviewé, le 16, l'industriel espagnol José Herrera.

Herrera a affirmé aux fonctionnaires du Congrès qu'à son avis, le gouvernement cubain était au courant de la cargaison de 7,5 tonnes de cocaïne saisie en décembre dernier, et dont la police cubaine a dit qu'elle était destinée à la société Union du plastique, où les Espagnols Herrera et José Royo détenaient 49 p. 100 des actions, le gouvernement cubain en détenant 51 p. 100.

Herrera a l'impression que des secteurs des services secrets du gouvernement cubain ont utilisé cette société pour transporter la cocaïne en profitant du fait que celle-ci importait du matériel de Colombie.

Selon Burton, le témoignage d'Herrera doit faciliter l'inscription de Cuba, par le département d'Etat, sur la liste des nations qui servent de lieu de transit de la drogue entrant aux Etats-Unis.

«Le gouvernement Clinton a cessé d'être complice du gouvernement cubain dans ses tentatives de normaliser les relations avec ce pays», a soutenu le législateur républicain.

Voilà donc que ressort la fameuse histoire des deux industriels espagnols, nobles et sans reproche, qui avaient proposé de créer une société d'économie mixte chargée de produire des articles déterminés, en vue de quoi ils offraient la technologie, le marché et des capitaux.

Tout récemment, pour d'autres raisons, pour un interview, j'ai demandé qu'on me montre des spécimens de ces fameux produits, qui sont, soit dit en passant, assez intéressants, et je regrette de ne pas en avoir quelques-uns avec moi. Et comme ces produits disposaient d'un marché - je suis convaincu en effet qu'on les écoule facilement ici -, eh bien ces messieurs ont créé une entreprise d'une douzaine de travailleurs. Oh, c'étaient des gens très efficaces, très consacrés à leur tâche... au point que quand un conteneur arrivait, ils allaient le chercher eux-mêmes sur les quais, et quand un conteneur partait, ils l'embarquaient eux-mêmes. L'idée est très claire : il s'agissait d'inventer un produit qui avait besoin d'une matière première, des agglomérés de plastique - ça porte un nom, mais je ne me le rappelle plus maintenant - produits en Colombie. Les conteneurs apportaient donc cette matière première, et la petite usine, avec sa technologie et sa douzaine de travailleurs, fabriquait les figurines, réexpédiées ensuite dans le même conteneur en direction de l'Espagne. Oui, mais le hic, c'est que ces conteneurs avaient une double paroi, même s'ils paraissaient normaux. Ces gens-là n'avaient pas de complices, et ils n'en avaient pas besoin : ce sont eux qui ont monté l'entreprise, qui achetaient la matière première, qui fabriquaient le produit ici et qui l'expédiaient ensuite en Espagne. Tout ceci, heureusement, a été découvert à temps, parce qu'ils avaient des projets ambitieux. Reste à préciser, et on arrivera bien à le préciser un jour, combien de drogue ils ont embarqué. Je pense qu'ils faisaient juste des essais avec les premier conteneurs, qui n'ont pas été si nombreux.

Quand je suis intervenu à la télévision le 5 janvier dernier, j'ai dénoncé ce fait. J'ai même protesté parce que les autorités colombiennes - malgré l'accord qu'elles avaient avec nous, malgré notre collaboration - ne nous avaient informés de rien. Elles ont découvert ces conteneurs qu'elles ont associés à ces individus, et aussitôt la nouvelle est parue dans les journaux : «Tant de tonnes de cocaïne à destination de Cuba.»

Ça m'a vraiment indigné et je l'ai dénoncé publiquement. Nous avons réalisé une ouverture économique, nous avons des zones franches où arrivent des conteneurs de matières premières. Et j'étais indigné, parce qu'il ne s'agissait plus d'un de ces cas mineurs, de quelqu'un qui transporte un kilo dans une ceinture, ou dans une valise, ou dans des cintres. Non, c'était une tentative de trafic à grande échelle, en utilisant notre pays. Et c'est d'ailleurs de là qu'est née l'initiative d'établir la peine maximale contre ceux qui tenteraient de trafiquer à grande échelle avec des drogues en passant par notre pays.

C'est d'ailleurs à partir de là que nous avons découvert une série de choses, dont je ne vais pas parler maintenant. Je l'ai fait à Cienfuegos, le 26 juillet. Et j'ai parlé de cette question avec une série de gens, même avec des Espagnols, me demandant pourquoi ces messieurs étaient encore en liberté, pourquoi on ne nous avait pas avertis juste un tout petit peu à l'avance pour que nous puissions les arrêter ici, la main dans le sac. Oui, on n'a pas bien agi dans ce cas, peut-être était-ce l'intérêt de faire un scoop spectaculaire et rien d'autre... En tout cas, là-bas ils ont arrêté un vigile, et les individus en question sont en Europe.

Nous allons continuer de réclamer et de dénoncer, parce que nous avons assez de preuves et d'évidences pour inculper ces individus : nous avons en effet saisi les conteneurs, au moins trois, avec tout leur système métallique trafiqué, avec leurs soudures spéciales. Nous avons mené une enquête exhaustive. Et même les chiens entraînés ont flairé l'odeur de la drogue dans ces conteneurs.

Avec les preuves aux mains des Colombiens - qui nous en font parvenir certaines, si j'ai bien compris - et les nôtres, il y a largement de quoi inculper ces messieurs. Ce que nous réclamons, c'est qu'ils soient jugés ici, parce que c'est ici qu'ils ont commis le délit le plus grave. Oui, qu'on les envoie ici, et que viennent tous les avocats qu'ils veulent pour les défendre ! En fin de compte, comme ces faits sont survenus avant la promulgation de la loi qui aggrave les sanctions contre le trafic de drogue et qui prévoit la peine maximale pour le trafic à grande échelle, ces gens-là ne courent aucun risque qu'on la leur applique.

Nous réclamons qu'on nous les envoie, parce que nous sommes vraiment indignés. C'est vraiment le comble de l'impudence d'aller chercher ces types-là, qui devraient être en prison, pour les interroger, et après ça, d'utiliser leurs déclarations pour donner de nouveaux arguments à ceux qui, au Congrès des Etats-Unis, veulent liquider la moindre possibilité d'accord avec Cuba permettant vraiment de lutter contre le trafic de drogue avec la plus grande efficacité possible et qui pourraient présenter quasiment comme témoins ces deux individus, ces deux bandits, Herrera et José Royo, ou du moins l'un d'eux. Qu'on les envoie ici pour que nous leur fassions un procès public retransmis par télévision, et que viennent tous les avocats qu'on veut et d'où l'on veut pour les défendre. C'est en tout cas le comble que ces types-là soient toujours en liberté et soient en plus des témoins !

Nous avons insisté. Jusque-là, nous avons fait preuve de patience. Mais il nous faudra maintenant agir par voie légale. Nous allons présenter une accusation, les réclamer à l'Interpol pour qu'elle les amène ici et qu'on les juge. Je ne sais qui va les défendre, qui va bien pouvoir le faire et par quels arguments on pourra bien le faire.

Ces deux dépêches sont du même jour. En voici une autre :

L'ambassadeur cubain devant l'ONU, Bruno Rodríguez Parrilla, a protesté devant l'organisation des Nations Unies et le gouvernement nord-américain pour «l'attitude injustifiable et arbitraire» de Washington qui continue d'imposer des restrictions aux déplacements des diplomates cubains dans le pays...

En voici une autre du même jour, d'EFE aussi, expédiée de Washington :

Des dirigeants républicains du Congrès des Etats-Uis ont demandé au gouvernement de Bill Clinton de rouvrir une enquête sur la prétendue participation de trois militaires cubains à des tortures contre des prisonniers de guerre au Viet Nam.

La législatrice républicaine d'origine cubaine, Ileana Ros-Lehtinen, a demandé formellement au président Clinton et au Pentagone de rouvrir l'enquête sur ce cas, examiné par le gouvernement au début des années 70.

«Les dix-neuf hommes torturés par des agents castristes méritent que leur gouvernement fasse tout son possible pour identifier ces criminels», a affirmé Ros-Lehtinen [je ne sais pas trop comment ça se prononce, et je ne le fais pas en dessein, je dis comme je lis], élue pour la Floride et opposante du gouvernement de Fidel Castro.

Le président de la commission des relations internationales de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Benjamin Gilman, lui aussi républicain, a ajourné à jeudi prochain une audience prévue aujourd'hui pour examiner ces dénonciations.

Des documents des forces de l'air des Etats-Unis font allusion à un «Programme Cuba» dans le cadre duquel, selon les rapports, des militaires cubains ont participé à des séances de tortures au Viet Nam contre des prisonniers de guerre nord-américains, censément entre 1967 et 1968.

«Nous avons le devoir d'étudier les faits et de faire le nécessaire pour trouver les coupables», a soutenu le législateur Gilman.

Les membres du Congrès prétendent que le gouvernement aide, en utilisant le Pentagone, la CIA et le FBI, à identifier les prétendus tortionnaires cubains.

«Ces Cubains ont été recrutés par Hanoi en vue d'utiliser tous les moyens requis pour détruire physiquement et psychologiquement un groupe de dix-neuf militaires nord-américains», a ajouté Ros-Lehtinen, tout en indiquant qu'il fallait chercher la façon de les punir.

Selon Gilman, les «crimes commis» par les prétendus tortionnaires cubains sont imprescriptibles, de sorte qu'«il ne doit pas exister de limite de temps à l'engagement de découvrir la vérité de ce cas».

C'est là le fameux cas où Vecino Alegret, notre ministre de l'Enseignement supérieur, est accusé d'avoir été le chef des tortionnaires, sous prétexte que l'un des pilotes en question l'a reconnu. Or, Vecino n'a jamais mis les pieds au Viet Nam !

Et puis, c'est là encore le comble du mensonge et du cynisme d'affirmer une chose pareille, de ressortir cette histoire, alors que tout le monde sait comment se comportent nos soldats partout.

Oui, quelques camarades sont allés au Viet Nam pour en tirer des expériences de guerre, et l'un d'eux est même mort sous les bombardements. Les expériences du Viet Nam nous intéressaient énormément, et elles continuent de nous intéresser, comprenez-vous ?

Nous accuser, c'est ignorer quelque chose que savent tous ceux qui ont eu affaire avec des soldats cubains. Ainsi, les Sud-Africains se réjouissaient de tomber prisonniers des nos troupes, parce que, partout où ils étaient - et ils sont allés à bien des endroits - les Cubains prêchaient d'exemple sur la façon de faire la guerre et étaient les promoteurs de la seule politique sage et intelligente dans ce cas, autrement dit respecter l'intégrité des prisonniers.

Voilà comment nous avons gagné notre guerre ici, après avoir fait des milliers de prisonniers, tout comme à Playa Girón, tout comme ailleurs. Nous n'avons pas touché du petit doigt les mille deux cents mercenaires de Playa Girón, nous avons conservé je ne sais combien d'années les cadavres des pilotes nord-américains qui sont morts durant les combats de cette invasion. Et notre façon de traiter les prisonniers a toujours été notre plus grand orgueil.

Qu'on nous montre un seul Cubain qui ait torturé un Nord-Américain au Viet Nam et nous sommes disposés à être jugés. Nous tous ! Qu'on nous en montre un seul, qu'on nous prouve qu'un Cubain ait fait ça au Viet Nam !

C'est le comble de l'impudence, venant de ces gens-là, de cette maffia, de cette alliance des ultras, de l'extrême-droite avec cette maffia terroriste !

Et tout ça le même jour. Je pensais en parler à la fin de la rencontre avec les journalistes, à la plénière de l'UPEC, je pensais que ça allait être possible le premier jour, mais les discussions se sont prolongées et ont reprises le lendemain, et je me suis dit : Il vaut mieux ne pas aborder cette question. On a beaucoup parlé en effet des thèmes propres du congrès, de l'UPEC, et j'ai préféré attendre l'occasion de le faire. Et l'occasion, c'est celle-ci. Je fais donc une première pause.

Nidia Díaz (Granma). Vous avez dit que les victoires de Cuba et la consolidation de Cuba dans l'arène internationale provoquaient du désespoir et de l'hystérie non seulement parmi la maffia annexionniste de Miami, mais même chez des fonctionnaires du gouvernement nord-américain. Voilà quelques jours, le porte-parole du département d'Etat, parlant au nom d'Albright, a précisé que celui-ci pressait instamment les personnalités politiques nord-américaines de ne pas avoir d'entretien avec vous.

J'aimerais aussi avoir des commentaires sur la récente visite du gouverneur de l'Illinois, M. Ryan, et sur le fait que les Etats-Unis, par l'intermédiaire de leur Section d'intérêts ici, lui ont quasiment imposé des activités parallèles, ce qui fait partie de cette hystérie et de ce désespoir dont vous avez parlé.

Fidel Castro. Oui, j'ai des documents là-dessus, des documents de toute sorte sur les principales insanités et les principales choses ridicules, aussi.

Je dois dire d'abord que la visite du gouverneur de l'Illinois a pour antécédent la résolution 547 présentée à la Chambre des représentants de cet Etat par sept d'entre eux : López, Acevedo, Erwin, Rutherford, Curie, Howard et Johnson, qui a été adoptée puis entérinée par le gouverneur.

Je vais vous en lire les Attendus :

ATTENDU que l'embargo des Etats-Unis imposé à Cuba depuis trente-cinq ans a entraîné des pénuries physiques toujours plus grandes pour le peuple cubain, le privant de médicaments et d'aliments, et l'exposant, enfant y compris, aux effets de la malnutrition et à d'autres problèmes de santé graves;

ATTENDU que la récente visite à Cuba du pape Jean-Paul II a attiré l'attention du monde sur les besoins du peuple cubain et que Sa Sainteté a lancé un appel à une réconciliation mutuellement avantageuse et à la levée de l'embargo nord-américain contre Cuba;

ATTENDU que de nombreux Cubano-Américains vivant aux Etats-Unis comme citoyens nord-américains voient leurs familles soumise à de telles pénuries qu'ils souhaiteraient pouvoir les aider sans enfreindre les lois des Etats-Unis;

ATTENDU que l'Etat de l'Illinois, partisan de l'éducation, du commerce, de l'agriculture et de la technique, peut tirer profit du développement économique et commercial qui pourrait s'établir avec Cuba;

ATTENDU que le Congrès des Etats-Unis examine actuellement la résolution 1951 de la Chambre des représentants et la résolution 1391 du Sénat qui prônent la levée de l'embargo contre Cuba en vue de pouvoir faire parvenir à ce pays une aide humanitaire sous forme de médicaments et d'aliments,

PAR CONSÉQUENT, je décide, au nom de la Chambre des représentants de l'Etat de l'Illinois réunie à sa quatre-vingt-dixième Assemblée générale, d'inviter instamment à ce que la résolution 1951 de la Chambre des représentants et la résolution 1391 du Sénat, qui prônent la levée de l'embargo nord-américain pour des raisons humanitaires, soient adoptées et promulguées, et qu'il soit permis de livrer des aliments et des médicaments au peuple cubain. J'invite aussi expressément à ce que ces ajustements de notre politique extérieure reflètent le caractère humanitaire des Etats-Unis au-delà des idéologies politiques, et que celui-ci s'amplifie.

Je décide que des copies de la présente résolution soient adressées au président des Etats-Unis, au président de la Chambre des représentants des Etats-Unis, au président intérimaire du Sénat des Etats-Unis et à tous les membres de la délégation de l'Illinois.

Votée par la Chambre des représentants, le 21 mai 1998.

Signé : Michael J. Madigan, président de la Chambre.

Signé : Anthony D. Rossi, secrétaire de la Chambre.

Je crois savoir que cette résolution a été votée à l'unanimité par les démocrates et les républicains, après avoir été présentée par sept d'entre eux. Elle date donc de mai 1998. Il est logique que le gouverneur, récemment élu à cette époque-là, ait décidé de faire ce voyage avec l'assentiment de son Congrès, avec l'assentiment de toutes les forces qui le soutiennent, qu'il ait tenu à suivre cette procédure et à demander l'autorisation. Il nous a d'abord consulté, bien entendu. Nous l'avons aussitôt invité. Et c'est ensuite qu'il a demandé la permission.

Mais dès qu'on a su que le gouverneur allait se rendre à Cuba, ceux de l'extrême-droite et la maffia terroriste cubano-américaine lui ont déclaré la guerre et ont fait toutes sortes de déclarations, avec l'insolence dont ils sont coutumiers. Le gouverneur a persisté dans son idée, parce que l'une de ses caractéristiques est la fermeté. Il a donc décidé de venir, on lui a organisé un programme, et il a envoyé des gens en avant-coureurs. Il était sans aucun doute la plus importante autorité de ce pays à nous rendre visite en quarante ans.

Des sénateurs sont venus ici tout au long de ces années, et leur nombre s'est accru dernièrement, et aussi beaucoup de représentants, et toutes sortes de personnalités, universitaires, religieuses, des dirigeants de différentes Eglises. Ainsi, la présidente du Conseil des Eglises évangéliques est venue ici plusieurs fois et elle a même pris la parole sur la place de la Révolution. Nous avons eu des visites de cardinaux, d'évêques et de dirigeants d'autres religions des Etats-Unis, et jusqu'à Farrakhan, qui est musulman.

Je me souviens encore de la visite de Jackson, qui est aussi prédicateur d'une Eglise protestante.

Mais disons que le gouverneur de l'Illinois est la plus importante personnalité d'un Etat qui est important en soi, qui détient, je crois, plus de vingt votes aux élections fédérales; en plus, il est républicain. Il s'agissait donc sans aucun doute d'une visite importante, et nous, aux gestes de bonne volonté, nous répondons toujours par des gestes identiques, et nous nous sommes proposé de l'accueillir avec tous les égards qu'il méritait.

Il a envoyé des gens pour concrétiser le programme au milieu de cette guerre qu'on lui faisait, au point qu'on contestait même qu'il ait une réunion avec moi. Et le département d'Etat, de lui donner des instructions, d'exiger, dirai-je plutôt. C'est donc dans ces conditions que la visite a été préparée et s'est déroulée. Elle a commencé le 23 octobre, je crois. Quand donc le cyclone est-il passé ici ? Quelques jours avant. Oui, nous étions tous en train de nous occuper de ça.

La visite a eu vraiment une grosse répercussion. Felipe, notre ministre des Relations extérieures, m'a expliqué la connotation qu'elle a eue en Europe, en Angleterre où il était après s'être rendu en Irlande pour l'établissement des relations, et il m'a dit que la nouvelle avait fait la une de la presse qui suivait toutes les activités du gouverneur.

Nous avons répondu à toutes ses demandes, à tous ses intérêts, et il a eu tout le loisir d'agir. Et lui, il a dû batailler, et il a fallu à tout bout de champ introduire des changements au programme parce que les pressions venaient de là-bas, mais aussi d'ici, de la Section d'intérêts. Il faudra peut-être aborder ce thème un peu plus tard. En tout cas, le fait est que cette visite s'est déroulée en pleine bataille rangée. On proposait certaines choses, et ensuite il fallait les modifier.

Certaines choses me semblaient correctes, d'une politesse élémentaire envers un gouverneur nord-américain, envers les représentants d'un Etat dont le Congrès adopte une résolution comme celle que je vous ai lue. J'étais même partisan d'une cérémonie de bienvenue. Petite, bien entendu, parce que ce n'est pas un chef d'Etat, même si c'est le chef d'un Etat. Une cérémonie minimale, élémentaire, avec une fanfare qui jouerait les deux hymnes nationaux. Je suis convaincu que beaucoup de gens ne l'auraient pas compris tout de suite, qu'il aurait même fallu l'expliquer, non avant les hymnes, mais après, parce que le public ne connaissait pas les antécédents, les détails, son attitude. Oui, il a dû livrer une grande bataille pour pouvoir venir.

Ce gouverneur est aussi le président d'une association qui regroupe, je crois, huit ou dix des Etats les plus importants du centre des Etats-Unis. C'est un homme influent et respecté, comme le prouve son élection à ce poste. Les gouverneurs ont une réunion annuelle. Tout ceci rehaussait de mon point de vue l'importance de sa visite.

Cette cérémonie dont je parle n'existe pas au protocole, mais on pouvait en faire une. Ç'a été impossible à cause des pressions. Pourtant, c'était quelque chose qui était plus bénéfique aux Etats-Unis qu'à nous, et ça ne déshonorait en rien les Etats-Unis qu'on exécute leur hymne sur cet aéroport, malgré tous les différends et tous les problèmes entre nous. Cet homme le méritait à mon avis, et même plus, mais ça n'a pas pu se faire à cause du climat créé par les ennemis de la visite. Et il a fallu se contenter de l'accueil par le président de l'Assemblée nationale, Alarcón, et quelques mots de bienvenue de part et d'autre.

Certains n'ont pas compris pourquoi Alarcón l'a fait en anglais. Eh bien, j'en prends la responsabilité. Quand il m'a posé la question, je lui ai dit : Ecoute, à ce moment-là, tu ne vas pas t'adresser à la population cubaine. Il n'y avait même pas d'interprète à l'aéroport, il a fallu improviser l'interprétation, parce que nous ne savions pas jusqu'au dernier moment s'il était utile ou non pour le gouverneur que le président de l'Assemblée nationale aille l'accueillir. Lui, il avait bien compris ce geste d'une petite cérémonie, il ne lui déplaisait pas, et il a même avoué sa satisfaction dès son arrivée, mais la guerre déclenchée par les autres a empêché de le faire. J'ai donc dit à Alarcón : En plus du gouverneur, il y aura aussi sa délégation, les quarante journalistes et reporters qui l'accompagnent, je ne sais combien de chaînes de télévision nord-américaines, et il vaut mieux s'adresser en anglais à ce genre de public. Et voilà pourquoi Alarcón a parlé en anglais. Il me semble que ç'a été tout à fait correct. Je lui ai téléphoné quand il allait là-bas et je lui ai dit de parler en anglais. Je savais que personne n'allait comprendre pourquoi, parce que c'était bizarre qu'il le fasse. Mais la situation était spéciale. En tout cas, notre télévision pouvait se brancher sur la traduction et dix millions de Cubains auraient écouté en espagnol ce que disait Alarcón. Ce n'est pas déshonorant, ce n'est pas un geste de soumission, loin de là. Quand les hommes sont vraiment libres et indépendants, comme nous le sommes, nous, les Cubains, quand les hommes sont vraiment révolutionnaires, ils ne s'embarrassent pas de ces préjugés et de ces choses-là : ils font ce qu'ils estiment le plus correct et le mieux indiqué. Vraiment, si je savais le chinois, par exemple, que Jiang Zemin vienne à Cuba et que je doive faire un discours de bienvenue, eh bien, je le ferais en chinois, parce que c'est à lui que je parlerais, et à son peuple d'un milliard deux cent cinquante millions de personnes, et il y aurait une traduction en espagnol pour les Cubains.

Voilà l'explication. Car tout va ensemble. En fait, il régnait une grande incertitude, personne ne savait s'il allait être soumis à des pressions telles qu'il devrait renoncer à sa visite au dernier moment.

Marina Menéndez (Juventud Rebelde). Au milieu de ces pressions et de ces réactions défavorables que la visite de Ryan a soulevées dans des secteurs donnés des Etats-Unis et dans la maffia cubaine - tristement cubaine - je pense que beaucoup d'autres secteurs, surtout des exploitants agricoles, ont vu cette visite avec espoir, parce qu'ils ont avoué qu'ils perdaient beaucoup à ne pas pouvoir faire du commerce avec Cuba. Dans quelle mesure ces secteurs-là pourraient-ils contribuer à rééquilibrer la balance ?

Fidel Castro. Cela concerne un certain nombre d'États. Voilà quelques jours, j'ai reçu une forte délégation du Texas, des riziculteurs qui nous vendaient du riz avant la Révolution. Ils veulent ouvrir d'autres marchés. J'ai beaucoup conversé avec eux de techniques et de ces choses-là. Un groupe intéressant de représentants et d'autorités de cet Etat souhaite beaucoup pouvoir reprendre leurs exportations à Cuba parce que les cours du riz ont été mauvais ces derniers temps. Les agriculteurs ont du mal. Je leur ai demandé, ainsi qu'à ceux de l'Illinois, combien leur coûtait de produire une tonne de riz qu'ils vendent à soixante dollars, et qui est-ce qui faisait les plus gros profits. Ils m'ont répondu : ceux qui l'exportent, parce qu'ils l'écoulent à cent, cent vingt, cent trente et même cent quarante dollars, après l'avoir achetée à soixante ! Ces gens-là ont donc des problèmes, des inquiétudes devant une telle situation, et pas seulement dans ces deux Etats, d'ailleurs, car plusieurs autres sont du même avis.

Je leur ai expliqué ce jour-là que ceux de l'Illinois, en calculant vraiment au plus bas, ont cessé de vendre à Cuba, ces quarante dernières années, pour vingt milliards de dollars. Oui, vingt milliards ! Et ceux du Texas doivent avoir perdu plusieurs milliards, eux aussi, rien qu'au titre des importations agricoles de Cuba autrefois.

C'est incontestable. Mais il ne s'agit pas seulement de l'intérêt commercial. Ils ne comprennent pas pourquoi, ils sont en désaccord. C'est un fait que, comme je l'ai dit au début, le mouvement contre le blocus aux Etats-Unis est de plus en plus fort, et cette question influe forcément.

Je réponds donc par là à ta question. La délégation comprenait différents secteurs intéressés par des échanges scientifiques, sportifs, culturels.

On sait publiquement que le département d'Etat leur a interdit de parler de questions commerciales. Et c'est la raison pour laquelle nous avons dû ôter notre ministre du Commerce, Ricardo Cabrisas, de la liste des gens qui allaient avoir une réunion avec des industriels et des journalistes ! Tout ceci est vraiment absurde. Interdire ces choses à un gouverneur, c'est un peu le traiter comme un enfant !

En fait, le département d'Etat était très inquiet que le gouverneur Ryan ait un entretien avec moi. Ce n'était pas au programme.

Nidia Díaz. Mais il a duré sept heures !

Fidel Castro. Oui, et je pourrai expliquer ensuite pourquoi. Nous avons discuté plusieurs heures, et ensuite je l'ai invité à dîner. Pas toute la délégation au complet, mais le groupe central, et nous avons parlé de choses très différentes, une vingtaine d'entre eux et un groupe à nous, dans un bon climat. Une fois le dîner terminé, il a fallu se retrouver à une heure du matin pour analyser le cas d'un enfant, dont je parlerai ensuite.

En tout cas, ce que tu dis au sujet de cette interdiction du département d'Etat, c'est le comble du ridicule ! D'ailleurs, chaque fois qu'une délégation vient à Cuba, le département d'Etat la réunit pour bien la mettre en garde de ne pas se laisser tromper par moi, ou séduire, s'efforçant de créer une sorte d'antidote pour que les gens soient hermétiques aux arguments que je pourrais utiliser. En fait, moi, j'ai attendu, parce que je ne savais pas si le gouverneur estimait nécessaire ou utile de parler avec moi. Ça s'est décidé l'avant-dernier jour, vers quatre heures de l'après-midi, à la fin de sa visite de La Havane. En fait, je savais alors par l'équipe qui était venue en avant-coureur et par ceux qui étaient venus avec lui qu'ils estimaient que cette rencontre était indispensable et que, si elle ne se produisait pas, cela risquait de paraître un désaveu de ma part, ou une offense. Alors j'en ai informé le compañero Remírez, qui avait maintenu d'étroites relations avec eux après l'adoption de la résolution et travaillé de près avec eux. Mais c'était de toute façon une question délicate : il fallait prendre des précautions et il fallait savoir si son équipe jugeait préjudiciable ou non une rencontre avec moi... et voilà comment elle a eu lieu avec toute son équipe, et le gouverneur était satisfait. C'est quelqu'un de franc. Nous avions déjà tout organisé et nous lui avons proposé une réunion pour converser, puis le dîner, conçu de manière à pouvoir poursuivre la conversation. Tout a commencé à 18 h 30. En tout, six heures, et même un tout petit peu plus, parce qu'il y a eu ensuite l'épisode final dont je vous ai parlé.

Qu'est-ce qu'on disait en tout cas aux Etats-Unis ? Du jamais vu, de l'inouï. Tenez:

Washington (EFE). Le gouvernement des Etats-Unis a affirmé aujourd'hui qu'il préfère que les dirigeants et fonctionnaires qui se rendent à Cuba ne s'entretiennent pas avec le président cubain Fidel Castro.

Voyez un peu quelle démocratie que la leur ! Un dirigeant politique de parti, démocrate ou républicain, que sais-je, lui dire ce que «préfère le gouvernement». Interdire à un homme politique de parler avec quelqu'un...!

James Rubin, porte-parole du département d'Etat, a soutenu que si ces fonctionnaires décidaient de se réunir avec le gouvernement de Castro, ils devaient rappeler au président cubain la situation des droits de l'homme dans son pays.

«La secrétaire d'Etat a demandé qu'il n'y ait pas beaucoup de contacts de haut niveau avec Castro tant que celui-ci maintiendra son embargo sur le peuple cubain. Mais si les gens y vont, nous les exhortons à traiter le thème des droits de l'homme», a soutenu Rubin.

Selon Rubin, «il vaut mieux» éviter des réunions avec Castro ou avec le gouvernement cubain...

Washington (NTX). Le gouvernement des Etats-Unis a réitéré aujourd'hui qu'il maintiendra sa politique d'isolement économique de Cuba, et a démenti que sa politique humanitaire implique un changement d'attitude vis-à-vis de l'île.

Voyez un peu ça ! Ces gens-là doivent encore se rappeler l'intervention de Felipe aux Nations Unies et la réponse du représentant nord-américain selon qui le blocus n'existe pas : un blocus, allons donc ! Et ce mensonge a été démenti quelques jours plus tard, quand le Sénat a discuté l'amendement Ashcroft, voté à une grande majorité... Oui, cela rappelle la réponse de cet homme-là, à laquelle a contre-répliqué excellemment un étudiant de notre délégation. Parce qu'affirmer que le blocus n'existe pas, parler de politique humanitaire, c'est un mensonge gros comme... je ne sais pas, moi, comme l'édifice des Nations Unies ! Cet homme-là a affirmé tout bonnement en pleine Assemblée générale que le gouvernement avait envoyé je ne sais quelle quantité d'aliments, que le blocus n'existait pas... Je reprends la lecture de la dépêche :

Le porte-parole du département d'Etat, James Rubin, a indiqué que tant que le président Fidel Castro, n'ouvrira pas...

Le reste est mutilé, et je ne sais donc pas ce qu'il a dit ici.

«Nous continuerons d'appliquer et de renforcer les lois des Etats-Unis, qui comprennent l'embargo économique, tout en stimulant l'aide humanitaire au peuple cubain», a affirmé le porte-parole du département d'Etat.

Ils sont si «nobles», si... Ils vous maintiennent le blocus, mais ils stimulent des «actions humanitaires» ! Ça vous donne une idée de ce que valent les mots dans ce système-là, dans cette démocratie-là !

Le gouverneur de l'Etat de l'Illinois, George Ryan, qui a effectué une visite à Cuba, a obtenu que Castro permette à un enfant malade âgé de sept ans, Raudel Medina Alfonso, et à sa mère de se rendre aux USA, après que ceux-ci leur ont délivré un visa.

Qu'ils sont nobles : ils ont délivré un visa !

L'enfant cubain souffre d'une maladie du foie mortelle, pour laquelle il n'existe pas de traitement à Cuba...

C'est un mensonge ! Un mensonge gros comme le Capitole ! Gros comme l'immeuble des Nations Unies ! Tout simplement !

...mais qui existe aux Etats-Unis au prix d'au moins 700 000 dollars, qu'on espère pouvoir payer par des dons humanitaires.

Voyez un peu ça. Ça nous permet au moins d'apprendre ce que coûte le traitement des enfants que nous avons sauvés... parce que nous avons six cas semblables, soignés et sauvés par les médecins cubains qui gagnent toujours plus en expérience. Ces enfants-là, il n'y a aucun besoin de les envoyer nulle part ! Ainsi donc, ce traitement coûte 700 000 dollars. Qu'il faudra payer par des dons. Mais quelle possibilité extraordinaire pour ces gens-là de faire preuve de noblesse, alors qu'ils nous refusent la moindre chance de leur acheter un médicament, de leur acheter même des aliments pour enfants... Quelle noblesse ! Et ils délivrent aussitôt le visa pour un traitement qui n'existe censément pas à Cuba. Ils sont capables de dire un beau jour qu'ici, où nous avons été parmi les premiers à faire des greffes du coeur, où nous avons réalisé avec succès des greffes du foie, où nous faisons des greffes du rein depuis bien des années, où nous faisons des opérations à coeur ouvert sur des enfants de quelque mois au centre de cardiologie infantile qui a sauvé je ne sais combien de vies, où nous avons fait des opérations du coeur extrêmement compliquées, il n'y a pas moyen d'opérer une appendicite !

Par ailleurs, cet enfant ne souffre pas du foie, mais de l'intestin, du système gastrique. Bien mieux, nos médecins recommandent de ne pas l'opérer maintenant. L'enfant va bien, il va à l'école. La CNN est allée faire un reportage, l'enfant qui arrive... il y a aussi des vues d'un autre enfant qui est pieds-nus - on sait que les enfants aiment marcher nu-pieds - des détails de ce genre, mais bon je ne critique pas. Elle a donc filmé l'enfant à l'école - j'ai vu le reportage - l'enfant qui parle de son problème. L'enfant va visiblement mieux, il répond au traitement, et peut-être ne sera-t-il même pas nécessaire de l'opérer. Et pourquoi d'ailleurs va-t-on l'opérer à sept ans, s'il vaut mieux le faire plus tard, à dix ou onze ans, s'il est sauf et s'il va mieux ?

Eh bien, parce que ce n'est pas là la raison pour laquelle l'enfant va aux Etats-Unis ! Vous voulez savoir la vérité ? Derrière tout ça, il y a le sieur Helms, plongé dans la politicaillerie jusqu'aux coudes, rien moins que ce monstre de brutalité, que ce génocide, converti en «sauveur d'enfants» ! Parce que le permis demandé était pour envoyer l'enfant dans un hôpital de Caroline du Nord, l'Etat d'Helms. Tout ça pour embêter le gouverneur Ryan et faire de la politicaillerie, en lui demandant : «S'il vous plaît, pour sauver ces vies, exercez votre influence, demandez à Castro qu'il leur donne l'autorisation de départ...» Les deux enfants : l'un auquel s'intéresse le sieur Helms, et l'autre auquel s'intéresse le sieur Díaz-Balart, comme on le verra ensuite ! Quel coïncidence !

La dépêche, en tout cas, continue de dire qu'il s'agit d'une maladie du foie.

Rubin a indiqué que le visa délivré à Raudel et à sa mère ne signifiait pas que les Etats-Unis allaient modifier leur politique vis-à-vis de l'île, à laquelle ils continueront d'appliquer l'embargo économique imposé depuis plus de quarante ans.

Pourquoi donc tant d'explication pour délivrer à un enfant un visa d'entrée aux Etats-Unis ? D'autres enfants y sont allés sur des démarches de Cuba qui a payé tous les frais, des enfants et des adultes. Il n'y avait aucun besoin d'expliquer que la délivrance d'un visa à un enfant - censément interdit de traitement ici - ne signifiait rien d'autre que quelque chose de «très humanitaire», et non, comme le dit le porte-parole, «que les Etats-Unis allaient modifier leur politique vis-à-vis de l'île, à laquelle ils continueront d'appliquer l'embargo économique imposé depuis plus de quarante ans.» Il faut vraiment être impudent pour se vanter presque, pour s'enorgueillir presque de ces quarante ans de blocus, et en plus pour affirmer qu'il sera maintenu ! N'est-ce pas une preuve de désespoir, d'hystérie ? Ou alors de rage ?

Et le porte-parole d'insister :

«Le changement est humanitaire, et non de politique... Nous continuerons de promouvoir les échanges entre Nord-Américains et Cubains, et de soutenir ceux qui exercent des pressions pour que les droits de l'homme soient respectés à Cuba», a ajouté Rubin.

Oser parler des droits de l'homme après ça, c'est vraiment le comble !

Pendant son séjour à Cuba, le gouverneur de l'Illinois s'est déclaré contraire à la politique d'isolement des Etats-Unis et a affirmé que Washington devait lever les sanctions économiques imposées à l'île en 1962.

Le département d'Etat a totalement minimisé les déclarations de Ryan sur l'embargo économique.

Exact. Il était encore ici. Autre dépêche :

Le département d'Etat a affirmé aujourd'hui qu'il n'accéderait pas à la demande du gouverneur de l'Illinois, George Ryan [qui rentrait ce soir-là de Cuba], concernant la levée de l'embargo commercial imposé à la nation communiste.

Je ne sais pas ce qu'ils vont dire après tout ça quand ils vont discuter du blocus. Ils diront qu'il n'y a pas de blocus, à quoi bon cette résolution, puisque le représentant nord-américain aux Nations Unies a affirmé qu'il n'existait pas de blocus, que c'était un mensonge.

Ryan s'est aussi référé à plusieurs reprises à l'embargo commercial que les Etats-Unis ont imposé à Cuba voilà quarante ans, sous prétexte qu'il porte préjudice aux habitants des deux pays. Des groupes agricoles, très influents en Illinois, ont ouvertement exigé la suspension au moins partielle de l'embargo pour pouvoir écouler leurs produits sur un nouveau marché.

«L'embargo est une loi inamovible, et il y n'aura donc pas de promotion du commerce», a affirmé Rubin.

N'est-ce pas de l'hystérie ? N'est-ce pas du désespoir ? Il faut vraiment chercher une explication à tout ceci. Tout est clair, tout est évident. Bon, je fais une nouvelle pause.

Roberto Agudo (Journal télévisé). À propos d'hystérie, selon une dépêche, comme le gouverneur Ryan n'a pas fait de déclarations contre la Révolution pendant sa visite ici, les milieux conservateurs l'accusent d'avoir été manipulé par vous, et affirment que les journalistes qui ont informé de la visite et qui continuent d'informer, on leur a lavé le cerveau ici.

Fidel Castro. Ce serait le comble qu'on puisse laver le cerveau du gouverneur d'un Etat dont le Produit intérieur brut est plus grand que celui de l'Argentine, presque la moitié de celui du Brésil et égal à celui de la Russie ! Un Etat qui dispose de vingt-deux votes aux élections présidentielles, qui a en plus ces relations dont j'ai parlé et cette hiérarchie et cette influence dans un ensemble d'Etats très importants du centre des Etats-Unis. Qu'on puisse lui laver le cerveau ici en quelques heures ! Je crois que c'est une insulte, une insulte grossière au gouverneur.

C'est quelqu'un qui a du caractère, quelqu'un de ferme. À l'Université de La Havane, il a fait un excellent discours, qui ne ressemble en rien à ceux que nous sommes habitués à leur entendre prononcer : sans arrogance, sans insolence, avec beaucoup de tact, mais sans faire de concessions, disant des choses raisonnables, si bien que tous les présents, qui sont exigeants, et j'en étais, l'ont chaleureusement applaudi.

Marina Menéndez. Malgré les pressions, le gouverneur Ryan a fait ce qu'il avait annoncé : créer un conseil entre l'Illinois et Cuba.

Fidel Castro. Oui, il l'a promulgué dans l'avion, en un ou deux jours. Je sais en tout cas qu'il a tiré une bonne impression de nombreux endroits où il est allé et des nombreuses personnes avec lesquelles il a parlé. Il a parlé avec moi le dernier jour, mais avant, il a visité des hôpitaux, des écoles, dont l'Abraham Lincoln, il a visité l'Ecole latino-américaine de médecine, avec ses deux mille élèves, il a visité la Vieille-Havane, il a visité différentes sortes d'institutions. Son programme a été très chargé. Bien entendu, dès son arrivée, il a eu derrière lui Mme Vicky Huddleston, la nouvelle chef de la Section d'intérêts des Etats-Unis d'Amérique à La Havane, qui compte plus de personnel et d'employés qu'aucune autre ambassade, presque autant que l'ambassade soviétique à ses plus beaux jours.

On pourrait en parler après, si vous voulez, ou même maintenant. J'aimerais aussi qu'on parle du cas des enfants, parce qu'on ne l'a peut-être pas assez bien expliqué, et je peux le faire, comprenez-vous ?

En tout cas, cette femme-là a fait la guerre au gouverneur, parce qu'elle voulait à tout prix modifier son programme, le changer, le saboter, le réduire au minimum, bien que je doive avouer que ce n'est pas la première fois ni la dernière. Cette Section d'intérêts, dont je devrais dire certaines choses ensuite, a pour politique de saboter les visites de tous ceux qui viennent à Cuba, de législateurs, de sénateurs, de politiques, par exemple, et il en est venu un bon nombre cette année-ci. Oui, elle fait la guerre à chaque nouvelle délégation, parce qu'elle s'obstine à leur préparer un programme.

Tenez, il s'est passé quelque chose de peu commun. Alarcón était censé accompagner le gouverneur. Comme cela se fait partout dans le monde, quelqu'un du pays d'accueil accompagne le visiteur de l'aéroport à son lieu de résidence. Quiconque a tant soit peu voyagé le sait : à un sommet, à toutes les visites, il y a quelqu'un qui vous attend à l'aéroport et qui vous accompagne. N'allez pas croire que vous y allez avec quelqu'un de votre délégation. C'est une norme universelle. Eh bien, on a pratiquement interdit au gouverneur Ryan, à partir d'exigences d'un côté et d'exigences de l'autre, d'être accompagné par le compañero qui l'a reçu.

Je pense qu'ils ont peut-être pris peur à l'idée que j'aille l'accueillir moi-même... Et je l'aurais fait avec plaisir. Toute cette histoire de hiérarchie m'importe peu. J'ai accueilli des tas de gens : des ministres des Affaires étrangères, des ministres tout court. Par exemple, le ministre russe des Affaires étrangères, Ivanov, je l'ai reçu à l'aéroport et je l'ai accompagné à sa résidence, et j'ai dû d'ailleurs faire l'aller-retour à toute allure, parce que je voulais aussi accueillir notre délégation qui était allée aux Nations Unies. Eh bien, oui, je l'ai reçu, j'ai conversé avec lui et je suis allé jusqu'à la villa de protocole.

Je n'ai même pas proposé d'accueillir Ryan, parce que ça n'aurait pas été opportun au milieu de cette guerre. On lui a posé la question, pour ne pas le surprendre ici par des hymnes et une cérémonie. Oui, on l'a consulté, et il a vraiment été ému, il y a vu un geste de politesse qu'il appréciait. Mais les pressions ont été terribles. On lui dit alors qu'il serait accueilli par un haut dirigeant, on a de nouveau parlé des hymnes. Alarcón, lui, est allé aux USA pour discuter des questions migratoires, il a eu des réunions avec des personnalités politiques de premier plan, des sénateurs, des représentants, des personnalités de la presse, des rédacteurs en chef, bref, avec beaucoup de personnes, profitant des discussions sur les questions migratoires.

Je crois que la raison de cette absurdité, de cette stupidité, c'est cette espèce de complexe, de peur qu'ils avaient que je converse avec lui. Moi, de mon côté, je me suis mis à penser à la chose d'un autre angle, et c'est pourquoi j'ai consulté autour de moi. Et j'ai dit à la fin : un haut dirigeant. Je n'ai pas suggéré que ce soit moi. Mais il fallait prendre une décision finale, en fonction des analyses, et même s'il avait été d'accord pour que je l'accueille, ç'aurait peut-être été un autre dirigeant. Compte tenu du climat imposé, nous avons fait ce que j'avais recommandé au début, que ce soit Alarcón, pour ne pas trop incendier les choses, pour ne pas porter préjudice à Ryan, parce que c'est cela qui nous inquiétait le plus. Puisqu'il avait eu un geste amical, un geste raisonnable, un geste décent, nous ne pouvions pas lui répondre en introduisant par surprise des pièges dans le programme. Tout a été fait en consultation avec lui.

Alarcón est donc allé l'accueillir, il a parlé en anglais. Mais le comble, c'est qu'il n'a pas pu l'accompagner à l'hôtel, parce que les autres se sont entêtés à ce que ce soit Mme la chef de la Section d'intérêts qui le fasse. Inouï, le comble de l'impolitesse ! Oui, on l'a obligé à ça. Et ça a dû l'irriter, aussi bien la question de l'hymne que le fait de ne pas pouvoir être accompagné à l'hôtel par le président de notre Assemblée nationale qui était allé l'accueillir et qui l'avait fait en anglais. Ça a dû l'irriter ! Et lui, il a un peu compensé ça en proposant alors à Alarcón d'accompagner sa femme, qui devait censément se rendre à part à l'hôtel. Je préfère ne pas trop parler de ça, parce que...

Mais les exigences des autres allaient plus loin, un harcèlement, une pression terrible, une campagne, surtout de la maffia et de l'extrême-droite. Ce sont eux qui ont orchestré tout ça, pas ceux d'Illinois ni des Etats-Unis, qui avaient une vision différente. Ils en sont arrivés à ce point. Et voilà dans quelle ambiance s'est déroulée la visite. Nous lui avons dit qu'il avait toute liberté de faire les changements qu'il estimait pertinents, nous ne lui avons posé aucune condition. Tout a été consulté et organisé avec son assentiment.

Et c'est quand j'ai compris que, d'après toute l'équipe du gouverneur, ç'aurait été compris comme une impolitesse, une insulte, une marque de dédain de ne pas le rencontrer que j'ai décidé d'avoir une réunion avec lui.

Roberto Agudo. Dans ce sens, la visite inattendue des meneurs contre-révolutionnaires organisée par la Section d'intérêts, était-elle prévue au
programme ?

Fidel Castro. Quelle visite inattendue ?

Roberto Agudo. Celle des meneurs contre-révolutionnaires qui attendaient le gouverneur et qui ont tenté de le rencontrer ou même qui l'ont rencontré...

Fidel Castro. Où l'attendaient-ils, selon toi ?

Roberto Agudo. Dans le patio de l'endroit où il déjeunait.

Fidel Castro. Non, non, ça ne s'est passé comme ça. On ne lui a posé aucune condition dans son programme, tant s'en faut. Il aurait été ridicule de lui imposer des conditions, surtout qu'il était attaqué férocement là-bas.

Bien entendu, à quoi se consacre cette Section d'intérêts, entre bien d'autres magouilles ? Quiconque vient ici doit rencontrer les groupes dits dissidents, les prétendus dirigeants des dissidents. C'est un péché mortel de ne pas avoir une petite réunion de ce genre en arrivant ici. Oui, les pressions sont énormes. Mais certains ne cèdent pas.

Des personnalités très importantes arrivent ici. Par exemple, le président de la Chambre de commerce des Etats-Unis, qui est président de trois millions de patrons, avec qui j'ai soutenu une longue conversation. Quelqu'un de vraiment indépendant, qui ne dépend de personne, qui n'a pas à s'inquiéter des votes de la Floride, comme d'autres, qui se trompent d'ailleurs sur ce point, parce que nous savons bien quels sont ceux qui votent là-bas, ce que pensent beaucoup de ces électeurs et que toujours plus sont opposés au blocus. Beaucoup de gens ont vécu là-bas en pleine terreur, parce qu'on les insulte, on les calomnie, on les licencie de leur emploi. Une terreur fasciste contre les Cubains. Je le sais, parce que j'ai parlé avec de nombreux Cubains de là-bas. Mais je ne vais pas parler de ça maintenant.

En tout cas, beaucoup de gens viennent ici, qui sont indépendants, qui ne cèdent pas aux pressions et à qui on ne peut rien interdire. Les autorités nord-américains parlent même de ce contact entre peuples. Et toujours plus de gens viennent, c'est un fait.

Ai-je quelque chose d'autre à répondre sur cette question ? Je vous expliquais à quel extrême ils en sont arrivés en fait de pressions. Tu m'as posé la question, n'est-ce pas ?

Roberto Agudo. Oui.

Fidel Castro. Nous parlions de cette réunion-là. Je n'ai pas participé à l'élaboration du programme. Je m'occupais à fond des dégâts du cyclone. Mais les compañeros qui s'en chargeaient avaient reçu des instructions de ne lui poser aucune condition. S'il voulait cette réunion, eh bien, qu'il l'ait, et je crois savoir qu'il a été d'accord pour l'avoir, parce que c'est là une des exigences qu'on lui a imposées là-bas. En fait, la campagne déclenchée par ceux qui exerçaient des pressions était telle qu'il y a été pratiquement contraint.

Ça n'avait pas la moindre importance. Il valait même mieux qu'il parle avec ces gens-là, et aussi longtemps qu'il le voulait, pour qu'il les connaisse un tout petit peu et puisse faire la différence entre les uns et les autres, entre nous et les mercenaires salariés de la Section d'intérêts, payés par les Etats-Unis, des traîtres à leur pays, parce que c'est ça qu'ils sont, sous le manteau de ceci et de cela. Nous savons qui ils sont tous, et quel prétexte cherche chacun d'entre eux. Il y a belle lurette que nous savons bien tout ça. Bref, ça n'avait pas la moindre importance, et je comprends même que, dans la situation où il se trouvait, il était correct et même convenable qu'il les rencontre. Tel était mon point de vue, à cause des conditions créées... C'est un politique, n'est-ce pas ? Il faut en tenir compte. Sinon, on allait le bombarder de toutes sortes d'imputations, voire l'accuser d'être un communiste - alors qu'il est du parti républicain - à cause de cet extrémisme stupide dont ils font étalage là-bas. Oui, mon point de vue était qu'il valait mieux qu'il les rencontre.

D'autres le font sottement pour être à la mode, ou parce qu'on le leur demande là-bas. Parce que c'est à ça que se consacre le département d'Etat, pas seulement avec des fonctionnaires, mais avec quiconque vient ici, je crois. On les convoque, on exerce des pressions d'une façon ou d'une autre. Les autres orchestrent des campagnes phénoménales contre tout le monde, et ceux-d'ici, ce sont leurs gens à eux, les gens de la maffia, ceux qui soutiennent le blocus. Certains d'ici disent hypocritement qu'ils sont contre le blocus, mais ils le disent du bout des lèvres, sans le croire, et tout ce qu'il font, ils le font de connivence avec les bandits de là-bas, avec la maffia, pour la soutenir, et pour soutenir la politique des Etats-Unis contre Cuba. Ils font tout pour ça. Ils disent mêmes aux visiteurs : Nous, nous ne voulons pas le blocus, non, non, mais ces bandits, il faut les assassiner... Les bandits, c'est nous. Non, non, nous sommes contre le blocus, mais ceux-là, c'est une autre paire de manches... et ils soutiennent toutes les thèses de là-bas. Et nous avons toutes les preuves. Ça, pour avoir des preuves, nous en avons ! Je ne parle pas à la légère.

Ces pressions s'exercent contre tout le monde. Ryan, comme politique, aurait dû le faire. D'autres politiques non nord-américains, parce qu'amis ou alliés, sont même soumis à ces pressions. C'est là un des mécanismes utilisés pour tenter de faire capoter la visite en question, ou de nous fâcher.

Autre chose serait qu'on veuille nous imposer des conditions, à nous ! Le Roi des rois qui nous dirait : «Eh, pour venir, ma condition est que vous me laissiez avoir une réunion avec les astres lumineux du patriotisme, de la liberté et des droits de l'homme !», eh bien, vous pouvez me croire qu'il n'obtiendrait rien de nous ! Il y a déjà eu un petit cas de ce genre à l'occasion du Sommet ibéro-américain à venir, avec la menace de ce «Je ne viens pas si...» Et même si on veut venir. C'est un peu comme cette chanson : non queiro, non queiro. Je vous laisse ajouter la suite.

Ce sont des choses différentes. Ceux qui prétendent nous faire chanter, ceux qui prétendent faire de la démagogie aux frais de notre pays ou de la Révolution cubaine ne vont rien obtenir. En fait, c'est une aune qui permet de mesurer le degré de liberté, d'indépendance et de dignité de bien des gens, ou pour mesurer chacun. Nous savons accueillir les visiteurs avec tous les égards qu'ils méritent, tout comme nous avons le droit de nous faire nos idées et nos jugements sur l'attitude de ceux que nous recevons ici : quelles sont leurs causes, sont-elles réelles, sont-elles objectives ? Bref, nous analysons toujours chacun des cas en fonction de leur attitude.

En tout cas, il est évident, et le porte-parole du ministère des Relations extérieures l'a dit, que ce déjeuner a eu lieu. Je ne donnerai pas d'autres détails. La Section d'intérêts a invité plusieurs ambassadeurs, dont je ne donnerai pas les noms pour ne pas les gêner. Dans la matinée. Une fois conclues les conversations avec les ambassadeurs, il y a eu une réunion avec quelques meneurs contre-révolutionnaires - je ne vais non plus citer les noms de ceux qui ont eu ce «très grand honneur». Nous savons pertinemment que le gouverneur leur a conseillé à la fin : «N'allez pas vous réunir avec la presse ici [ici, autrement dit dans la maison où avait eu lieu la réunion avec lui], parce que cela peut paraître une provocation et que ça va irriter les autorités cubaines.» C'est le conseil qu'il leur a donné. Et il est parti au restaurant La Pastora avec sa délégation - ils en ont visité plusieurs durant leur séjour - où il a fini relativement tard.

Alors - et ça, je le sais avec la plus grande certitude - la Section d'intérêts a conduit les meneurs à cet endroit-là, et je ne sais même quels sont ceux qui l'on fait, à ce restaurant où le gouverneur déjeunait avec sa délégation. Je ne l'ai pas interrogé à ce sujet, et ce n'est pas essentiel, mais je doute qu'il ait été d'accord quand on connaît son caractère. C'est quelqu'un qui a fait les choses avec discrétion, qui a une réunion discrète, qui leur a même conseillé de ne rien faire qui puisse froisser, qui puisse paraître de la provocation. Oui, je doute fort, parce que ce serait contradictoire, qu'il ait été d'accord ou qu'il ait conseillé qu'on organise une conférence de presse dans le restaurant où il était en train de déjeuner avec sa délégation !

Je n'ai pas touché ce thème avec lui, parce qu'il aurait été stupide que je lui demande : Dites-moi donc, ça s'est fait avec votre permission ou sans elle ? Ç'a été une idée à vous ou d'un autre ? Tout ce que je sais, c'est le conseil qu'il leur a donné. Et non parce que nous aurions eu un espion sur place, mais parce qu'il était accompagné d'une équipe de gens sérieux et honnêtes qui, chaque fois qu'il se passait une des ces petites choses bizarres de ce genre, venaient nous expliquer : Ecoutez, il s'est passé telle ou telle chose, voilà ce que nous pensons. Oui, il y avait dans cette équipe des gens qui parlaient avec les compañeros qui étaient à leur disposition, et nous savons ce qu'ils pensaient. En vérité, c'est la Section d'intérêts qui a conduit ces meneurs au restaurant où le gouverneur déjeunait à part avec sa délégation.

J'ignore combien de membres de sa délégation étaient présents, et ça n'a pas d'importance. En tout cas, oui, les meneurs étaient dans le patio, et on sait même ce qu'ils ont consommé : du rhum, de la bière, des tranches de jambon et un certain nombre d'autres choses, ce que le porte-parole a énuméré avec un brin d'ironie... On connaît les noms de ceux qui ont participé à toutes ces opérations, à la logistique, à l'organisation, au moins sept fonctionnaires de la Section d'intérêts : l'interprète - un Espagnol - qui a traduit pour les journalistes et qui l'a peut-être fait pendant la réunion de la matinée, la femme de l'interprète, le second... Tout le monde est intervenu, depuis la chef de la Section, dans toutes ces opérations, et on nous a raconté en gros : il y avait un tel, et puis un tel... On connaît tous ces détails, parce qu'il y avait du personnel du protocole sur place et les autres compañeros qui accompagnaient les visiteurs. La Section d'intérêts au complet s'est consacrée à ça. C'est tout ce que je peux dire.

Quant au reste, je doute fort que le gouverneur ait proposé ce genre de choses, ce qui serait tout le contraire de son tact et de son attitude.

Mais ce n'est pas tout. La Section d'intérêts a fait tout son possible pour entraver ma réunion avec eux. Le hic, c'est qu'elle ne savait pas, ni personne d'autre le savait, si elle aurait lieu et où, et ce jusqu'à quatre heures de l'après-midi du jour même où le chef de notre Section d'intérêts à Washington l'en a informé : réunion à telle heure puis dîner. Ils ont décidé de ceux qui y participeraient à la réunion et de ceux qui assisteraient au dîner, qui n'étaient pas forcément les mêmes. Ils avaient le choix de seize places, et le gouverneur en a choisi jusqu'à vingt ou vingt et un.

Et même si les fonctionnaires de la Section d'intérêts n'ont pas pu tendre beaucoup de pièges, ils ont pourtant tenté d'y faire obstacle. Pareil que pour l'intervention du gouverneur à l'Université, qu'ils ont tenté d'empêcher, mais sans succès. Cette intervention était prévue au programme, et je me réjouissais qu'il la fasse. Et comme je l'ai fait à d'autres occasions, je suis allé l'écouter. Ça, je ne l'ai pas consulté auprès de lui, parce que j'ai déjà assisté à des conférences d'autres visiteurs. On ne peut donc accuser personne de mon assistance. Je me suis d'ailleurs assis parmi les étudiants, pas à la présidence, parce que je préfère écouter le discours d'en-bas.

Je ne savais pas de quoi il allait parler et j'ai écouté jusqu'au dernier mot. Je me suis surpris de l'équilibre de son discours, de son sérieux, de son manque de peur, et de sa capacité d'exposer ses idées d'une façon persuasive et éloquente.

Ce genre de conférence est suivi d'une séance de questions et de réponses. Le temps pressait. Le gouverneur a clos son intervention à une grande hauteur, et là je me suis inquiété : comme les professeurs et les étudiants qui assistent à ces conférences sont en général très intelligents et très cultivés, et posent d'excellentes questions, il m'a semblé, avec ces quarante ans de problèmes entre nos pays, que c'était risqué d'entrer dans un débat de ce genre, que cela pouvait diminuer le bon effet de son intervention. Et j'ai proposé, au moment où on allait donner la parole aux assistants pour poser des questions, qu'on ne commence pas cette séance-là, qu'il valait mieux que tout termine au meilleur moment, que tout était parfaitement bien expliqué et que la situation était compliquée et délicate. Si les étudiants commençaient à le bombarder de questions, on courait vraiment le risque de diminuer, disons, l'atmosphère créée par son discours et l'accueil qui lui avait été fait. Sept ou huit questions pouvaient vraiment le mettre dans une situation embarrassante, et c'est parce qu'il était important pour nous qu'il ne coure pas ces risques que j'ai pris cette initiative quand j'ai vu que les questions allaient commencer. Les questions étaient de trop, en fait, parce que la façon dont il avait abordé les choses, en tant que gouverneur nord-américain, permettait de s'en passer. Il a dit pratiquement le maximum de ce qu'il pouvait dire dans une circonstance pareille, avec beaucoup de franchise, de sincérité. J'ai vu d'autres personnalités prononcer des discours dans ce cadre, et croyez-moi que parfois c'est un peu comme marcher sur des charbons ardents. Alors, pensez un peu avec ses problèmes à lui ! Et c'est d'ailleurs là qu'il a annoncé publiquement, après en avoir parlé au dîner, sa décision de créer ce conseil. Voilà l'histoire.

Nidia Díaz. Pour revenir sur ce que vous avez dit au début, il me semble que cette rencontre du gouverneur avec les représentants des groupuscules dans de telles conditions a été quelque chose de très bon, parce qu'il doit sûrement se moquer maintenant des fameux patriotes que fabriquent les Etats-Unis et même des prix que certains d'entre eux reçoivent. Ne croyez-vous pas ?

Fidel Castro. Je ne dois pas dire ça, parce que ce serait préjuger de ce qu'il peut penser.

Nidia Díaz. Non, je dis qu'il doit penser lui-même...

Fidel Castro. Je ne dis pas que ç'ait été bon. Non, je ne pourrais pas l'affirmer. Si je le disais, j'entrerais dans un thème... Ça ne peut absolument pas lui faire plaisir que je dise que je pense qu'il a dû se rendre compte que ce sont des idiots. Je me borne à dire qu'il est bon qu'il ait pu faire des comparaisons entre les gens, quelle est la façon de penser de ces gens-là, quelle est sa portée. C'est tout ce que je peux dire.

Mais il y a une chose importante que vous avez oubliée. Et comme il s'agit d'un échange d'impressions, je vous suggère que nous parlions de la question des enfants.

Nidia Díaz. La question des enfants, Marina vous l'avait déjà posée. Mais je voudrais savoir si, à votre connaissance, les autorités sanitaires nord-américaines ont corroboré le diagnostic des médecins cubains qui estimaient qu'il n'était pas nécessaire d'envoyer l'enfant là-bas.

Fidel Castro. Je n'ai pas besoin de le corroborer là-bas. J'ai pu le constater ici sur un cas.

Nidia Díaz. Sur celui-là.

Fidel Castro. Ou plutôt sur les deux. Celui de Matanzas, cet enfant de sept ans dont le diagnostic est absolument sûr - et qui part en Caroline du Nord, dans l'Etat d'Helms - et celui de Marianao, ce cas d'un enfant de deux ans qui souffre un accident terrible, horrible.

Il existe bien des fois des problèmes insolubles, mais si vous dites à une famille, à un père, à une mère que son problème peut s'arranger ici ou là, eh bien, elle veut y aller. Ce serait pour nous pratiquement impossible. De plus, quand un malade a besoin de soins à l'étranger parce que nous ne sommes pas en conditions de le faire ou parce que nous n'avons pas atteint dans telle ou telle branche de spécialité un niveau très élevé, notre pays, même aux moments les plus difficiles de la Période spéciale, a toujours envoyé les malades dans ce cas là où on peut leur sauver la vie, sans demander de quelle famille il s'agit, ni ce qu'elle pense, que ce soit un enfant, un jeune, un adulte ou une personne âgée. Pour sauver une vie, la Révolution ne s'est jamais arrêtée à la dépense, même si celle-ci se chiffre à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Certains patients ont parfois demandé cent mille dollars.

Nous avons aussi la chance d'avoir de nombreux amis à bien des endroits, des médecins qui opèrent gratuitement, et nous n'avons alors qu'à payer les billets d'avions, les frais d'hôtel et toutes ces choses-là. Dans le cas d'un enfant, la mère l'accompagne, bien entendu.

Il se peut que des personnes apprennent qu'il existe une solution pour leur cas, mais si nous savons avec la certitude la plus absolue que c'est faux, alors le pays ne peut dépenser de l'argent pour tenter de résoudre un problème insoluble, à plus forte raison si le patient en question a été examiné non seulement par nos médecins, mais encore par de nombreux médecins qui nous rendent visite, ou que nous avons consultés et qui ont confirmé notre diagnostic. Sachez, par exemple, que nos chirurgiens opèrent parfois en communication directe avec un spécialiste étranger, celui qui sait le plus, en Espagne ou ailleurs, pour recevoir des conseils.

Oui, notre pays prend toutes les mesures possibles, et si le cas d'un patient est absolument insoluble, le pays ne dépense pas l'argent pour l'envoyer à l'étranger. Et c'est tout simplement une commission médicale qui en décide. Le jour de la conférence de la presse, nous avons remis par écrit le bilan de nos dépenses annuelles à ce titre. Avant, elles étaient plus élevées; maintenant, elles ont diminué parce que nous réglons bien des problèmes ici-même, et aussi parce que nous avons des médecins amis, aux Etats-Unis ou ailleurs, qui viennent ici et y restent une semaine, ou dix jours, ou quinze jours, et qui opèrent. Vous avez aussi l'exemple du projet Orbis, d'une institution nord-américaine dont l'avion est équipée pour des soins ophtalmologiques de pointe et qui l'a envoyé plusieurs fois ici. Tout ceci nous évite d'avoir à envoyer de nombreux patients dans d'autres pays, parce que les opérations peuvent se faire ici. Nous avons toutes les conditions techniques requises, mais alors il faut attendre que le médecin qualifié vienne de l'étranger. Dans ce cas, il est préférable qu'il s'occupe de plusieurs cas qui se sont accumulés. Ces médecins apportent parfois avec eux des intrants et des instruments pour opérer, et ne touchent pas un centime pour ces soins spécialisés. Notre pays a de nombreux amis, et ce genre de mécanisme nous permet d'économiser des ressources et de soigner tout le monde. Notre pays, vous le savez, ne lésine sur rien pour sauver une vie, et le patient ne paie pas un centime, ni en dollar ni en peso.

En tout cas, dans le cas du second enfant, on a dit des choses infâmes. Par exemple, un article d'El Nuevo Herald, ce journal de Miami dont vous savez très bien qu'il est totalement au service de la maffia et qui écrit toutes sortes d'horreurs sur la Révolution au point que c'en est insultant. Il s'agit d'un article à propos d'une lettre que Díaz-Balart a écrite à la directrice de l'hôpital La Rábida, de Chicago, qui a accompagné le gouverneur en même temps que le ministre de la Santé de l'Etat d'Illinois, des gens qui ont la plus grande confiance du gouverneur. Ce monsieur lui écrit donc qu'il a appris l'existence d'un enfant cubain... et il lui demande de lui rendre visite et de s'intéresser à son cas, parce que cet enfant a besoin d'être soigné dans un hôpital réservée aux touristes et à la plus haute hiérarchie politique du pays - écoutez ça : la plus haute hiérarchie politique du pays ! - et que la famille n'a pas de dollars pour payer. Ah, et aussi parce qu'il a besoin d'un médicament qui n'existe pas et qu'il doit payer en dollars.

Ici, et vous le savez aussi bien que moi, on ne vend aucun médicament en dollars. Certains hôpitaux ont reçu l'autorisation de consacrer un certain nombre de lits d'un étage au tourisme de santé et d'allouer les revenus obtenus par cette voie à l'achat de pièces et de médicaments. Ainsi, le Hermanos Ameijeiras a des lits de ce genre au dernier étage, et d'autres aussi, et les revenus servent à l'achat de médicaments et d'équipements. Cet argent ne sert pas à autre chose, à moins qu'une partie minime n'en soit versée au budget du ministère pour ces mêmes objectifs, ce qui a permis de développer certains autres hôpitaux de réhabilitation très spécialisés.

Il existe même des services de massage et des départements de réhabilitation dans les polycliniques ! Pour que les gens n'aient plus à aller comme avant, par exemple, de Guanabacoa à Boyeros, où se trouvait cet hôpital qui était presque un baraquement. Et il y existe maintenant un hôpital qui est une merveille, à partir de la technologie yougoslave, parce que ce pays avait une grande expérience en matière de réhabilitation. Et ce merveilleux hôpital, nous l'avons conclu en pleine Période spéciale. Pour des enfants ayant des problèmes, des tares congénitales, ou ayant souffert un accident. Cet hôpital qui contient je ne sais combien de lits a coûté des millions de dollars en construction et équipements. Et il est destiné à la population. D'autres hôpitaux du pays se consacrent à la réhabilitation de patients, des hôpitaux orthopédiques, etc. Mais les cas les plus compliqués, on les envoie à cet hôpital-ci. Oui, nous avons des centres excellents, et même des services de réhabilitation dans les polycliniques, et personne ne paie un dollar ou un centavo pour ces soins !

Là où vont les étrangers - ce peut être un diplomate, un représentant de société étrangère, un touriste ou un visiteur de ce genre - on vend des médicaments, et ces soins de haut niveau, logiquement, ils les paient. Dans ce cas-là, ni les soins ni les médicaments ne sont gratuits, même si les tarifs sont inférieurs à ceux d'autres pays.

Il s'agit assurément de soins spéciaux et qu'ils paient. Mais nous ne pouvons malheureusement pas offrir ce même type de soins, avec les mêmes facilités matérielles, à des millions et des millions de citoyens. Nous essayons de leur offrir le meilleur, en tout cas. Ces temps-ci, nous avons eu des difficultés que nous sommes en train de régler peu à peu, et nous faisons un certain nombre de choses, je peux te l'assurer, et nous avons obtenu la mise au point de nouvelles formules, obtenu des matières premières, réduit le coût des médicaments. Nous donnons des soins gratuits à onze millions de citoyens, et nous avons, en ces dix années de Période spéciale, incorporé trente mille médecins de la communauté, avec des réserves dans les hôpitaux, et les citoyens de notre pays, sauf dans les campagnes où ils sont un peu plus éloignés, disposent d'un médecin à quelques centaines de mètres de chez eux, de nuit comme de jour, ou même moins.

Voilà les services que nous prêtons à notre peuple. Nous avons mis en place des systèmes de contrôle pour que personne n'accapare des médicaments. Nous n'avons jamais entravé l'envoi de médicaments de l'étranger. Quand bien des gens allaient et venaient entre les Etats-Unis et Cuba, par exemple, chaque personne était autorisée à ramener gratuitement jusqu'à dix kilos de médicaments, parce que c'était le produit qui manquait le plus et qui a reçu le plus de facilités. C'était une manière de soulager cette nécessité de médicaments. Personne ne demandait aux gens qui les amenaient ce qu'ils allaient faire avec, les distribuer, les revendre... C'était un risque à courir, mais il valait mieux que les médicaments entrent. Ou alors par l'intermédiaire de dons. Il arrivait d'ailleurs que telle ou telle personne ramène un médicament dernier cri que nous n'avons pas encore dans nos formulaires, ou qu'il parvienne dans les colis de dons, et qu'un médecin peu sérieux le prescrive comme si on le trouvait partout, en disant au patient de se débrouiller pour le trouver auprès de quelqu'un ou par les envois de dons.

Ici, les dons vont directement aux hôpitaux. L'Etat, lui, dispose de deux réserves de produits vitaux. La première a d'abord été créée au ministère de la Santé publique, et la seconde, ensuite, au Conseil d'Etat. Un médicament vital, pour qu'il ne manque pas. Sûr, aucun ne devrait manquer, mais ce n'est pas toujours le cas. Et il faut tout bien contrôler pour que certains ne les accaparent pas, ou ne les volent. Certaines réserves sont centralisées et il est impossible d'y voler. L'hôpital qui en a besoin, qu'il soit même à Santiago de Cuba ou à Baracoa, téléphone qu'il lui manque tel ou tel produit de ce genre, et alors on le sort de la réserve et on le lui expédie, et on renouvelle le stock. Voilà la méthode que nous suivons.

J'en reviens à l'enfant accidenté. Il a besoin d'un médicament qui coûte vingt-deux dollars, c'est certain, mais qu'on lui vend à vingt-deux pesos. On le vend, oui, parce qu'il s'agit dans ce cas d'un traitement au foyer, et non plus à l'hôpital. Le médicament à l'hôpital est gratuit, lui.

Combien coûtent les médicaments ici ? Le même prix que voilà quarante ans, et même réduit presque de moitié pour bon nombre d'entre eux. C’est leur prix en pharmacie. Mais les médicaments très stratégiques, les médicaments vitaux, on ne peut les vendre en pharmacie dans les circonstances actuelles. Il faut disposer d’une réserve pour garantir qu’ils ne manquent pas.

Et il n’a rien manqué à cet enfant. Après, les parents nous ont dit : «Tel médicament, j’ai de la famille qui me l’envoie.» Oui, certaines personnes ont des relations là-bas. Le père de cet enfant m’a raconté qu’il avait une soeur aux Etats-Unis qui l’avait vu naître et qui était terriblement traumatisée par cet accident.

Dans les deux cas, les familles de là-bas avaient dit qu’elles pouvaient s’arranger pour les médicaments ou qu’elles avaient fait des démarches pour soigner les deux enfants en question. Et les parents étaient censés être d’accord pour partir.

Quand je parle avec le gouverneur l’avant-dernier jour, le 26 au soir, il aborde la question des deux enfants et je lui dis : «Il n’y a absolument aucun problème avec eux.» Dans ces cas-là, on fait ce que décident les parents, même s’il s’agit de cas qu’on peut soigner ici et qui ont reçu ici le traitement adéquat.

Nous étions donc convaincus que les deux parents étaient d’accord pour partir et pour qu’on envoie les enfants, l’un en Caroline, l’autre à Chicago. Le gouverneur me demande : «Puis-je les ramener demain dans mon avion ?» Je lui dis : «Oui. Quelle heure est-il ?» «Il doit être neuf heures, neuf heures et demie», me répond-il. Je lui dis : «Bien entendu, nous allons en parler tout de suite aux parents. Peu importe le passeport, on leur donnera un document, un certificat, cela suffira.» Le départ du gouverneur était prévu en effet pour une heure de l’après-midi.

Une des familles vit à Matanzas, et il fallait consulter les parents. On a téléphoné du bureau même. J’ai demandé à un collaborateur : «Entre en contact avec les parents, vérifie s’ils ont des passeports, entre en contact avec qui il faut.» Les parents de l’enfant qui est finalement parti avec le gouverneur avaient même pensé le faire quelques jours plus tard. Quand on a demandé au porte-parole quelle était la position de Cuba, étant donné qu’il s’agissait d’un intérêt exprimé par Helms, il a répondu tout à fait correctement : «On fera ce qui convient le mieux à l’enfant.»

À la fin de la réunion, je passe au bureau pour converser un moment avec le gouverneur avant le dîner, et c’est alors que Carlitos [son plus proche collaborateur] me dit : «Le père de l’enfant de Marianao ne veut pas que l’enfant parte.», parce qu’il a eu une longue conversation avec le médecin et qu’il dit que ce n’est pas la peine de le soigner ailleurs. Quel problème ! Je me dis : «Sapristi, qu’est-ce que les autres vont inventer maintenant ? Que nous avons exercé des pressions, que nous l’avons menacé...» Alors, je dis au gouverneur : « Ecoutez, il y a un ennui avec l’un des enfants. Nous allons entrer en contact avec le père, avec le médecin qui l’a opéré, avec le directeur de l’hôpital – il était une heure du matin – nous allons les faire venir ici pour qu’ils discutent avec la directrice de l’hôpital de Chicago et avec le responsable de la santé de votre Etat, un homme qualifié, et que le père leur explique les raisons pour lesquelles il estime qu’il n’autorise pas l’enfant à partir, pour qu’il dise sa volonté.»

Il s’agissait de l’enfant autour duquel on avait orchestré une manoeuvre politique honteuse et auquel on avait censément interdit de se soigner au CIMEQ, parce qu’il n’avait pas de dollars. Pourquoi vous lirais-je cet article indécent ? Il y a tant de choses ! Je vais juste en lire des extraits :

Une famille modeste attend impatiente l’arrivée de cette "mission humanitaire" [...] Carlos Prieto et Ileana Sideris Borges, qui vivent à Marianao, un quartier de La Havane, espèrent que la doctoresse Lisa Thornton, directrice de l’hôpital pédiatrique de La Rábida, à Chicago, pourra écouter le cas de leur enfant, de deux ans, Christian, et leur offrir de l’aide. Christian est tombé du balcon de chez lui le 5 juin dernier.»

Cet enfant-ci devait aller à Chicago. L’autre, celui qui est parti, devait être soigné en Caroline du Nord, bien qu’il soit possible que l’on soigne en fin de compte à Chicago, lui aussi. Je poursuis la lecture de cet article absolument indécent :

Les parents de Christian espèrent que la doctoresse Thornton, en compagnie des huit spécialistes qui font partie de la délégation, transmettra une pétition du représentant républicain de la Floride, Lincoln Díaz-Balart, pour pouvoir rendre visite à l’enfant...

Ce monsieur n’écrit pas au gouverneur, il écrit à cette doctoresse :

«Je vous demande de vous préoccuper, durant votre visite, de la santé de Christian et de rendre visite à l’enfant et à sa famille, pour pouvoir ainsi connaître de vous-même la réalité de la Cuba d’aujourd’hui où les hiérarques du régime et les touristes à dollars peuvent accéder aux meilleurs produits et services, tandis que le peuple cubain vit dans la discrimination et la misère...»

Et bla-bla-bla, et bla-bla-bla... Voilà la politicaillerie qui se profile derrière chaque action de ces gens «si humanitaires». Tout ceci est vraiment lamentable. L’article cite ce qu’a dit Ryan avant de partir : «J’ai l’espoir que cette mission ouvrira une porte. Cuba isolée n’est pas dans l’intérêt de l’Illinois ou des Etats-Unis.» Puis le journaliste cite la réaction de Díaz-Balart : «Le voyage de la délégation de l’Illinois est regrettable. On ne peut rien attendre de bon d’une délégation comprenant de puissants hommes d’affaires qui se font les dents au sujet de l’avenir de Cuba.» Presque un communiste, ne trouvez-vous pas ? Telle est l’idée qu’il se fait des hommes d’affaires qui venaient avec le gouverneur, des loups s’aiguisant les crocs pour dépecer Cuba. C’est indignant !

En fait, l’hôpital CIMEQ ne soigne pas ce genre de maladies, car ces cas vont au meilleur hôpital de réhabilitation d’Amérique latine et un des meilleurs du monde, le Centre international de restauration neurologique, où des invalides de longue date sont ressortis sur leurs pieds, où vous avez des physiothérapeutes qui consacrent parfois huit heures à un seul patient. Un hôpital qui jouit d’un renom et d’un prestige énormes. Et qui soigne des Cubains qu’il est impossible de guérir dans aucun autre centre. C’est là qu’est allé cet enfant.

Quand l’accident a-t-il eu lieu ? Le 5 juin, voilà bientôt cinq mois. Le plus triste, c’est que la magouille de Díaz-Balart apparaît après que les médecins de l’hôpital Juan Manuel Márquez et ceux du Centre international de restauration neurologique (CIREN), mais surtout les premiers, ont sauvé la vie de l’enfant.

J’ai devant moi le dossier complet du cas de Matanzas. Et j’ai aussi le résumé du dossier clinique des deux cas. Celui de Matanzas affirme quelque chose d’important : «Ce patient n’a besoin d’aller pour le moment à aucun autre centre, parce que les soins lui sont garantis dans notre pays. Le traitement chirurgical n’est pas nécessaire pour l’instant, compte tenu de son évolution favorable et parce qu’il n’est pas recommandé à son âge.» Voilà les remarques finales du personnel de gastro-entérologie de l’hôpital pédiatrique Juan Manuel Márquez quand on a lui a demandé son avis : «...n’est pas recommandé à son âge. Toutefois, le cas échéant, l’hôpital est parfaitement en conditions de le réaliser, comme nous l’avons déjà fait pour six autres patients.»

Les médecins recommandent de ne pas opérer. C’est donc quelque chose de plus sérieux, et j’en parle au gouverneur : «Ecoutez, gouverneur, nous avons, nous, une responsabilité. Il existe cette recommandation de ne pas opérer. Ce sont deux avis différents, et cela dépasse vraiment ce que peuvent décider les parents. Puisque vous avez demandé à prendre l’enfant avec vous, je dois vous expliquer clairement ce que pensent les médecins.» A ce moment-là, nous étions encore en train de soutenir la rencontre initiale avec le gouverneur et nous ne connaissions pas la décision de l’autre cas que je vous ai raconté, celui du père avec qui nous avons dû avoir une réunion à une heure du matin.

Je poursuis donc : «Il existe une responsabilité en jeu, gouverneur. Si vous prenez l’enfant avec vous demain, si l’on commet une erreur, si l’enfant meurt... Nous sommes d’accord qu’il aille avec vous, mais pas avant de vous avoir expliqué qu’il existe cet avis de nos médecins. Quelle serait notre faute si on lui fait une opération prématurée et que l’enfant meure ?» Je l’ai aussi averti que l’enfant allait bien. Je lui ai dit que nous n’empêcherions pas qu’il le prenne avec lui, mais que nous lui demandions en tout cas, à lui-même en tant que gouverneur de l’Illinois, et aux médecins qui l’accompagnaient de prêter une attention spéciale à ce point particulier, à savoir que les médecins estimaient qu’il ne fallait pas opérer, que c’était prématuré, que l’enfant évoluait de façon satisfaisante et que, s’il lui arrivait quelque chose, ils pouvaient faire face à la situation. L’enfant allait même à l’école.

L’autre cas est celui de l’enfant qui est tombé d’un second étage sur la tête, qui a souffert un traumatisme terrible, et qui encore aujourd’hui ne peut pratiquement pas remuer. La première chose qu’ont faite les médecins, c’est lui sauver la vie. Ce qui a été bien plus complexe que ce qu’il faudrait faire maintenant à l’enfant de Matanzas. Et si les soins donnés à celui-ci valent 700 000 dollars, eh bien ! ce qu’ils ont fait à l’autre enfant pour lui sauver la vie doit valoir... L’autre jour, j’ai parlé de 100 000 dollars, mais après avoir vu tous ces détails, avoir eu davantage de données, ça doit se chiffrer, allez savoir, à un million, ou deux ou trois... Bref, personne ne sait exactement. Et puis, d’ailleurs, qui va payer ? Parce que cet enfant a besoin de réhabilitation on ne sait pas pendant combien d’années.

Voyez donc un peu le cas avec lequel les défenseurs du génocide, ceux qui ne veulent pas qu’on vende des aliments au pays, même pas pour les enfants et les personnes âgées, qu’on ne lui vende pas de médicaments, ceux qui promeuvent le blocus pour que nous n’ayons pas de quoi les acheter, font de la politicaillerie, et de la politicaillerie bon marché ! Si un jour on reçoit l’autorisation d’acheter des aliments et des médicaments aux Etats-Unis, je me demande bien avec quoi nous pourrons le faire, parce que si vous ne pouvez pas faire de commerce, si vous ne pouvez rien vendre, vous ne pouvez pas vous développer; si on vous soumet à une guerre économique tous azimuts, alors, à quoi bon cette autorisation ? Nous nous féliciterions le jour où on nous vendra des aliments, mais nous ne réglerions rien pour autant. Et ce sont les tenants du blocus, ses défenseurs à outrance, qui disent ces infamies.

L’enfant tombé du balcon, il a d’abord fallu l’opérer d’urgence, parce que son crâne avait pratiquement éclaté et qu’il avait perdu le quart de sa masse encéphalique. Ensuite, il a fallu faire cinq autres opérations, face à chaque problème qui se présentait. Un cas extrêmement compliqué. La grande opération initiale et cinq autres. J’ai parlé ensuite aux médecins, au chirurgien qui l’a opéré, et en détail. Après qu’on lui a sauvé la vie, cet enfant ne voyait pas, n’entendait pas, n’avait aucune conscience, ne pleurait pas. Un végétal. C’est alors qu’a débuté le programme de réhabilitation au CIREN. Trois jours au Manuel Márquez et trois jours au CIREN, selon le type de réhabilitation. Une fois rendu chez lui, le problème était de savoir jusqu’où pouvait aller la réhabilitation. Les médecins ont tout bien étudié, et celle-ci a commencé. Et aujourd’hui, l’enfant voit, l’enfant entend, l’enfant a des sensations, l’enfant pleure. Il s’améliore vraiment, mais on ne sait combien de temps peut durer le traitement.

Est-ce que le père, ou les médecins sont ici ? Le chirurgien et le directeur de l’hôpital ? Les deux ? Eh bien, venez donc une minute, pour que les gens vous voient et vous connaissent. D’autres médecins ont participé, mais c’est vous qui avez eu la première responsabilité de lui sauver la vie.

Ce soir-là, conversant avec le père et nos médecins, j’ai demandé au premier pourquoi il avait changé d’avis. À ce moment-là, on lui avait déjà remis une copie des documents, du diagnostic, de la lettre, et aussi de l’article d’El Nuevo Herald où il est dit qu’il a affirmé que l’enfant n’avait pas été reçu au CIMEQ. Je lui dis : «J’ai ici un article, mais je te recommande de ne pas le lire, parce que ça ne va pas être agréable pour toi.» Parce qu’on met dans sa bouche d’avoir dit telles et telles choses. Alors, il se met à pleurer et dit : «Tout ce que j’ai dit, c’est cette phrase. S’ils disent d’autres choses, ils les ont inventées là-bas.» L’histoire du CIMEQ.

Donc, le CIMEQ ne traite pas ces cas-là. Quelqu’un a parlé d’un jacuzzi, qui est une espèce de baignoire, un massage. Un massage de quoi ? [Un médecin lui dit que c’est un traitement physiothérapeutique par hydromassage.] Ce service se prête même dans un certain nombre de polycliniques. Combien d’équipements de ce genre avons-nous ? [Le directeur de l’hôpital lui répond que dans presque tous les départements importants de physiothérapie.] Et dans les polycliniques ? [Il lui répond qu’il ne sait pas.] Tu le sais, toi ? [S’adressant au chirurgien, qui dit qu’ils existent dans les polycliniques qui reçoivent une grande partie de la population, et que tout le monde y a accès.] Autrement dit, c’est la chose la plus simple du monde. Ce traitement d’eau tiède et d’hydromassage est en fait une baignoire avec quelques équipements. Le CIREN reçoit les patients, mais l’hydromassage existe aussi dans les polycliniques. Vous en avez aussi, bien sûr. Quel traitement donnez-vous au CIREN ? [Le neurochirurgien explique que le traitement consiste en une physiothérapie passive, avec quelques éléments de physiothérapie active, car l’enfant en question a besoin d’un traitement passif, ainsi que de l’affection, de la présence constante de la mère près de l’enfant, ce qui est le plus important actuellement, et aussi de quelques soins spécialisés.] Il reçoit six séances par semaine. [Le médecin précise que trois fois par semaine en physiothérapie au Juan Manuel Márquez, et trois fois au CIREN.]

Une fois commencée la réunion, debout, dans une petite salle du Palais, à une heure du matin, en présence du gouverneur, de la directrice de l'hôpital de Chicago et du responsable de la santé de l'Etat d'Illinois, je m'adresse donc au père, je lui recommande de ne pas lire l'article en question, mais il tient quand même à le lire, il a du mal à le conclure et se met à pleurer. J'ai pu sentir à ce moment-là que le gouverneur était indigné, qu'il estimait que cette lettre adressée à la directrice de l'hôpital pédiatrique de Chicago abusait de sa bonne foi. Ensuite, je reste seul avec les deux médecins et je leur demande : «Répondez-moi à une question : Quelles sont les possibilités d'amélioration de l'enfant ? Peut-il arriver à marcher ?» Ils me répondent : «Oui, il peut arriver à marcher.» Je leur dis : «Il peut arriver à faire des études ?» Ils me disent : «Oui, il peut arriver à faire des études, parce que dans des cas pareils, à son âge, bien qu'il ait perdu un pourcentage élevé de sa masse encéphalique, d'autres régions du cerveau développent les fonctions qu'exerçaient celles qui ont disparu. Oui, il peut arriver à faire des études.» Avec des limitations, bien entendu, mais il peut le faire.

Quand j'écoute ça, je me dis : Bon, ça permet du moins de respirer. Je savais déjà que le père ne voulait pas que l'enfant sorte du pays. Finalement, je fais mes adieux à tout le monde. Le gouverneur avait dû partir avant, parce qu'il était tard, presque deux heures du matin, et il avait encore un programme pour le lendemain, il devait se rendre à différents endroits et donner une conférence à l'Université. Il part donc, nous nous disons adieu. Restent les médecins cubains et nord-américains, le ministre de la Santé de l'Illinois, et ils continuent de discuter ensemble au moins encore une heure de plus. Ils le faisaient encore quand le reste de la délégation nord-américaine est parti. Puis je vais converser avec le père et ceux qui sont encore là. Et je peux donner au père une bonne nouvelle : «Ecoute, tandis que vous étiez à l'écart, les médecins m'ont dit ceci et cela, ça me paraît excellent, il existe de magnifiques possibilités d'amélioration.»

Il me raconte alors comment a surgi l'idée d'aller là-bas, sa soeur a téléphoné de Miami et a fait toutes les démarches. Je lui dis : «Bon, alors, vois ça avec la mère de l'enfant pour connaître son opinion.» J'étais content, et lui était heureux de ce que je lui avais communiqué. Vrai, c'était une très bonne nouvelle ! De quoi avait besoin l'enfant ? Justement de ce que les médecins faisaient avec lui.

À quelle conclusion sont arrivés les deux médecins cubains ? Ils expliquent tout à la doctoresse Thornton, la directrice de cet hôpital, qui est elle-même diplômée dans une spécialité ayant à voir avec le problème de l'enfant, et au spécialiste qui est responsable de la santé en Illinois. À la fin de la conversation, ils décident tous de se rendre au Juan Manuel Márquez à neuf heures du matin pour voir l'enfant, les médecins de l'équipe qui le soigne et les parents. C'est là-dessus que tout prend fin. Ça a duré deux ou trois heures. Combien de temps ça a duré ? [On lui répond environ trois heures.]

Moi, je suis resté à l'Université avec le gouverneur jusqu'à midi, et on me dit : «Ils ont fini, ils viennent.» J'attends donc avec impatience pour savoir à quelle décision ils avaient abouti. La directrice de l'hôpital et le ministre de la Santé d'Illinois ont mis du temps à apparaître au milieu de tant de gens, et je finis par les retrouver à l'entrée du Grand Amphi. Ils me disent : «Nous avons examiné l'enfant, il a reçu tous les soins qu'on pouvait lui donner et on lui a sauvé la vie. Le traitement qu'on lui applique est parfait, il n'y a aucune raison que cet enfant aille se faire soigner ailleurs.» On en informe le gouverneur. Ça le rassure, parce que c'est l'avis de son personnel le plus qualifié.

Ensuite, il se crée une certaine confusion, parce que les instructions ne concordaient pas. Le ministère de la Santé publique avait quelqu'un qui s'occupait de ça : l'une des familles, il fallait aller la chercher à Matanzas, la faire venir, l'installer quelque part; les médecins devaient être à neuf heures du matin à l'hôpital et il fallait trouver les parents. Le gouverneur partait à une heure de l'après-midi, et il restait encore la question des visas et d'autres détails de ce genre. Il y a eu même un petit conflit à l'aéroport. Après la conférence de l'Université, le gouverneur est allé déjeuner avant de partir pour l'aéroport.

Moi, pendant ce temps-là, j'ai donné une conférence de presse, et quand elle prend fin et que je me rends dans mon bureau, Carlitos me dit : «Il y a un problème à l'aéroport, parce qu'on y a amené les deux enfants.» Que s'était-il donc passé ? Nous avons pu le vérifier ensuite. Le fonctionnaire du ministère de la Santé avait reçu pour instructions qu'il devait être à midi avec les deux enfants. Il ignorait la décision des médecins, il n'avait pas participé à toutes ces discussions, ni dans la nuit ni dans la matinée, et, accompagné d'un fonctionnaire de protocole, il conduit enfants et parents à l'aéroport à onze heures. Ma conversation à l'entrée du Grand Amphi s'est déroulée vers midi, ou un peu après, parce qu'il y a eu plusieurs discours, pas seulement celui du gouverneur, mais encore celui du recteur, plus la cérémonie de la cloche. Et après il y a quelques saluts, quelques adieux, et ensuite nous avons attendu l'arrivée des médecins.

Le gouverneur avait hâte de partir et je lui ai dit : «Attendons l'arrivée des médecins.» Les médecins sont arrivés vers midi et quelque. Je pars à ma conférence de presse, lui, à son déjeuner. Il était censé partir à une heure, mais je savais que ça ne serait pas possible. J'ai dit aussi aux journalistes qui s'impatientaient : «Du calme, le gouverneur ne partira pas sans vous.» Ç'a été une conférence de presse improvisée, on entendait très mal, puis je les ai raccompagnés au bus. C'est alors qu'on me dit qu'il y a un problème à l'aéroport, qu'on y a conduit les deux enfants, que madame la chef de la Section d'intérêts y est aussi, hors d'elle : Comment ça qu'on a amené les enfants sans visa ! Tout simplement, le fonctionnaire qui devait les amener a agi du mieux qu'il a pu : indépendamment de la décision prise par les médecins, il n'allait pas attendre celle-ci pour aller récupérer les familles et les conduire à l'aéroport, parce que, dans ce cas, le gouverneur ne serait pas parti à une heure, mais je ne sais pas à quelle heure. En fait, il est parti bien après deux heures, à cause de tout ça.

Oui mais madame la chef de la Section d'intérêts était furieuse, disant que c'était insensé d'avoir fait tout ça sans les visas. En fait, le gouverneur lui avait demandé d'accélérer les formalités, et il supposait que les visas seraient prêts. Alors, on m'informe de tout ça, et j'ai de la peine pour le gouverneur et je demande : «Où est le gouverneur maintenant ? Avertissez-le. Appelez Remírez sur le portable, informez-le de ce qui se passe, dites-lui que la délégation est à l'aéroport et veut partir.»

Les médecins nord-américains avaient fait savoir leur point de vue à la famille de Marianao pendant la visite à l'hôpital, mais en disant qu'ils ne pouvaient pas décider, que c'était au gouverneur à prendre une décision, qu'ils devaient d'abord l'en informer et que la décision finale lui revenait. Ils ont donc informé le gouverneur à l'heure que j'ai dite, à la sortie de sa conférence au Grand Amphi. Quand le gouverneur était en route pour l'aéroport, Barrios, un des chefs du département du ministère des Relations extérieures chargé des rapports avec les Etats-Unis, quelqu'un de très sérieux qui avait constamment accompagné le gouverneur, prend les devants en voiture pour venir me voir et je lui donne en vitesse quelques instructions. Il me dit en arrivant : «Il y a un problème à l'aéroport.» Je lui demande : «Le gouverneur est arrivé ?» Il me dit: «Non, il est en train de partir.» Je lui dis : « Tâche d'arranger tous ces problèmes, explique-lui, attends-le.» Le gouverneur est arrivé là-bas un peu après lui.

Qu'est-ce qui me préoccupait ? Que le gouverneur s'étonne. Il dit : «Comment ont-ils pu passer le contrôle de police et tout le reste ?» Parce que madame la chef de la Section d'intérêt était là, furieuse. Eh bien, oui, ils avaient passé le contrôle de police et tout le reste, parce qu'ils ne savaient pas quelle allait être la décision du gouverneur et ils étaient venus à l'avance.

Mais il y a un autre incident dont je parlerai ensuite.

Oui, ça me faisait un peu de peine pour le gouverneur, car, comme nous nous en étions tenus strictement à ce qui avait été convenu, je m'inquiétais qu'il croit même un moment qu'on ait voulu lui forcer la main en amenant deux enfants alors que la décision avait été prise à midi et quart de n'en amener qu'un. Et j'ai dit à Barrios : «Explique-lui bien comment tout s'est passé et qu'il décide dans un sens ou dans un autre.» Et il a déclaré que cet enfant, selon les points de vue de ses spécialistes, n'avait pas besoin de partir à l'étranger et que si un jour il fallait le faire, eh bien, ils le recevraient. Voilà comment tout s'est passé.

Parfait, les parents rentrent chez eux. Et le lendemain, le 29, ils se présentent à l'immigration pour partir du pays ! Alors je me dis : Mais que se passe-t-il ? Une fois de plus ? D'abord, ils partaient; après, ils ne partent plus. Les médecins leur donnent leur point de vue, et ils ne partent plus. Ils rentrent chez eux, tout tranquilles, et le lendemain, des nouvelles d'immigration : ils demandent à partir. Alors je demande : que s'est-il passé ? On me répond : Ils ont de nouveau téléphoné de Miami qu'ils vont lui obtenir un hôpital on ne sait pas où et qu'ils envoient l'enfant. La Section d'intérêts avait aussitôt délivré les visas.

Ils devaient encore remplir les formulaires, faire les démarches de départ. Moi, je voulais faire quelques recherches supplémentaires, obtenir d'autres informations, savoir ce que c'était vraiment que cet hôpital, parce qu'une nouvelle inquiétude surgissait, et sérieuse : ce monsieur Díaz-Balart était vraiment en train de jouer avec l'enfant et la tragédie des parents !

Je suis absolument convaincu qu'il n'est pas bon de faire partir cet enfant, qu'aucun autre endroit ne pourra lui donner ce traitement qui lui est garanti ici pour des années et des années, que cela coûte des millions de dollars. Et puis, la vie de cet enfant est sauvée, et puis le gouverneur a fait une promesse : en cas de besoin, ils le recevraient en Illinois. Quel sera le sort de cet enfant que la médecine et les spécialistes cubains ont sauvé ? Combien auraient coûté ces opérations et tout ce traitement de plus de quatre mois, si l'autre cas coûte, dit-on, 700 000 dollars ? Il faudrait au moins quintupler ce chiffre ! Ce sont des années de traitement, jusqu'au jour où l'enfant pourra aller à l'école, apprendre, comme l'espèrent les médecins. L'enfant va mieux, les preuves existent, et les médecins nord-américains l'ont constaté. Telle est la situation actuelle. J'ai voulu vous expliquer tout en détail, parce que c'est un problème sérieux.

Il faut nous donner des garanties que, si les parents veulent faire partir l'enfant, celui-ci sera soigné dans un hôpital d'une qualité optimale. Et, bien entendu, en deux mots, pas dans un hôpital de Miami, parce que tout ceci a été une insulte, une offense pour tout le monde, un truc. Bref, un crime de politicards !

En fait, c'est ça qu'il s'est passé : de nouvelles pressions depuis Miami, dès le lendemain. Du spectacle, du grand spectacle !

Mais maintenant, dans ces conditions, nous n'autoriserons ce départ que si le gouvernement des Etats-Unis, et non un maffieux misérable, nous donne la garantie que cet enfant sera traité dans le meilleur hôpital du pays. Alors, aussitôt, nous donnerions l'autorisation à la mère de partir avec l'enfant, dès après-demain, s'il fallait décider, mais à condition que cet enfant reçoive le traitement qui lui est garanti ici. Oui, maintenant, c'est le gouvernement des Etats-Unis qui doit se prononcer, et le plus tôt sera le mieux, qu'il nous dise quel est le meilleur hôpital du pays pour soigner cet enfant dont les médecins cubains ont sauvé la vie. C'est presque outrageant pour l'hôpital où il a été opéré, pour ces médecins qui ont fait tant d'efforts et dont les résultats ont été reconnus par une éminente spécialiste d'un des meilleurs hôpitaux des Etats-Unis, qui est celui de Chicago. Maintenant, nous ne pouvons exiger du gouverneur de l'Illinois qu'il prenne l'enfant en charge : ce doit être le gouvernement des Etats-Unis.

Nous avons consacré des heures et des heures à cette question. Eh bien, que quelqu'un aux Etats-Unis prenne au moins la peine de s'occuper de ça. Une fois cette condition remplie, l'enfant partira aussitôt : juste la garantie d'un traitement optimal, et que cela ne sera pas l'enjeu d'une politicaillerie bon marché, comme c'est le cas actuellement.

Voilà notre position. Définitive. Le thème des deux enfants est clos. Et nous allons passer à un autre. Mais je n'ai pas eu d'autre solution que de vous expliquer en détail, parce que c'est sérieux.

Marina Ménendez. Vous avez dit dans votre préambule que, parmi les motifs qui expliquent cette hystérie aux Etats-Unis contre Cuba, en plus de la visite du gouverneur Ryan, il y avait la proximité du Sommet ibéro-américain, et vous avez parlé de l'échec des tentatives de sabotage. J'aimerais que vous nous en parliez un peu plus longuement.

Fidel Castro. D'accord. J'ai ici des document qui traitent du sabotage du Sommet; la maffia n'arrête pas d'inventer. J'ai un tas de données là-dessus, mais je ne vais pas tout lire, bien entendu, et ce n'est pas utile. Les tentatives de saboter le Sommet remontent à plusieurs mois, à juillet, et même avant. Je vais lire différentes choses. Tu parles du Sommet, non du sabotage des relations, qui sont deux thèmes différents.

Marina Menéndez. Non, du Sommet ibéro-américain.

Fidel Castro. Ça, ç'a été la fonction de la Section d'intérêts. Je préférerais mentionner quelques antécédents, et je vais donc revenir un peu en arrière.

Le chef de la Section d'intérêts précédent s'appelait Kozak. Le sous-secrétaire d'Etat aux affaires interaméricaines s'appelait Hamilton, quelqu'un de plus raisonnable, de plus décent. Je peux le dire parce que différents problèmes ont surgi pendant la guerre au Kosovo, des informations indiquant que des réfugiés kosovars allaient être accueillis dans la base navale de Guantánamo, et il y a eu des échanges de notes à ce sujet. Je m'en suis occupé personnellement, parce que c'était une situation très sérieuse. Bien entendu, les Etats-Unis ne nous ont pas consulté pour prendre cette décision, mais ils ont eu du moins pour la première fois l'amabilité de nous informer à l'avance. On connaît notre position à ce sujet.

Il y a eu ensuite le fameux match de base-ball à Baltimore contre l'équipe locale, et ça a fait toute une histoire, parce qu'il y avait des gens qui voulait le saboter à tout prix. La délivrance des visas tardait, ensuite il en manquait une partie. Quand cette même équipe des Orioles de Baltimore est venue jouer à La Havane, nous lui avons délivré tous les visas qu'elle a voulus, et nous avons même donné l'autorisation d'atterrissage d'un second avion deux heures avant. Nous avons donné toutes les facilités. Et des tas de gens sont venus des Etats-Unis.

Il avait été décidé que nos joueurs voyageraient dans des avions cubains, de la même manière qu'ils étaient venus, eux, à bord d'un avion nord-américain. Nous allions envoyer autant de gens que l'avion pouvait en contenir. Alors on nous apprend qu'il existe le risque que cet avion soit saisi à son arrivée, et que c'est presque sûr que ça se fera, et ce pour les mêmes raisons qui avaient servi de prétexte pour saisir les fonds de notre compagnie de téléphone, ETECSA. En tout cas, ils étaient très inquiets. Mais nous avions, nous, beaucoup de mal à renoncer à l'accord passé et à notre droit de conduire nos joueurs dans un avion à nous. Nous disions qu'il n'était pas correct qu'ils voyagent sur une autre ligne.

Et alors, ce fonctionnaire, Hamilton, nous a répondu, nous a expliqué les risques d'une façon très raisonnable. On voyait bien qu'il ne cherchait pas à entraver les choses. En fait, il était très inquiet car il était convaincu que l'avion serait saisi. Je me suis dit : si nous nous entêtons à les faire voyager sur un avion cubain, ça va gâcher le match et tous les efforts que bien des gens de Baltimore ont consentis et aussi d'autres personnes liées aux sports aux Etats-Unis, et ça va paraître un caprice de notre part. Et comme ils sont impuissants et qu'ils ne pourront pas empêcher la saisie de l'avion, on va croire que notre intention était justement de causer un grand problème là-bas. Parce que vous vous imaginez si toute notre équipe et les plus de deux cent cinquante Cubains qui l'accompagnaient et les techniciens se retrouvaient sans avion ! Finalement, nous avons loué un avion d'une ligne étrangère, d'une capacité supérieure, de trois cent passagers, ce qui a impliqué une délivrance de visas supplémentaires.

Et c'est là qu'on a commencé à vouloir mettre des bâtons dans les roues, à retarder ces visas. Kozak en particulier, mais il était soutenu par des gens de là-bas. Après, nous avons appris que tous les visas étaient bel et bien prêts. En fait, c'était une tentative de réduire le nombre de passagers à deux cents, alors que les trois cents que nous avions prévus étaient déjà à La Havane et avec leurs passeports en règle. Ce monsieur voulait sélectionner. Tenez, par exemple, Ordaz [Bernabé Ordaz, directeur de l'hôpital psychiatrique de La Havane]. On nous fait dire qu'Ordaz ne pouvait pas recevoir de visa. Alors, quand j'apprends ça, je me souviens aussitôt des calomnies immonde qu'on a lancées contre lui, alors que c'est quelqu'un qui était allé à Washington l'année d'avant recevoir un prix de l'Organisation panaméricaine de la santé ! Oui, je m'en suis souvenu, parce que ces vermines de Miami, ces individus répugnants avaient inventé - quelque chose d'approchant de l'histoire du Viet Nam - que cet hôpital qu'il dirige depuis un tas d'années, dont on peut dire sans se tromper que c'est l'un des meilleurs au monde, qui a obtenu des résultats fantastiques, reconnus internationalement, était un centre où l'on torturait les prisonniers politiques, les fameux «prisonniers de conscience», et des choses de ce genre...

Alors j'ai une réunion avec les trois cents, dont l'équipe au complet, la veille du départ dans l'après-midi, et je leur ai dit : «S'ils contestent un seul de ceux qui sont ici, de ceux que nous nous connaissons, nous, des compañeros qui n'ont pas commis de délits, dont le casier judiciaire est vierge, eh bien, personne n'y va.» Cette rencontre s'est déroulée dans la même salle où a eu lieu le procès de la Demande contre les Etats-Unis, et les gens se sont mis à applaudir, à réagir tous unanimement et à soutenir cette décision : ou tout le monde ou personne.

On avait déjà dit aux Nord-Américains que si ce problème ne se réglait pas, l'équipe ne partait pas. Nous avons même changé l'heure de départ, parce que les nôtres avaient prévu un entraînement à Baltimore dans l'après-midi, et on leur a dit, au cas où les autres chercheraient à nous embêter jusque vers midi : «Entraînez-vous dans la matinée, pour pouvoir attendre jusque dans l'après-midi.»

Bien entendu, on avait averti tout le monde là-bas : les Orioles, tous ceux qui étaient intéressés par ce match, un certain nombre de personnalités jouissant d'autorité dans le pays et favorables à cette rencontre sportive, et qui ont même fait des démarches auprès du président. Et la réunion dont je vous ai parlé était sur le point de conclure quand on nous annonce que le problème était réglé. Nous avons été raisonnables, nous avons envoyé une réponse bien pensée au sujet de l'avion, nous avons dit : Nous sommes prêts à céder sur ce point-ci, pour telle et telle raison, mais sur ces autres points, pas question. Nous avons renoncé à ce droit-là, mais nous ne renonçons pas à ce droit-ci, parce que c'est injuste et arbitraire. Nous, nous vous avons délivré les visas à temps, et même avec à peine deux heures d'avance, et maintenant votre Section d'intérêts nous dit que c'est impossible. Après avoir dit oui, elle nous dit non.

En fait, elle ne nous a pas vraiment dit non, elle nous a dit qu'une bonne centaine ne pouvait pas y aller, et sur cette liste des gens qui ne pouvaient pas y aller, il n'y avait pas seulement Ordaz, mais encore des paysans, des gens des organisations de masse, des étudiants. Alors, nous avons dit : Ou tout le monde ou personne.

Leur gros problème, à ceux de la Section, c'était qu'ils allaient se mettre à dos ceux qui avaient investi un tas d'argent là-bas dans ce match, alors qu'ils avaient vendu pour presque un million de dollars de tickets d'entrée... et tout a failli capoter pour quelque chose d'aussi absurde, d'aussi stupide. En tout cas, nous préférions qu'il n'y ait pas de match. Et c'est à la fin de la réunion que Remírez nous a informé depuis Washington que tout le monde était autorisé. Voilà quelques antécédents de ce voyage.

Mais c'est bien là la tactique habituelle contre nous : harceler, embêter. La moindre chose devient une complication. Et voilà à quoi se consacrent les fonctionnaires de la Section d'intérêts. Dans le cas de ce match, ils nous ont fait la guerre jusqu'au retour de tous les base-balleurs. Tous, sauf Betancourt, un ex-sportif qui est resté là-bas, un petit lanceur gaucher, et je ne vais rien dire contre lui. Ici, il venait voir les entraînements comme bien d'autres supporters. Il est resté là-bas, je ne vais rien dire. Il ne pensait pas le faire, c'est là-bas que ça lui a pris.

Le 16 juillet 1999, Michael Kozak, alors chef de la Section d'intérêts, organise un cocktail chez lui auquel il invite six meneurs contre-révolutionnaires et trente-trois membres, dont ceux de la presse dite «indépendante», les invitation ayant été adressées par le bureau de presse et culture. Kosak faisait ses adieux et devait prononcer une harangue incendiaire avant de partir. Bref, il s'agissait de recevoir ces gens-là qu'il n'avait pas pu recevoir à la réception du 4 juillet. Il en avait fait une le 2 juillet, mais uniquement pour ressortissants nord-américains. Donc, la veille de son départ, il organise une activité exclusive pour les contre-révolutionnaires. Que dit-il dans son discours, ce 16 juillet 1999 ? Je vais en lire des passages :

Bienvenue à notre fête du 4 juillet. Je souhaite partager avec vous les remarques que j'ai faites devant les ressortissants nord-américains durant notre réunion du 2 juillet. Il me semble important que vous sachiez ce que nous considérons notre mission dans votre pays. Quelques collègues et moi-même, nous partons prochainement de Cuba. C'est dans ce contexte que vous devez comprendre ce discours.

Ce n'est pas seulement le dernier 4 juillet du XXe siècle. C'est aussi, probablement, le dernier 4 juillet que certains d'entre nous passeront à Cuba - du moins sous le gouvernement actuel.

Nos collègues qui restent ici poursuivront les efforts consentis pour aider le peuple cubain à réaliser une transition pacifique à la démocratie. Telle reste l'essence de notre mission. Mais, dans la mesure où nous cédons les rênes à une nouvelle équipe, il est utile de réfléchir sur nos objectifs.

[...]

Nous voulons la démocratie à Cuba pour que nos consuls n'aient plus à agir sous la prémisse que la plupart des Cubains sains d'esprit ne souhaitent rien de mieux qu'échapper de leur propre pays.

Nous voulons la démocratie à Cuba parce que nous souhaitons pas voir nos garde-côtes utiliser des jets d'eau et des gaz lacrymogènes contre des personnes dont le seul délit est de tenter de bâtir pour elles-mêmes une vie meilleure dans la liberté.

Nous voulons la démocratie à Cuba parce que nous ne souhaitons pas voir s'instaurer ici une situation chaotique [qu'il s'efforce pourtant de provoquer] qui nous place devant une série de choix sociaux et militaires.

Nous voulons la démocratie à Cuba parce que, tout simplement, ce peuple a assez souffert.

[...]

Il incombe aux Cubains de régler leur propre situation. Mais de même que nos ancêtres ont eu besoin de l'aide extérieure quand ils se battaient pour le droit démocratique de prendre leurs propres décisions, de même le peuple cubain a besoin de notre aide et de celle d'autres pour recouvrer ce droit fondamental.

[...]

Ainsi donc, pour fêter l'avènement de la démocratie dans notre pays, nous nous attachons de nouveau à aider nos collègues cubains à recouvrer la leur.

Je puis vous assurer ici, ce soir, que bien que ce soit mon dernier 4 juillet avant la fin de ma mission à Cuba, ceux qui me succèdent poursuivront leurs efforts pour le respect des droits de l'homme fondamentaux dans votre beau pays.

Je vous remercie.

Voilà le discours. La harangue du maréchal Michael Kozak à ses troupes au moment des adieux, dans laquelle il leur assure que tout sera comme avant, que ceux qui lui succèdent feront pareil. Et c'est exactement ce qui est arrivé.

Qui donc participait à ce cocktail ? Car, pour un cocktail, c'en est un, en effet. Des meneurs contre-révolutionnaires, et je vais donner des noms : Elizardo Sánchez Santacruz Pacheco, Odilia Collazo, Lázaro Cuesta Morúa, Mario Julio Viera, Lázaro Cabrera, Gustavo Arcos Bergnes, et aussi Néstor Baguer, Raúl Rivero, Marvin Hernández, Ricardo González, Tania Quintero, Juan A. Sánchez, Jorge Olivera, Lázaro Rodríguez, María del Carmen Carro, Jesús Zúñiga, Manuel David Orrio, Oswaldo de Céspedes, Aurora del Busto, Luis García, Manuel Vázquez Portal, Armando Añel Guerrero, Claudia Vázquez, María de los Ángeles González, Gilberto Figueredo, Manuel Brito, Mercedes Moreno, Omar Rodríguez Saludes, Carmelo Díaz, Pedro Pablo Ramos, Ramón Alberto Cruz, Adolfo Fernández, Juan Carlos González de Ávila, accompagné de Martiza Calderón, Gustavo Rafael Rodríguez, Edel García - de Caibarién -, Ramón Humberto Colás, Berta Mexidor, Santiago Santana - de Santiago de Cuba. Bref, les préférés apparaissent sur l'invitation.

Il avait aussi invité seize correspondants d'agences de presse, de journaux ou de télévision étrangers : AP, AP-TN, AFP, Reuters, Notimex, ANSA, EFE; TVE, CNN, ABC, NBC, BBC; El País, Financial Times, Proceso, El Clarín. Je ne les accuse de rien, ils étaient invités. Mais, en tout cas, on connaît bien leurs tactiques et leurs combines, qui sont quasi offensantes pour les correspondants. Je ne dirai pas, pour être franc, que certains d'entre eux ne s'y rendent pas avec beaucoup de plaisir et je ne veux mentionner le nom de personne. D'ailleurs, certains du petit nombre qui travaillaient en liaison étroite avec la Section d'intérêts, dans le cadre de ses plans de subversion et de déstabilisation, ne sont plus à Cuba. Nous verrons plus tard comment les shows étaient organisés.

(Les représentants de trois agences de presse : ANSA, Reuters et Notimex, ont affirmé n'avoir pas participé à cette réunion. Il peut même y en avoir d'autres. Il s'agit de la liste des agences invitées. Aucun n'est mentionné nommément pour ne froisser ou accuser personne.)

Tel était l'adieu à ses troupes, avec meneurs et tout le saint-frusquin, même s'ils n'étaient pas tous là. Je crois qu'ils apparaissent aussi à d'autres endroits. En fait, la Section d'intérêts distribue les parts de gâteau, et pas mal, et reste constamment en contact avec eux. Vous verrez à quelles choses risibles ils en arrivent.

Bien, j'en étais donc au 16 juillet.

J'ai dit qu'il y avait eu au département d'Etat, presque par exception, quelqu'un qui raisonnait au moins et qui nous avait convaincu que le danger de saisie de l'avion était réel, qui avait une manière de présenter les choses respectueuse, qui avait un peu de talent diplomatique, ce qui fait que certaines choses s'arrangeaient. Et l'histoire de ce voyage à Baltimore était bien compliquée. Mais on l'a muté pour en nommer un autre.

On savait quelle personne venait se substituer à Kozak ici, et on connaissait ses caractéristiques, parce que, dès 1992, c'était déjà une enquiquineuse finie quand elle venait ici en visite. On la connaissait, et certains disaient qu'elle était pire que l'autre. Quand il s'agit de Section d'intérêts, le fameux agreement n'existe pas, vous pouvez nommer qui vous voulez. S'il avait existé, compte tenu de tout ce que nous savions, nous aurions dit : S'il vous plaît, proposez donc un autre ou une autre. De toute façon, allez savoir, ils vous en proposent dix et les dix sont sortis du même moule ! Parfait, nous n'en discutons pas. En tout cas, nous avons le droit de dire tout bonnement les choses, ce qui ne veut pas dire que nous allions déclarer cette dame persona non grata, ce serait perdre son temps et on n'y gagnerait rien. N'empêche qu'il est bon que notre peuple sache quelles sont les missions de cette Section d'intérêts : pas seulement délivrer des visas, mais encore faire la guerre, conspirer sans relâche contre le pays, et ouvertement, sans même le dissimuler !

Donc, le 16 juillet, le chef de la Section allait bientôt changer, et le département d'Etat avait nommé un autre chef à la tête de son bureau des Affaires cubaines en substitution de M. Ranneberger, tandis que Hamilton avait aussi conclu sa mission. Si on avait eu affaire au nouveau chef du Bureau, l'embrouillamini de Baltimore n'aurait jamais été solutionné, et bien d'autres questions pratiques, de choses à discuter.

Le nouveau chef du Bureau des affaires cubaines au département d'Etat, Charles Shapiro, vient ici en visite du 3 au 9 août 1999, Kozak étant toujours le chef de la Section d'intérêts ici. La nouvelle chef n'était pas encore là.

Deux jours après son arrivée, le 5 août à 15 h 30, Shapiro soutient une rencontre avec des meneurs de groupuscules contre-révolutionnaires chez Kozak, à laquelle participent aussi Lawrence Corwin, secrétaire de presse et culture, Victor Vockerodt, second secrétaire au bureau des affaires politiques et économiques, et Mark Shaheen, second secrétaire et vice-consul.

Les meneurs contre-révolutionnaires sont Elizardo Sánchez Santacruz Pacheco - de nouveau - Oswaldo Payá Sardiñás, Odilia Collazo Valdés, Jesús Yánez Pelletier, Leonel Morejón Almagro, Lucas Gálvez, Manuel David Orrio et Jesús Zúñiga. Certains noms reviennent de l'autre réunion. Huit meneurs. Une sélection un peu plus réduite.

Pendant la réunion, Shapiro s'est intéressé aux points suivants :

Situation de la répression et de la violation des droits de l'homme à Cuba.

Situation économique de notre pays.

Avantages que le Sommet ibéro-américain apporterait à Cuba.

Opinion des contre-révolutionnaires sur les investissements étrangers, surtout nord-américains.

Situation des prisonniers contre-révolutionnaires.

Influence de la radio et de la télévision subversives sur la population.

Fonctionnement des travailleurs indépendants.

Le fonctionnaire du département d'Etat a exhorté les meneurs contre-révolutionnaires à organiser un sommet parallèle au Sommet ibéro-américain, en leur suggérant d'utiliser comme médiateurs entre eux et les présidents en visite José Miguel Vivanco, directeur régional pour les Amériques de l'organisation Human Rights Watch. Ceci se passe le 5 août.

Le 10 août, apparaît sur un site de l'Internet un article rédigé par le «journaliste indépendant» Manuel David Orrio, participant de cette réunion et de la précédente, qui n'y est pas allé comme chef, parce qu'il a sa catégorie professionnelle.

L'article, intitulé «Une rencontre avec Charles Shapiro», recense une série de points abordés pendant la réunion, notamment les prises de position des contre-révolutionnaires, soulignant en particulier leur critère unanime - et censément transmis au gouvernement nord-américain - selon lequel celui-ci devrait lever les restrictions aux envois d'argents et aux voyages, comme la meilleure façon d'influer sur notre société. Cette position sur ce point s'écartait de celle que maintiennent traditionnellement la maffia de Miami et de celle de Vladimiro et de ses complices deux ans plus tôt. Ils placent maintenant leurs espoirs dans les retombées politiques de ces envois en pleine Période spéciale. En ce qui concerne le sommet parallèle, l'auteur de l'article écrit textuellement : «Plusieurs dissidents ont estimé que le Sommet ibéro-américain était l'occasion d'attirer l'attention sur la situation des droits de l'homme à Cuba. Ils ont analysé dans ce sens la possibilité d'organiser un sommet des droits de l'homme parallèle.» Dont avaient discuté les meneurs et le chef des Affaires cubaines au département d'Etat.

J'ai dit auparavant que Mme Vicky Huddleston était déjà venue dans notre pays en septembre 1992 en vue de mettre fin à l'aide humanitaire en médicaments que réalisent les institutions religieuses nord-américaines, qu'elle avait rencontré à la Section d'intérêts plusieurs meneurs contre-révolutionnaires, dont Elizardo Sánchez Santacruz et Gustavo Arcos Bergnes, à qui elle avait demandé leur position par rapport à la loi Torricelli récemment approuvée. Il y a sept ans, ces gens-là étaient déjà mis là-dedans !

Une fois arrivée à Cuba le 30 septembre dernier, elle réalise quelques activités initiales, tient des réunions, tâte le terrain, puis, le 4 octobre, elle effectue une visite de politesse au directeur de la section Amérique du Nord du ministère des Relations extérieures, Dagoberto Rodríguez Barrera, en compagnie du premier secrétaire aux Affaires politiques et économique de la Section d'intérêts, Jeffrey D'Laurentis, lui aussi récemment nommé. Pendant cette rencontre, la chef de la Section d'intérêts a l'audace - oui, on peut le dire - de parler de sa récente visite à Miami où, selon elle, différents secteurs de la communauté cubaine à l'étranger insistent sur le fait que des changements doivent s'opérer dans l'île - elle vient ici presque pour donner des ordres - mais sans la présence de Fidel Castro, ce à quoi lui a rétorqué le fonctionnaire du MINREX.

Autrement dit, à peine arrivée, elle dit ça, puis elle fait tout ce que je vous ai raconté. Autre chose importante : après la grande bataille au sujet du gouverneur, elle organise le 25 octobre un déjeuner en l'honneur de celui-ci en invitant... oui, je l'ai dit, parfait.

Le gouverneur est arrivé le 23. Le 25, le jour de la réunion avec les meneurs, a lieu la rencontre avec les meneurs contre-révolutionnaires Elizardo Sánchez Santacruz - celui-là, il est pensionnaire en tout - Oswaldo Payá Sardiñas, Vicente Escobar, Gustavo Arcos Bergnes, Odilia Collazo, Jesús Yánez Pelletier, Mercedes Moreno et Manuel David Orrio. On retrouve encore les mêmes.

Autre chose curieuse. Le 28 octobre 1999, elle fait un voyage de suivi de balseros dans la province de Matanzas. Vous savez qu'à la suite des conversations postérieures aux accords migratoires, et afin que les mesures accordées soient mises en oeuvre du mieux possible, la partie cubaine a concédé aux fonctionnaires de la Section d'intérêts quelque chose qui ne fait pas partie du texte même des accords : des facilités pour vérifier la façon dont Cuba exécute la politique décidée vis-à-vis des émigrants illégaux ramenés dans le pays. Ce privilège, octroyé à la Section d'intérêts de bonne foi et à titre transitoire jusqu'à la création d'un climat de confiance, a pourtant servi à des activités et à des contacts d'une autre nature, autrement dit c'est un suivi transformé en lettres de patentes pour conspirer et nouer des contacts à d'autres fins. C'est maintenant que nous devrons nous assurer encore plus qu'il ne s'agisse que de suivi et uniquement de suivi. Si Alarcón était là, il pourrait mieux vous expliquer ce point, qui n'apparaît pas dans les accords, parce qu'il est prouvé et plus que prouvé que nous, oui, nous respectons les accords, et que ce à quoi nous nous engageons dans ceux-ci nous le respectons rigoureusement, et donc que ce suivi ne pourra pas être éternel, surtout s'il s'accompagne d'une conspiration éternelle !

Ainsi donc, le 28 octobre, la chef fait un voyage de suivi des balseros de la province de Matanzas, en compagnie de Patricia Murphuy et de Jaime González. Et c'est là quelque chose de sans précédent pour un chef de la Section.

Le 29 octobre 1999, Vicky Huddleston est citée par Dagoberto Rodríguez, directeur de la section Amérique du Nord au MINREX, qui lui fait part du malaise des autorités cubaines pour son attitude à l'aéroport, au départ du gouverneur de l'Illinois. Elle s'y présente en compagnie de John Boardman, son sous-chef.

Le fonctionnaire du MINREX lui expose que son irruption intempestive - oui, intempestive, c'est tout à fait ça - dans la salle où le président de l'Assemblée nationale était en train de faire ses adieux au gouverneur a été jugée inappropriée, irrespectueuse, offensive et inacceptable, non seulement envers Ricardo Alarcón de Quesada, mais encore envers les autorités cubaines. Elle est entrée de force, en bousculant. Le fonctionnaire lui a précisé que les règles protocolaires étaient les mêmes pour toutes les missions diplomatiques et que ces dernières les avaient toujours respectées, même ses prédécesseurs comme chef de la Section d'intérêts, et que les autorités cubaines n'étaient pas disposées à permettre la répétition d'une telle attitude, et il lui a suggéré d'en revenir aux rapports professionnels existant entre la Section d'intérêts et le MINREX, et de comprendre que les règles à Cuba, ce sont les autorités cubaines qui les fixaient., comme cela se passe dans tous les pays du monde.

Vicky Huddleston a tenté de se justifier en arguant de ce que le gouverneur lui avait dit qu'il voulait lui parler et qu'on lui avait dit que celui-ci gagnerait directement l'avion à son arrivée à l'aéroport. Elle a ajouté que la conversation devait porter sur les visas des deux enfants qui allaient partir avec lui. Elle a prétexté qu'elle ne savait rien de ces adieux et que les services de sûreté lui avaient interdit l'entrée, si bien qu'elle avait dû forcer l'entrée pour parvenir auprès du gouverneur, sans savoir que celui-ci se trouvait avec le président de l'Assemblée nationale. Elle a affirmé avoir agi correctement, et que ceux qui avaient agi incorrectement avaient été le service de sûreté qui l'empêchait de rejoindre le gouverneur. Elle a ajouté que les autorités cubaines n'avaient pas collaboré avec la Section d'intérêts durant la visite du gouverneur, et qu'elle refusait de considérer sa conduite comme inadéquate. Elle a aussi affirmé que le gouverneur n'avait pas tenu parole quant à l'objectif de son voyage quand il avait demandé la permission du gouvernement nord-américain, car il ne s'était pas borné aux questions humanitaires, mais qu'il avait parlé affaires. Elle a précisé qu'à l'avenir, en cas de nouvelles visites, ce dont elle a douté, elle devra s'assurer que les visiteurs s'en tiennent aux objectifs déclarés dans leur demande d'autorisation.

Comme vous voyez, elle s'en prend au gouverneur !

Sur ce point, le fonctionnaire du MINREX lui a affirmé que Cuba n'avait aucun intérêt à s'ingérer dans les décisions du gouvernement nord-américain, pas plus que dans ses manigances pour restreindre le droit de ses ressortissants de venir à Cuba et de rencontre les gens qu'ils voudraient, et que si elle avait des plaintes à formuler contre le gouverneur, qu'elle lui en fasse part, parce qu'il s'agissait en l'occurrence d'un problème entre le gouvernement nord-américain et un citoyen de ce pays, et il lui a précisé que Cuba n'avait pas imposé ses propres intérêts à la délégation, mais qu'elle lui a permis de voir et de faire ce qu'elle avait dit vouloir voir et faire.

Quant à son commentaire sur la nécessité d'une coopération en cas de visites futures, le fonctionnaire du MINREX lui a signalé que cette coopération ne sera possible que si la Section d'intérêts modifiait sa politique et aspirait par là à une amélioration des relations, mais que tant qu'elle maintiendra son attitude actuelle d'entraver et de conditionner tous les contacts, toute coopération sera impossible, car il serait stupide que Cuba collabore à une politique qui va contre ses propres intérêts.

Vicky Huddleston a répondu d'une façon sarcastique qu'elle attendait une excuse de notre part pour la façon dont nous avions entravé les contacts de la Section d'intérêts avec le gouverneur, et qu'en revanche elle avait droit à une dissertation sur son attitude. Elle a de plus remis une note où elle expose sa version de l'incident des enfants qui devaient voyager avec le gouverneur et des visas, et proteste pour l'attitude censément impolie des fonctionnaires cubains à l'aéroport.

Dagoberto Rodríguez lui a réitéré que les autorités cubaines avaient agi conformément au fait que le gouverneur avait décidé d'accueillir les enfants, et que le peu de temps écoulé entre la confection des passeports et le départ de l'avion explique pourquoi les enfants s'étaient présentés à l'aéroport sans visa, mais que les autorités cubaines n'avaient pas eu la moindre intention de créer des difficultés à la Section d'intérêts, d'autant qu'il pensait que ceci avait été éclairci au cours d'une conversation précédente avec la chef de la Section, mais qu'il se rendait bien compte, à voir l'insistance de la diplomate, que celle-ci avait l'intention de faire de cette question des visas un problème majeur, alors qu'elle savait pertinemment que des assassins, des délinquants et de pirates maritimes ne cessaient d'arriver en territoire nord-américain sans visa et sans passeport, et qu'on les y recevait pourtant à bras ouverts.

Le compañero Dagoberto mérite vraiment des félicitations pour la franchise avec laquelle il a riposté à cette dame.

Vous voulez dire quelque chose ? Au sujet du comportement ?

Nidia Díaz. Oui, de la façon dont ils s'efforcent de saboter le Sommet par un sommet parallèle, et de tout ce qu'ils tentent de faire.

Fidel Castro. J'ai ici un autre document intéressant. Je vais tâcher de faire vite.

Pour l'instant, ils font la guerre au gouverneur.

Je vais vous lire quelque chose qui va vous intéresser. Je parlerais peut-être de l'ingérence. Comme je vous le disais, ils n'arrêtent pas de conspirer et de tenter de provoquer des problèmes de toute sorte. C'est quasiment une tradition.

Je vais vous donner un autre exemple de leurs provocations constantes. Vous avez un homme, pas mal provocateur et, à mon avis, un peu tourneboulé, je le dis franchement, quand on voit les choses qu'il fait, les ennuis qu'il cause, les disputes qu'il a même avec ses propres gens, et qui a peut-être besoin d'un traitement psychiatrique - je ne le dis pas pour l'offenser, je parle franc - et ce monsieur travaille en liaison directe avec la Section d'intérêts, il a de très bonnes relations avec elle, comme les faits le prouvent.

Alors, cet homme-là - un type qui n'arrête pas de provoquer - a eu l'idée, en combinaison avec d'autres, d'organiser un «jeûne». Et ce «jeûne», organisé à grand renfort de publicité au point qu'il pensait ensuite le prolonger, a débuté le 7 juin 1999, à 10 h 15 du matin, dans une maison de Lawton - ce qui explique pourquoi le provocateur de Winnipeg portait un T-shirt qui disait Lawton et la pancarte qu'il brandissait. Nous, de notre part, nous observions tout ça, pour savoir ce que voulait ce type-là, quels étaient ses plans. Qu'allaient faire les gens là-bas ? En fait, c'était de la pure provocation pour voir si nous donnions dans le panneau. Ils étaient plusieurs, chez Migdalia Rosado Hernández, à Lawton, donc.

De 10 h 15 à midi, plusieurs correspondants de presse étrangers accrédités sont arrivés sur les lieux. Je ne critique pas, je dis les faits, mais ils travaillent comme ça. On leur dit : «Un truc terrible, qui va faire du bruit, c'est la fin du monde, allez à telle adresse, vous êtes invités...» Et ils y vont.

L'agence Notimex a parlé de ce «jeûne». Et Ángel Pablo Polanco Terrejón, de la «Coopérative des journalistes indépendants» - je ne sais pas s'il est sur leur liste - s'est chargé de le divulguer auprès des différentes agences de presse.

Ce soir-là, Elsa Morejón Hernández, épouse Biscet, a donné aux «jeûneurs» du lait, du chocolat, du soda instantané, des fruits et un pot-au-feu contenant vingt cubes de poulet concentré. Ça, c'est le jour où le «jeûne» a débuté.

Le 8 juin, Roberto Rodríguez Aragón, chef du Conseil patriotique de Miami, - tout est bien coordonné de là-bas - assurait qu'il allait commencer, avec d'autres membres de son organisation, un «jeûne» de quarante jours, comme preuve de soutien à Biscet González. Je suppose que ce «jeûne»-là s'est accompagné de biftecks et de je ne sais combien d'autres chose, parce que ça se passe à Miami.

Nous sommes le 8, et ici ils reçoivent la visite d'agences de presse, de différentes personnes. Ce jour-là, ils ne mangent pas d'aliments solides, mais ils avalent tout de même du bouillon de viande de boeuf concentrée, du lait en poudre avec du chocolat, de la glace, des yaourts; ils pensent consommer ensuite des oranges et d'autres fruits. Ça, c'est donc le second jour du «jeûne».

Le 9, depuis trois jours que le «jeûne» a commencé, ils ont avalé du soda instantané, de la glace, du lait en poudre au chocolat, du yaourt, des oranges et des mangues.

Le 10, petit déjeuner avec du lait au chocolat. Ensuite, ils ingèrent toutes les deux heures, indifféremment, des sodas, des glaces et des jus. Toute les deux heures. Et même avec un horaire (rires).

Dès que le «jeûne» a commencé, les agences qui lui ont donné une couverture sont... mais je ne vais pas les mentionner. Je ne fais pas la guerre aux agences. Je les informe plutôt de certains faits qu'elles ignorent peut-être. En tout cas, nous, dès le premier jour, nous connaissions le menu complet.

Une agence, - et là, je la mentionne, parce que c'est une dépêche internationale - l'agence EFE, fait savoir que les membres du Congrès Ileana Ros et Lincoln Díaz-Balart sont intervenus à la Chambre basse pour soutenir les «jeûneurs» et ont invité instamment le Congrès à leur adresser un message de solidarité.

Le 11, petit déjeuner avec lait et chocolat, puis toutes les deux heures, jus, sodas et glaces. Et ça continue.

Le 14, ils prennent le petit déjeuner très tôt, à cinq heures du matin, pour éviter que la presse ne les voit en train de manger. Après, ils mangent toutes les deux heures. Et ainsi de suite, ce serait interminable.

Le 16, une agence amie - pas de nous, mais des amis de la Section d'intérêts - parlant de la «conférence de presse» donnée par les «jeûneurs» le 14 juin, commente qu'«il s'agit d'un acte peu commun, d'un défi ouvert de la part des dissidents cubains, qui ont dénoncé le gouvernement de Castro comme une dictature totalitaire, responsable d'un génocide planifié contre les prisonniers politiques et s'efforçant de convertir le pays en un camp de concentration pour tous les Cubains». La nouvelle est donnée. Et le jour se poursuit. Ils ingèrent des bouillons de poulet concentré, du lait vitaminé et des yaourts. À neuf heures du soir, ils prennent un pot-au-feu.

Autre jour : ils prennent du lait vitaminé, du yaourt, du bouillon de poulet concentré, des sodas et du jus avec de la spiruline en poudre. Vous savez que la spiruline est un produit qui contient au moins 70 p. 100 de protéines.

Le 18, conférence de presse. Environ vingt-six personnes, dont le second secrétaire et vice-consul de la Section d'intérêts, Mark Shaheen.

Le 27, quelque chose d'intéressant, ils boivent du lait de vache avec des vitamines, du jus et du bouillon.

Quelqu'un de lié à Horacio Salvador García Cordero, cadre de la fameuse Fondation, remet 500 dollars à Elsa Morejón, la femme de Biscet, destinés aux «jeûneurs». Le 27 juin. Ils ont reçu différents cadeaux, différents produits apportés par des gens de Miami, et de l'argent aussi. Ce même jour, Ohalys Víctores Iribarri remet à Biscet 140 dollars, envoyés par Alina Garrido, elle aussi membre de la Fondation nationale cubano-américaine. Les approvisionnements comprennent plusieurs boîtes de soda vitaminé.

Visites de différents meneurs qui vont et viennent, et le peuple en train d'observer.

Le 30, tout continue dans ce style, et je ne vais vous dire ça jour après jour, jusqu'au 17 juillet où le «jeûne» prend fin. À 5 h 15 du matin, une auto arrive, et les «jeûneurs» y installent leurs affaires, dont trois lits de camp et trois oreillers.

À 6 heures du matin, Biscet lit quelques psaumes et informe que Migdalia Rosado, Ohalys Víctores et Rolando Muñoz Yyobre ne sont plus membres de la Fondation Lawton des droits de l'homme à cause des indisciplines qu'ils ont commises et parce qu'il n'ont pas bien traité les visiteurs, et que sur le plan personnel, il ne veut plus rien savoir d'eux. Il abandonne l'endroit aussitôt en voiture, tandis que Lázaro Torres León et Joaquín Rafael Martínez Rodriguez se retirent à pied. Pas un seul membre de la presse étrangère. Elle en avait assez.

Restent dans le logement Migdalia Rosado et Muñoz Yyobre.

Rolando Muñoz Yyobre abandonne la maison à 6 h20.

Voilà les faits. Intéressants, n'est-ce pas ?

Pendant ces quarante jours, les «jeûneurs» ont reçu la visite de 54 correspondants de 21 agences étrangères - dont certains, plus d'une fois - et de cinq membres de la Section d'intérêts des Etats-Unis, à savoir :

Le 8 juin, autrement dit le lendemain du début de la grève, Thimothy Zúñiga Brown, alors premier secrétaire.

Le 18 juin, Mark Shaheen, second secrétaire et vice-consul, qui participe à la conférence de presse.

Le 24 juin, Michael Kozak, alors chef de la Section, et Mark Shaheen.

Le 30 juin, Marisela Kramer, fonctionnaire.

Le 15 juillet, presque à la fin,. Michael Kozak et Victor Vockerodt, second secrétaire du Bureau des questions économiques et politiques.

Ce sont les principaux visiteurs. Je ne veux pas mentionner d'autres noms. Mais voyez en tout cas combien de gens ont fait croire au monde - involontairement, parce qu'ils ignoraient le régime alimentaire - qu'il y avait des gens en train de jeûner. Et vous voyez par ailleurs quels sont ceux qui leur rendent visite.

Il me manque une petite donnée, intéressante, la quantité de calories ingérées par jour par les «jeûneurs» : 4 017,18. Je crois que les haltérophiles n'en consomment pas autant, bien que ces gens-là n'arrêtaient pas un instant, infatigables, une activité fébrile. Protéines : 262, 27 grammes. On estime que 80 grammes sont plus que suffisants. Lipides : 111,82 grammes. Glucides : 597,93 grammes. J'ai ici le menu avec les teneurs en calories - je ne vais pas m'étendre là-dessus - ce que contient chacune des choses et les quantités qu'ils consommaient.

J'ai aussi la teneur énergétique assimilée par les «jeûneurs», la liste des aliments, les paramètres de santé, les horaires. Je vais vous lire ce dernier point :

06 h Lait au chocolat

09 h Yogourt

10 h Bouillon de poulet en cube

12 h Jus de mangue

15 h Jus de mangue

17 h Soda instantané

17 h 30 Bouillon de poisson

19 h Jus de mangue

20 h Pot-au-feu renforcé

23 h 30 Pot-au-feu renforcé

J'ai même ici, nommément, ce que chacun consommait.

La tension artérielle, parfaite : 12-8, 11-7, en gros. J'ai ici celle de chacun. L'un avec 10-6, l'autre 11-7.

Il me reste à dire en quoi consistait le pot-au-feu renforcé. Celui de 20 h contenait de la viande de porc, de boeuf, de poulet et quelque chose de plus; celui de 23 h 30 était plus léger, parce que l'heure était plus tardive : il ne contenait pas de poulet.

Le monde a dû avaler cette histoire de «jeûneurs». Comme toujours le mensonge, la tromperie, l'intrigue.

Il me reste encore quelques petites choses, mais certaines en valent la peine.

Nous parlions donc des plans, n'est-ce pas ? Nous venons d'apprendre, de source absolument fiable, que les cadres de la Fondation nationale cubano-américaine ont assuré qu'ils étaient prêts à dépenser des millions de dollars dans un plan visant à renforcer la «dissidence interne» et l'Eglise catholique à Cuba, et ils ont précisé qu'ls mettraient l'accent sur l'archevêque de Santiago de Cuba, Mgr Pedro Meurice Estiu, et sur les meneurs contre-révolutionnaires Oswaldo Payá Sardiñás et Elizardo Sánchez Santacruz Pacheco, en vue de les unir en un bloc capable de formuler une pétition ou de monter une provocation qui parvienne aux oreilles des chefs d'Etat ou de gouvernement assistant au Sommet ibéro-américain.

Je n'accuse pas Mgr Meurice ni l'Eglise catholique, je dénonce les idées et les plans de la maffia terroriste cubano-américaine conçus depuis des mois. Nous avons constaté d'ores et déjà des démarches d'Elizardo auprès de différentes ambassades en vue du Sommet.

L'idée est d'exercer des pressions là-bas, à travers le département d'Etat, et ici, à travers la Section d'intérêts, secondés par ceux d'ici, sur les présidents qui assisteront au Sommet afin de leur appliquer la recette Ryan : une réunion avec ces «extraordinaires patriotes et insurpassables défenseurs de la démocratie et des droits de l'homme».

À ce sujet, il vaut la peine de signaler qu'on est en train de recourir à une tactique - et ce n'est plus maintenant la Fondation, mais bel et bien le gouvernement nord-américain - qu'on est en train de mettre à la mode l'octroi de prix, dont certains sont aussi «gros» que le billet complet de la loterie, quand elle existait ici, pour les écrits de ces gens-là. Bien entendu, vous pouvez être sûrs que jamais un écrivain cubain, un vrai journaliste, un patriote, comme ceux avec qui je me suis réuni hier, ou comme ceux qui parcourent l'Amérique centrale, Haïti, et toutes ces régions-là, ou n'importe quel endroit du monde, pour rendre visite aux médecins cubains, ne recevra le moindre prix ni de la Société interaméricaine de presse ni de personne ! C'est la nouvelle méthode pour distribuer de l'argent.

New York, 28 septembre (AFP). Le journaliste cubain Raúl Rivero, qui allait être honoré mercredi par l'Université de Columbia pendant la remise des prix prestigieux Maria Moors Cabot, ne pourra pas être présent parce que Cuba lui a nié le permis de sortie, a-t-on annoncé mardi à New York.

Et que voulait-on donc ? Que nous jouions les imbéciles, que nous l'applaudissions et qu'on lui payions le billet par-dessus le marché !

Il a été récompensé d'une mention spéciale par l'Université en reconnaissance de «ses reportages indépendants, dans un climat de harcèlement, d'arrestations et de menaces de la part du gouvernement», a annoncé un communiqué.

Le doyen de la faculté de journalisme de Columbia, Tom Goldstein, a exprimé sa «déception» devant le refus du gouvernement cubain de permettre que Rivero se rende à New York.

Un prix, et ensuite des dépêches, et encore des dépêches, beaucoup de divulgation, des tas d'éloges.

Le gouvernement cubain maintient une étroite surveillance sur une centaine de journalistes indépendants qui travaillent de façon semi-clandestine et leur coupe très souvent le service téléphonique en guise de représailles, a dénoncé la Société interaméricaine de presse (SIP) dont le siège est à Miami.

Voilà donc que reparaît la fameuse SIP, l'organisation des propriétaires de journaux, des patrons des organes de presse, qui a orchestré tant de campagnes réactionnaires contre la Révolution cubaine dès les premiers moments, avec un certain Dubois, qui en était alors le président. Elle a son siège à Miami. Elle n'a jamais protesté une seule fois contre le blocus, elle n'a jamais dénoncé un seul crime contre nos peuples.

Le 13 octobre, autre nouvelle :

Magaly de Armas, femme de Vladimiro Roca, détenu voilà deux ans sous l'accusation de sédition, se rendra demain, jeudi, aux Etats-Unis pour recevoir le prix que la Société interaméricaine de presse (SIP) a décerné à son conjoint, a-t-on informé ici aujourd'hui.

Ileana Someillán, porte-parole du «groupe des Quatre», a commenté que Chuny Montaner, représentant à l'étranger de Martha Beatriz, de René Gómez et de Félix Bonne, les compagnons de Roca, recevra la récompense de la SIP au nom des trois opposants.

Elle a affirmé que, selon le programme de la remise des prix, du 15 au 20 courants, dans le cadre de la réunion de la SIP, le président des Etats-Unis, William Clinton, remettra les statuettes en reconnaissance du travail réalisé par «les combattants sociaux» dans l'île.

Elle a rappelé que, voilà trois mois, le jury de la SIP avait octroyé le prix Liberté d'expression au «groupe de travail de la dissidence interne» à Cuba.

Il s'agit du second prix que reçoit le «groupe des Quatre», car la Fondation nationale cubano-américaine lui en avait décerné un au premier semestre, le même que celui reçu par José Angel Izquierdo au nom des opposants.

Deux : un de la Fondation, l'autre, de la SIP. Et de trois ! Et tout ça en septembre-octobre, tout ça monté à la veille du Sommet. La dépêche poursuit :

Le permis octroyé par le gouvernement à la femme de Roca pour qu'elle reste plus d'un mois aux Etats-Unis a été interprété par l'opposition comme «une manoeuvre pour la sortir du pays» avant le Neuvième Sommet ibéro-américain qui se tiendra en novembre prochain ici.

On ne lui pas octroyé ce permis, bien entendu, mais quand ils croyaient que oui, ils l'attribuaient à l'objectif de le faire sortir du pays avant le Sommet. Ici, en général, il y a permis et permis. On le lui avait donné d'autres fois, et en général, on le lui donne. Mais il s'agissait cette fois-ci d'un grand show bien monté, avec statuette et tout le saint-frusquin, avec l'honorable monsieur le président des Etats-Unis. Et quand on a vu tout ça clairement, on lui a refusé le permis. Un point c'est tout.

Toujours le 13 octobre, une autre dépêche :

Les autorités cubaines ont refusé à Elizardo Sánchez, président de la Commission cubaine des droits de l'homme et de la réconciliation nationale, un permis de sortie pour se rendre cette semaine à Prague, où il a été invité par le président Vaclav Havel.

Selon Sánchez, ce refus des autorités cubaines viole «sciemment» la Déclaration universelle des droits de l'homme.

C'est un mensonge aussi gros que le Capitole ! Il est parti plusieurs fois. Normalement, il va et il revient. Alors comme ça, monsieur Vaclav Havel veut le recevoir ? Très bien, donnez-lui donc le permis. On m'a consulté et j'ai dit : oui, qu'il y aille. En fait, tout s'est fait en retard. C'est tard dans la nuit de samedi à dimanche que j'ai vu le papier en question, presque par hasard, parce qu'à cette heure-là, je ne lis pas ce genre de choses. Il devait être à Prague le mardi. Alors j'ai téléphoné à une compañera de mon bureau qui était chez elle et je lui dit : Je viens de voir ce papier, et on va croire que nous l'avons fait délibérément pour ne pas lui donner la permission. Tâchez de voir ce que vous pouvez faire pour régler les questions du billet d'avion et tout le reste. Les gens du ministère de l'Intérieur se sont attelés à ça, comment faire, où le trouver, et ils ont tout réglé en moins de deux heures. Ils lui ont pris un billet d'avion pour cinq heures de l'après-midi et ils l'ont convoqué pour le lui dire. Alors ce monsieur a répondu : Non, maintenant non, c'est un peu tard, je préfère ne pas partir, parce que j'ai quelque chose d'autre à faire. Pourtant, il pouvait parfaitement arriver à temps à Prague pour sa réunion, parler, et faire ensuite ce qu'il lui chantait, rentrer quand il voudrait. Ce n'était pas la première qui l'aurait fait, ce fameux personnage.

Et pourtant, deux jours plus tard, il raconte à un correspondant que le gouvernement ne lui pas donné l'autorisation. C'est un mensonge colossal : il avait la permission, le billet d'avion et tout le reste.

Je crois même que cette demande de départ au dernier moment, c'est à moi qu'il l'a adressée. N'est-ce pas ça ? Ne l'a-t-il pas envoyée au Palais ? Je l'ai vue trois ou quatre jours plus tard, quelques jours après, en tout cas, dans la nuit du samedi au dimanche, et je me suis occupé de régler ce problème. Et après, il vous sort un énorme mensonge ! Voilà le genre de «gentleman» que c'est...

Cette même dépêche répète que Rivero n'a pas été autorisé. Parle de nouveau du prix décerné aux quatre. De la statuette. Il y a un tas de dépêches là-dessus.

Que dit-on de ces messieurs ? Eh bien, que ce sont des «prisonniers de conscience». À chaque dépêche, c'est la même chose : «prisonniers de conscience», «dissidents». Oui, «prisonniers de conscience», tout bonnement. Mais des «prisonniers de conscience» vraiment spéciaux, alors !

À ce sujet, vous vous souvenez de l'éditorial du journal Granma, qui expliquait qui étaient les «dissidents» et les «prisonniers de conscience» à Cuba, qui en a parlé longuement, apportant tous les arguments sur cette question. Et pourtant ces gens n'arrêtent pas de seriner que ce sont des «prisonniers de conscience». Mais alors des «prisonniers de conscience» tout à fait particuliers, qui ont écrit à tous les hommes d'affaires qui investissaient à Cuba pour les menacer et les avertir de ce qui allait leur arriver. Avant eux, ceux de la Fondation et un groupe d'organisations terroristes leur avaient frayé la voie.

Ainsi, dans une lettre datée du 10 avril 1997 à La Havane, signée par les quatre et adressée à tous les entrepreneurs étrangers ayant investi à Cuba, on peut lire :

Une transition à la démocratie surviendra dans notre pays dans un délai qui se raccourcit de jour en jour, et nous vous conseillons donc d'adopter des mesures pour éviter que vos investissements de capitaux puissent être jugés, dans cet avenir proche, comme une forme de complicité avec ceux qui provoquent les maux dont souffre la malheureuse population cubaine,

Le pays soumis à un double blocus, en pleine Période spéciale, et ces «prisonniers de conscience» écrivent aux industriels pour les menacer de ne pas investir à Cuba, afin que le pays ne puisse pas s'en sortir. Double délit : la menace et la trahison. Un crime de trahison, en fait, au peuple et au pays.

Ensuite, ils s'en prennent aux envois d'argent des familles, tout en insultant ceux qui les reçoivent et en cherchant à les faire chanter.

Le 10 de ce même mois, dans un «Appel aux compatriotes de l'exil», de nouveau signé par les quatre à La Havane, on peut lire :

Le débat au sujet de l'utilité de faire parvenir de l'aide aux parents et amis de l'île est toujours latent... Nous tenons à nous prononcer sur l'incidence que peuvent avoir ces envois, autrement dit bâillonner ceux qui, dans notre patrie, sont en désaccord avec le régime communiste.

[..]

Nous attirons votre attention sur le fait que si les expéditeurs envoyaient, en même temps que l'argent, de fermes exhortations aux destinataires pour qu'ils rejoignent la lutte pacifique pour le changement, cela se traduirait par une augmentation énorme de ceux qui ont pris cette voie à Cuba.

Si une partie des destinataires de l'aide abandonnait les «organisations de masse», cessait de feindre un soutien qu'il ne sente pas au régime, cessait d'assister aux meetings politiques convoqués par le gouvernement et refusait de participer aux «élections à la communiste», ceci constituerait un soutien inappréciable à la lutte pacifique qui se déroule dans notre patrie pour le changement.

Il incombe justement aux frères de l'exil qui envoient cette aide d'influer sur leurs parents et amis pour que ceux-ci comprennent cette réalité toute simple et agissent en conséquence.

Ils affirment qu'il faut agir ainsi, et qu'il faut exiger tout le reste de ceux qui reçoivent de l'argent : «Chercher des modalités d'aide à la "dissidence" interne.» «Ne pas continuer de faire le jeu du gouvernement.» «Tenter d'obtenir une forte abstention aux élections.» Et ça, ce n'est pas un délit, non, pas du tout...

Le 5 mai, à la première conférence de presse convoquée par ce groupe, on apprend l'essentiel de ce qu'il veut : «Un des premiers travaux de la convocation, autrement dit l'appel aux frères de l'exil pour que les personnes qui envoient de l'argent aux Cubains d'ici leur demandent de recourir à l'abstention pour pouvoir accélérer un peu plus la démocratisation, autrement dit pour qu'elles exercent des pressions à propos de ces envois d'argent...» - des pressions sur les gens d'ici; c'est très humain tout ça, et puis c'est très facile à dire pour ces messieurs qui reçoivent de bonnes quantités d'argent, autant qu'ils en veulent, des Etats-Unis et de la Section d'intérêts - «...autrement dit, pour qu'elles exercent des pressions à propos de ces envois d'argent. Si je t'envoie de l'argent, tu es mieux que les autres, alors fais donc quelque chose pour que ça change ! Et c'est très facile, s'abstenir, ne pas voter.»

Ce n'est pas tout :

C'est le 3 juin 1997 qu'arrive à Cuba Michael Ranneberger, le chef du Bureau des affaires cubaines au département d'Etat. Après avoir demandé l'autorisation pour des «travaux internes à la Section d'intérêts», il a demandé aux autorités du parti et du gouvernement cubains de pouvoir nouer certains contacts, ce qui lui a été accordé. Mais il a très vite délaissé les questions internes de la Section d'intérêts pour se consacrer entièrement aux questions internes de Cuba. Raison pour laquelle le ministère des Relations extérieures a dû, le 17 juin 1997, présenter une protestation officielle énergique, dont on trouvera ci-après quelques paragraphes :

«M. Ranneberger, en pleine activité d'ingérence, a eu plusieurs réunions avec des meneurs de groupes contre-révolutionnaires illégaux qu'il a exhortés à promouvoir la subversion interne et à attenter contre l'ordre constitutionnel de la République de Cuba. Il a promis une aide économique et un soutien matériel et logistique à ces fins, pour plus d'un million de dollars, et les a incités à recourir à la désobéissance civique, à l'abstention politique et à réclamer la présence d'observateurs étrangers aux élections cubaines.

«[...] Le ministère a aussi appris que M. Ranneberger a eu des rencontres ou des réunions avec des représentants de sociétés étrangères installées dans le pays, sur lesquels il a prétendu exercer des pressions et auxquels il a voulu dicter la façon dont ils devaient conduire leurs affaires à Cuba.»

Un travail à deux volets : la subversion et le sabotages des investissements.

Le 9 juin, alors que Ranneberger est toujours à Cuba, M. Vladimiro Roca téléphone... Evidemment, après que Ranneberger lui a fait tant de promesses et après tout ce qu'il lui a dit - je ne lis pas tout - après avoir passé deux heures avec lui en compagnie des trois autres et d'autres meneurs, comme Oswaldo Payá et Odilia Collazo - rappelez-vous, nous sommes en 1997. Donc, il téléphone à Radio Martí, qui retransmet ensuite quelque chose de très grave : son soutien à l'internationalisation du blocus contre Cuba. Ce sont des «prisonniers de conscience», ça ? Ce n'est pas un crime et une trahison, ça ? Non seulement demander que les Etats-Unis continuent de nous imposer un blocus, mais encore que celui-ci s'internationalise ! Et il l'affirme niaisement à la radio subversive du gouvernement des Etats-Unis !

«Je peux te dire que ç'a été une très bonne réunion pour moi, parce qu'elle s'est déroulée dans un climat vraiment chaleureux... Ce qui m'a le plus touché, c'est la façon dont M. Ranneberger nous a informés de la politique du gouvernement des Etats-Unis envers Cuba et des efforts que celui-ci consentait pour tenter de concilier une politique commune avec les pays européens et américains, et nous lui avons manifesté notre soutien, parce qu'il faut en finir une fois pour toutes avec le problème de Cuba.»

Ce sont des «prisonniers de conscience», ça ! Il faut vraiment avoir du culot pour soutenir une thèse pareille ! Et on va leur remettre une statuette... En fait, on devrait leur remettre la statue de la Liberté, et pas une statuette, qui est vraiment trop petite pour la taille de leur trahison ! Et ces «gentlemen» vont recevoir un prix de la SIP, et je crois que beaucoup d'argent aussi à la clef. Ce prix-là, c'est le gros lot, celui qu'on cite en premier.

Mais ce n'est pas le seul. «Grand Prix de la liberté de la presse à quatre dissidents cubains emprisonnés - Machin, Truc et Chouette - pour leurs activités en faveur de la liberté d'expression.» Ce prix-là, lui, il est concerté directement avec le gouvernement des Etats-Unis.

Autre action concertée :

«Reporters sans frontières a demandé aux vingt-deux chefs d'Etat et de gouvernement des pays qui participeront au Sommet ibéro-américain à La Havane de s'adresser au président cubain "pour lui demander la libération de quatre journalistes", a indiqué aujourd'hui cette organisation, ce jeudi-ci, dans un communiqué adressé à l'AFP à Paris.»

Il y a d'autres prix qui font la ronde, dont l'un est très récent et dont je ne veux pas parler maintenant, qui se monte à cent mille dollars. C'est une question à aborder à un autre moment, pas maintenant.

J'ai signalé toutes les visites et les courses qu'a faites la Section d'intérêts ces jours-ci. Elizardo, lui, visite les ambassades sur ses instructions pour demander de réunions avec des personnalités du Sommet. Oui, c'est ça qu'il devait faire ces jours-ci, et c'est pour ça qu'il ne pouvait pas se rendre à Prague, alors qu'il adore pourtant ce genre de virées. Il avait des choses plus urgentes à faire ici : tenter de saboter le Sommet et mettre en route d'autres plans que nous connaissons parfaitement bien. Je vous ai lu d'ailleurs les plans que se proposent les dirigeants de la Fondation. J'ai ici un tas d'autres informations, qu'il est inutile d'utiliser, mais tous les plans vont dans le même sens : harceler les chefs de gouvernement ici. C'est ça qu'ils visent.

Et comment va la Fondation maintenant, après le voyage du gouverneur et toutes les choses qui sont arrivées ? Oui, comment va-t-elle ? Eh bien, je vais vous le dire, et c'est sans doute la dernière chose que je dirai.

J'ai ici un communiqué de presse payé par la Fondation nationale cubano-américaine informant de la lettre qu'elle a adressée à Jim Nicholson, président du Parti républicain, à propos de la visite dans notre pays du gouverneur George Ryan :

Dans une lettre adressée aujourd'hui au président du Parti républicain, Jim Nicholson, la FNCA a dénoncé le voyage récent du gouverneur républicain de l'Illinois, George Ryan, affirmant que «des aventures mal orientées de ce genre menacent d'avoir de sérieuses répercussions politiques pour le Parti républicain».

Selon la Fondation, «la position traditionnellement résolue du Parti républicain dans l'arène internationale contre le communisme et en faveur de la liberté» est en train d'être minée par «des républicains peu nombreux, certes, mais importants», ce pourquoi il l'appelle à «réaffirmer chaque fois que de besoin la position officielle du Parti républicain, qui est de soutenir la liberté du peuple cubain et de condamner la tyrannie communiste de Fidel Castro».

La lettre, signée du président de la Fondation, Jorge Mas, signale que, compte tenu des clowneries du gouverneur à Cuba, que la Fondation qualifie comme «un exemple patent de pitrerie», l'administration Clinton peut désormais adopter une ligne dure contre Castro, «ce qui refléterait dès lors les vues de la grande majorité de la communauté des exilés cubains, par contraste avec la position soutenue par le bien mal informé gouverneur en faveur de la levée de l'embargo et de la détente».

Décrivant les actions du gouverneur à Cuba, la FNCA a fait référence à un article de presse qui qualifiait l'attitude de sa délégation comme ceux d'élèves d'«une salle de classe» se serrant pour se faire prendre en photo aux côtés du dictateur cubain et lui demandant des autographes. De plus, pendant son séjour à Cuba, le gouverneur a diffamé le sénateur Jesse Helms, en affirmant de façon erronée que celui-ci entravait le voyage aux Etats-Unis d'un enfant cubain malade, alors que de fait le bureau du sénateur travaillait sans bruit en coulisses pour faciliter sa venue et des soins médicaux en Caroline du Nord

La lettre ajoute : «Monsieur le président, comme vous êtes un combattant qui avez reçu de hautes décorations, nous jugeons que vous serez horrifié à votre tour en lisant tout ceci... surtout quand on sait que la Chambre des représentants ouvrira la semaine prochaine des audiences sur les tortures infligées par des agents cubains à des prisonniers de guerre nord-américains au Viet Nam.»

La Fondation, conclut la lettre, incite le dirigeant républicain à rappeler aux républicains de tout le pays que c'est justement la position anticommuniste et en faveur de la liberté de Ronald Reagan qui a permis de renforcer le Parti républicain et de le conduire au «grand succès actuel».

Imaginez un peu le désespoir de ces gens-là, bouffis d'arrogance, des enfants gâtés, habitués à faire tout ce qu'il leur chante, pour qu'ils menacent ainsi le Parti républicain ! C'est la dernière nouvelle que j'ai reçue avant de venir ici.

Pour conclure l'histoire des deux enfants, je dois ajouter que le CIMEQ n'est pas un hôpital de la «hiérarchie cubaine». J'ai oublié de le dire quand j'ai abordé la question de l'enfant accidenté dont la vie a été sauvée par des médecins cubains éminents et dévoués, et d'expliquer que les dirigeants de ce pays ont été soignés pendant une foule d'années dans une veille maison, qui avait appartenu à Menocal, je crois - nous allons la perdre, maintenant, avec la loi Helms-Burton et toutes ces histoires, pas vrai ?

Je me souviens de la mort de Lázaro Peña, dans un petit couloir étroit, avec des chambres très modestes. Et j'y suis allé visiter des compañeros opérés là. Alors, un jour j'ai dit, juste après que nous venions de conclure l'hôpital Ameijeiras, le mieux équipé et le plus moderne du pays, avec un millier de lits, au meilleur moment de la construction d'hôpitaux dans notre pays : pourquoi ne pas construire un petit hôpital pour soigner les dirigeants ? Je me souviens d'avoir vu Osmany [Cienfuegos] opéré de la vésicule dans cette maison-là, avec une grande cicatrice, parce que la chirurgie par accès naturel n'existait pas encore. Et je me suis dit : Pourquoi ne pas faire quelque chose d'un peu mieux ? J'en ai parlé au ministère de l'Intérieur, dirigé à l'époque par Abrantes, et je lui ai dit : Cherchez une conception adéquate, mais quelque chose de petit. En fait, entre le projet et la construction, ça a pris des années. Quand il était presque terminé, juste avant l'inauguration, je suis allé le visiter: les couloirs étaient si larges qu'on aurait pu y faire rouler un bus et dans, certaines chambres, on pouvait jouer au base-ball ! J'ai demandé : Comment avez-vous pu faire une folie pareille ? Allez savoir comment c'est arrivé. C'est toujours pareil, les médecins commencent à demander... mais je ne vais pas faire retomber la faute sur eux, sur les techniciens et les autres. Ça a pris une foule d'années, et il n'était même pas terminé. En fait, il a été conclu récemment pour le Centre international de restauration neurologique. Quand j'ai proposé de construire un petit hôpital décent, j'ai demandé qu'on conserve la vieille maison, parce que je n'aime pas fermer quelque chose. Il y existait un bloc opératoire, des appareils de rayons X et d'autres, mais seulement quelques lits. J'ai proposé de l'agrandir, et on l'a fait pour pouvoir disposer de trente à quarante lits. Allez savoir combien d'années ça a pris. Ce simple agrandissement a été un désastre colossal en matière de construction.

Quand le nouveau a été terminé et que je l'aie visité, avant l'inauguration, j'ai expliqué au Bureau politique que les dirigeants ne pouvaient y aller en aucun cas, que ce n'était pas l'hôpital des dirigeants, que ceux-ci devaient continuer d'aller à la vieille maison, maintenant agrandie de quelques chambres de plus. Voilà la vérité, et je n'ai jamais raconté ça à personne, mais je dois le faire maintenant parce que les autres ont sorti cette calomnie immonde.

Ce que je voulais, c'était quelque chose d'un tout petit peu plus décent que cette maison, avec quelques dizaines de lits pour pouvoir utiliser les équipements d'une façon rationnelle. En faisant un hôpital luxueux, les concepteurs se sont trompés, mais nous ne l'avons pas accepté. Quelques officiers du ministère de l'Intérieur, car c'est lui qui le gère, y vont, ou encore des membres âgés et émérites

López Cuba, ce compañero que nous avons enterré voilà à peine quelques jours et qui a été le premier à arriver à Playa Larga à bord de son char, est mort dans cet hôpital. Mais il a été établi que l'hôpital des principaux dirigeants continuerait d'être la vieille maison, avec ses petits agrandissements, qui ne dispose pas, tant s'en faut, des équipements du CIMEQ. J'ai dit : Ce n'est qu'en cas de nécessité impérieuse, s'il manquait un équipement ou alors en cas de maladie extrêmement compliquée, que le CIMEQ accueillera un membre du Bureau politique ou un haut dirigeant de l'Etat.

Certaines dépêches m'ont déjà tué plusieurs fois, ou ont dit alors que j'avais été soigné au CIMEQ à cause de je ne sais quelle terrible maladie - un autre de ces énormes mensonges qu'on profère, provenant, celui-ci, de la folle qui avait déclaré au Costa Rica voilà deux ans qu'elle était médecin dans cette installation. On ne m'y a jamais fait une seule piqûre !

Cet hôpital accueille d'importantes personnalités d'Amérique latine ou d'autres continents quand elles le demandent, des chefs de gouvernement, parce que notre pays a beaucoup d'amis parmi les politiques importants. Soixante-dix pour cent des services de cet hôpital sont consacrés aux héros du travail, aux bâtisseurs émérites, aux milliers d'ouvriers du contingent Blas Roca, aux scientifiques qui travaillent au Pôle scientifique de l'ouest de La Havane, qui n'est pas loin de là, ou encore à n'importe quel cas compliqué envoyé de province si l'hôpital a les moyens, ou même aux habitants du coin. Des cadres civils y subissent aussi des examens. Voilà tous ceux qui vont à cet hôpital. Et, à titre exceptionnel, un haut dirigeant du parti ou de l'Etat. Voilà la vérité.

Je veux que vous sachiez que l'ascenseur du petit hôpital où vont les principaux dirigeants a été un désastre quand on l'a acheté, que bien souvent il ne fonctionnait pas ou n'offrait pas beaucoup de sécurité. J'ai dû batailler dur pour qu'on finisse un jour cette modeste construction, parce que l'ouvrage était quasiment conclu, fonctionnait, mais il y avait un escalier en construction conduisant au troisième étage encore en chantier, ce qui était risqué pour les patients...

En annexe à cet hôpital, il y a une petite maison avec quelques services de réhabilitation, rien de plus. Voilà l'hôpital des dirigeants. Je le dis ici, et je m'en serais voulu de ne pas le dire.

J'ai même téléphoné au directeur du CIMEQ pour lui demander des renseignements, pour savoir quels patients y allaient. En fait, j'ai beaucoup protesté au sujet de cet hôpital, et j'ai même modifié sa conception de départ, lutté contre l'excès de personne. C'est actuellement un bon hôpital, sans aucun doute, un des meilleurs du pays, qui fait aussi d'importantes recherches de médecine générale.

Il dispose de douze lits pour le tourisme, et c'est avec ces douze lits qu'il achète les médicaments, les pièces de rechange, le matériel. Douze lits pour des services spéciaux ! Et les personnalités dont j'ai parlé, les amis de notre pays ne paient pas.

Le Centre international de restauration neurologique est tout à côté, et bien qu'ils soient indépendants, ils se soutiennent mutuellement. Et ce Centre est lui aussi un excellent hôpital qui jouit d'un grand prestige international. Il reçoit des clients de partout. Il obtient d'importantes entrées en devises qui sont consacrées entièrement à l'achat de médicaments et d'équipements pour les services médicaux du pays. Et il soigne aussi des patients cubains qui ne paient pas un centime.

Le CIMEQ réalise des greffes du foie, et aucun dirigeant n'y est allé pour ça; les greffes du foie, tout comme les greffes du coeur et du rein, on les fait à des personnes qui en ont besoin pour se sauver. L'hôpital progresse bien dans ce domaine, et dans bien d'autres domaines, et nous ne le voulons pas pour les dirigeants. Mais si un compatriote, quel qu'il soit, un homme du peuple, en a besoin, il est à son service, tout comme il est au service d'un dirigeant de la Révolution pour un cas compliqué ou difficile, ou de n'importe lequel des onze millions d'habitants de ce pays. Les concepteurs l'avaient même conçu, avec le concours des médecins, pour soixante-quatre lits seulement. Quand je l'ai vu, la première chose que j'ai faite, c'est leur demander d'en doubler les capacités en optimisant l'espace disponible. Si on ajoute les lits du CIREN, une fois conclus les agrandissements, le centre original est devenu le siège de deux institutions prestigieuses, qui disposent de plus de deux cents lits, d'un ensemble de spécialistes de très haut niveau et d'un centre de recherche médicale, qui prêtent des services nationaux et internationaux et qui constituent un motif de fierté pour Cuba. Voilà l'histoire.