Table ronde informative sur la mise en oeuvre des brutales mesures promulguées par Bush contre le peuple cubain, le 17 juin 2004, dans les studios de l’Institut cubain de radio et télévision

Randy Alonso. Bonjour à tous les téléspectateurs et auditeurs.

L’Office de contrôle des actifs étrangers (OFAC) de l’administration nord-américaine vient de faire connaître les réglementations qui mettent en pratique les mesures criminelles visant notre peuple et les Cubains vivant aux USA et approuvées le 6 mai dernier par le führer Bush dans le cadre d’une tentative évidente de renforcer le blocus et de resserrer l’encerclement de la Révolution cubaine.

Notre table ronde de cet après-midi porte donc sur cette mise en œuvre. Autour de moi, Rafael Dausá, directeur du département Amérique du Nord au ministère des Relations extérieures ; Lázaro Barredo, journaliste de Trabajadores ; Rogelio Polanco, directeur du journal Juventud Rebelde ; Arleen Rodríguez Derivet, rédactrice en chef de la revue Tricontinental, et Reinaldo Taladrid, journaliste du Système informatif de la télévision cubaine.

Dans le studio, des compagnons de l’Union du plastique et de la céramique, du ministère de l’Industrie légère, et des membres du ministère de la Culture.

(Vidéo.)

Hier, 16 juin, l’Office de contrôle des actifs étrangers, rattaché au Registre fédéral des Etats-Unis, a informé publiquement des réglementations qui mettent en pratique les mesures brutales que le président George W. Bush a fait connaître le 6 mai dernier et qui traduisent l’agressivité permanente de son administration contre notre peuple.

Les chaînes de télévision de la mafia miamaise se sont empressées de les faire connaître. D’autres chaînes aussi. En voici un exemple :

Canal 51. Ça y est, c’est officiel. Les nouvelles réglementations concernant les voyages et l’envoi d’argent à Cuba entreront en vigueur le 30 juin, selon un communiqué émis aujourd’hui par le département du Trésor.

Celles qui auront le plus d’impact sur les Cubains vivant à Miami et dans l’île sont celles qui stipulent qu’un seul voyage tous les trois ans sera autorisé pour rendre visite à un parent proche, à savoir les parents, les enfants, les grands-parents, les petits-enfants, les conjoints et les frères, ce qui exclut donc, par exemple, les oncles et les cousins.

Les nouvelles réglementations limitent aussi la quantité d’argent qu’on pourra dépenser à chaque visite dans l’île et qu’on pourra envoyer à titre d’aide familiale.

Randy Alonso. Ces mesures du 6 mai viennent en fait compléter toute une série d’autres déjà adoptées ces derniers mois dans le cadre de la politique extrêmement agressive de l’administration Bush depuis bientôt quatre ans.

Lázaro Barredo nous offre ses commentaires.

Lázaro Barredo. Nous avons parlé ces derniers jours de ce dossier. Eh bien, il faut avouer que ce dossier est bien plus épais que nous ne l’aurions cru.

Il suffit de surfer sur les différents sites Internet nord-américains pour se rendre compte que des centaines de déclarations de hauts fonctionnaires, des dizaines de pages d’information du département d’Etat et des rapports de différentes agences publiques ont visé à offrir une image extrêmement noire de Cuba et à dénaturer sa réalité aux yeux de l’opinion publique nord-américaine. Il ne s’agit plus de l’affrontement de nature idéologique ou du contentieux séculaire entre les USA et notre pays qui veut préserver son indépendance, mais en fait de la haine viscérale de l’empire, de la cruauté la plus revancharde de cette administration-ci en particulier.

Otto Reich a affirmé le 7 mai devant un auditoire de mafieux : « Bush se passionne ouvertement quand il s’agit de Cuba. » Cela ne doit pas nous étonner. Dès avant son élection, Bush s’était engagé auprès des Cubano-Américains à régler le problème cubain, tout d’abord, en tentant de liquider physiquement Fidel qu’il juge – Roger Noriega vient d’ailleurs de le redire à la fin de l’année dernière – le principal obstacle à la liquidation de la Révolution.

Le 21 mars 2001, le journaliste Jorge Ramos a obtenu la première interview de Bush à une télévision de langue espagnole quand il se trouvait dans le ranch de Vicente Fox, le président mexicain. Ramos lui a demandé : « Croyez-vous avoir gagné les élections grâce aux voix des Cubains en Floride ? », et Bush lui a répondu : « Je crois qu’ils ont eu beaucoup à voir avec, et je suis très fier. Je suis très reconnaissant du fort soutien que j’ai reçu des Cubano-Américains de la Floride et je ne vais pas les oublier. »

Ceci explique cette escalade extrême de l’administration Bush pendant ces trois ans et plus. Je vais en rappeler des exemples, non par ordre chronologique, mais juste pour donner une idée de ce dossier copieux que j’ai évoqué plus haut : annulation des conservations sur l’émigration ; accusations selon lesquelles le gouvernement cubain déstabilise des pays de la région ; tentatives de faire croire que Cuba met au point des armes biologiques ; accusations selon lesquelles notre pays constitue une menace terroriste et bioterroriste pour les Etats-Unis ; refus accru de délivrance de visas aux Cubains souhaitant rendre visite à leur famille aux USA ; interdiction croissante à ce que des scientifiques, des savants, des artistes et des sportifs cubains entrent aux USA ; interdiction faite aux artistes, aux intellectuels, aux scientifiques et aux savants cubains de publier dans les revues nord-américaines ou de faire connaître leurs œuvres ; poursuites accrues et amendes plus élevés contre les Nord-Américains qui violent censément le blocus…

A quoi il faut ajouter, ces trois dernières années, toute une série de rapports infâmes du département d’Etat contenant diverses accusations : Cuba viole les droits de l’homme ; Cuba prépare la guerre électronique contre les communications nord-américaines ; Cuba participe au trafic de drogues ; Cuba fait du trafic de personnes ; Cuba viole la liberté de culte ; Cuba viole la liberté de la presse…

Le 9 février dernier, le secrétaire des Finances a adopté des mesures pour resserrer le blocus, en punissant onze compagnies d’Argentine, des Bahamas, du Canada, du Chili, de Hollande et d’Angleterre en tant que spécialistes de voyages à Cuba.

L’administration nord-américaine juge que Cuba doit être libre, que c’est de l’intérêt du peuple cubain, des Etats-Unis et de tout le continent, et voilà pourquoi elle insiste que Cuba doit changer. Les mesures qu’elle adopte vise à hâter ce qu’elle appelle une transition dont elle parle depuis des années à chaque rencontre avec la mafia de Miami.

Elle a taxé d’outrage aux Etats-Unis et d’acte nocif aux intérêts nord-américains le fait que Cuba ait été réélue à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies parce que, selon elle, Cuba a le pire dossier en matière de droits de l’homme.

Elle a même poussé le ridicule jusqu’à dire que les délégués nord-américains à Genève étaient victimes d’actes d’intimidation, de menaces et d’agression de la part de la délégation cubaine.

Elle a expulsé des diplomates cubains en poste à Washington en les accusant d’espionnage, une accusation assez fréquente dans sa bouche, et en les présentant comme un sérieux danger pour la sécurité des Etats-Unis.

Elle a accusé devant les tribunaux les militaires cubains qui avaient abattus les avions en train de violer l’espace cubain.

Rappelons la campagne menée contre nos cinq compagnons en prison.

Elle veut faire croire à l’opinion publique que Cuba interdit l’entrée de livres, sous prétexte que nos autorités ont mis un terme à l’envoi par la Section des intérêts des USA ici à La Havane de littérature subversive.

Elle s’efforce de présenter les Cubains qui émigrent aux Etats-Unis comme des « réfugiés », alors que plus d’un million d’étrangers tentent d’y entrer illégalement tous les ans. Ainsi donc, ce million constitue des émigrés. Le seul pays à envoyer des « réfugiés » est Cuba. Autrement dit, elle a transformé la délivrance de visa d’émigration, quelque chose de tout à fait normal dans le monde, en visa pour « réfugiés ». Des autres pays les gens partent pour des raisons économiques, mais de Cuba, ils fuient.

Elle a tenté de présenter notre système pénitentiaire sous des traits absolument faux, notamment l’état de santé de différents détenus, si bien que notre ministère des Relations extérieures a dû, voilà plusieurs semaines, offrir une conférence de presse dans laquelle il a démenti catégoriquement, preuves à l’appui, tous ces mensonges.

De toute façon, en matière de mensonges, la presse de Miami atteint des sommets, au point d’affirmer que nous élevons ici des requins pour attaquer les baigneurs sur les plages de Floride.

Je pourrais citer aussi des dizaines de déclarations de hauts fonctionnaires. Par exemple :

Colin Powell : « J’ai exercé à différents moments des fonctions en matière de sécurité nationale, durant ces dix-sept dernières années, et pendant tout ce temps Cuba a fait l’impossible pour déstabiliser une partie de la région. »

Condoleezza Rice : « Les Etats-Unis sont fermement décidés à poursuivre une politique énergique contre Cuba en vue d’aider le peuple cubain dans sa lutte pour la liberté. »

Roger Noriega, au cours d’une conférence télévisée voilà quelques semaines pour informer des fruits de la fameuse Commission pour contribuer à la liberté de Cuba : « Les mesures visent à renforcer les pressions pour hâter la chute de Fidel Castro et en finir avec la brutale dictature en place à Cuba. »

Otto Reich le lendemain, parlant de la « transition » : « L’importance de la transition, ce sont les heures et les jours », laissant entendre que l’administration ne prévoyait pas un changement organique lent à Cuba, mais plutôt un changement rapide et probablement violent.

Reich est resté évasif quand on lui a demandé s’il existait des plans directs pour hâter la transition, se justifiant par le fait que s’il en parlait en public, il perdrait son poste parce que l’administration Bush n’aime pas ce genre de fuites.

Andrew Natsios, chef de l’US/AID : « Nous devons nous préparer soigneusement à la transition finale à Cuba. »

Dans un autre domaine, la lecture d’El Nuevo Herald est très éloquente. Parlant de formules suggérées à Bush en cas de scénarios de réélection peu encourageants, il écrit : « Le président doit engager des actions décisives, dont le renversement soudain, sans préavis et sans recours au Conseil de sécurité, d’un tyran local, un ou deux mois avant les élections, pour propulser notablement l’image d’invincibilité – je voudrais dire : d’imbécillité – que Bush a déjà donnée. »

Rappelons les déclarations, alors que la guerre se déroulait en Irak, de l’ambassadeur nord-américain en République dominicaine, selon qui c’était là un signal très positif, et celles, quelques heures plus tard, de Jeb Bush : « Les Etats-Unis devraient jeter les yeux sur le voisinage et utiliser leur pouvoir pour exercer des pressions sur la communauté internationale et lui faire comprendre que le régime castriste ne peut plus durer. »

Wayne Smith, qui a été le premier chef de la Section des intérêts des USA ici, a déclaré aux correspondants nord-américains du journal La Jornada : « Si j’étais Cubain, je supposerais prudemment que les Etats-Unis pourraient engager une action militaire. Mais le danger est que cette combinaison de la rhétorique agressive de Washington et de la conjoncture électorale pourrait céder la place à des provocations pour déclencher une réaction et faire éclater un conflit militaire. »

De toute façon, l’empereur a été tout à fait clair le jour où il a présenté ces mesures : « C’est une stratégie qui dit que nous n’attendrons pas qu’arrive le jour de la libération de Cuba, mais que nous travaillons dans ce sens. »

Randy Alonso. Donc, l’un des principaux moments de cette escalade agressive contre notre peuple a été la proclamation par Bush, le 6 mai dernier, d’un train de mesures brutales qui frappent notre peuple et les Cubains vivant aux USA, des mesures proposées par la Commission pour contribuer à une Cuba libre que dirige Colin Powell.

Bien que notre population ait été largement informée, il serait bon de rappeler les principaux éléments et les principaux objectifs de ce document adopté comme politique officielle de l’administration nord-américaine. Dausá ?

Rafel Dausá. Cette Commission et le rapport qu’elle a présenté le 3 mai à Bush et que celui-ci a entériné le 6, ainsi que les réglementations mises en œuvre hier, prouvent on ne peut mieux la haine viscérale de cette administration, jour après jour, envers notre pays.

Lázaro nous a donné une liste de déclarations et d’actions.

Donc, le 6 mai, dans le cadre d’une grande opération de relations publiques, Bush a entériné le rapport de cette commission créée le 10 octobre 2003, où le président avait fait état de son intérêt de disposer de mesures pour renverser la Révolution, pour semer la subversion, pour étrangler économiquement la Révolution.

Lázaro a aussi rappelé que Bush avait affirmé qu’il n’attendrait pas la chute du gouvernement cubain, mais qu’il travaillerait dans ce sens. Belle preuve d’arrogance, d’ingérence et de violation des principes les plus élémentaires du droit international !

Voilà quelques années, ce genre de plan et de rapport faisait partie des archives les plus secrètes de la CIA. Maintenant, on en discute ouvertement, on le publie, on dit comment on va renverser le gouvernement cubain !

Cela indique non seulement le mépris de cette administration pour le droit international, mais encore l’existence d’une doctrine Bush, fondée sur la violation des principes les plus élémentaires du droit international.

Le rapport de cette Commission comprend 458 pages divisées en six chapitres et deux grandes parties : la première (chapitre I) énonce toutes les mesures qu’elle propose à l’administration pour renverser la Révolution ; la deuxième (cinq chapitres), que je qualifierais de science-fiction et qui signale tout ce que fera l’administration une fois la Révolution liquidée.

Je voudrais insister sur le Premier Chapitre, qui sert de fil conducteur.

Il annonce six tâches fondamentales.

Tout d’abord, renforcer notablement le soutien à la contre-révolution interne en la finançant encore plus, en lui donnant des instructions, en la fournissant.

Trente-neuf millions de dollars seront disponibles dans ce sens. Le « budget » alloué à la contre-révolution n’était jusqu’alors que de 7 millions. On le multiplie donc largement. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg, l’argent déclaré ouvertement, car nous sommes bien convaincus que des dizaines de millions de dollars sont consacrés en secret à la destruction de la Révolution…

Donc, première tâche, renforcer la subversion interne.

Deuxième tâche : augmenter les transmissions illégales de Radio Martí et de TV Martí, qui disposeront à ce titre de 18 millions de dollars. De plus, « Commando Solo », un avion militaire C-130 conçu à ces fins, volera censément à proximité de l’espace aérien cubain pour tenter de faire entrer les ondes de TV Martí dans nos propres chaînes de télévision. C’est là bien entendu une action illégale. En fait, il est bon de le rappeler, il n’existe pas que ces deux-là : les USA émettent sur vingt-quatre autres fréquences vers notre espace radio-électronique, en violation flagrante de toutes les normes de l’Union internationale des télécommunications. Donc, 18 millions de plus dans ce but.

Troisième tâche, extrêmement importante : comment renforcer le blocus, comment refuser les ressources financières à la Révolution, et ce par les voies les plus variées : en renforçant les restrictions concernant les voyages de Nord-Américains et de Cubains vivant aux USA, en renforçant les restrictions concernant les envois d’argent de la part de Cubano-Américains à leurs familles ici.

Ce chapitre envisage aussi l’idée d’appliquer les titres les plus extraterritoriaux de la loi Helms-Burton, autrement dit les III et IV. On le sait, le III permet d’ouvrir des procès aux USA contre des personnes naturelles et juridiques qui font du commerce avec notre pays ou y investissent. Le titre IV interdit l’entrée aux USA de personnes naturelles dans ce même cas.

Randy Alonso. De fait, ces dernières semaines, les USA ont exercé des pressions sur des hommes d’affaires et des sociétés qui veulent faire du commerce avec Cuba.

Rafael Dausá. Exact.

Quatrième tâche, elle aussi très importante : intensification des campagnes internationales contre la Révolution cubaine, avec l’allocation de millions de dollars pour mentir sur sa réalité et sur son œuvre. Ce sont des maîtres dans l’art du mensonge, on le sait.

Cinquième tâche : intensifier les efforts internationaux pour isoler Cuba aux Nations Unies, la condamner à la Commission des droits de l’homme de Genève et dans les autres forums internationaux. Là encore, beaucoup d’argent à la clef.

Sixième tâche, et non la plus importante : « miner les plans de succession du gouvernement cubain ». Littéralement. Quelle arrogance impériale : ces messieurs s’opposent à toute succession au sein du gouvernement révolutionnaire.

Oui, ce rapport et ces tâches prouvent à quel point les USA méprisent non seulement les idées que notre pays représente dans le monde, mais encore celles qui se débattent aujourd’hui dans le monde, méprisent le droit international. Leur arrogance est telle qu’ils estiment normal de vouloir détruire les gouvernements qui ne se plient pas à leurs intérêts.

Les cinq chapitres restants du Rapport rêvent et analysent comment démanteler l’œuvre de la Révolution une fois celle-ci liquidée, planifiant les mesures à prendre, et ce durant des pages et des pages.

Bref, ce rapport, ces mesures constituent une nouvelle escalade contre la Révolution, une nouvelle preuve de l’agressivité de cette administration-là. Bush, de toute évidence, profite de la conjoncture électorale pour lancer une nouvelle agression, pour obtenir l’argent et les voix des Cubano-Américains de la Floride. C’est aussi une nouvelle preuve de sa haine idéologique envers la Révolution cubaine et envers l’exemple qu’elle donne.

De toute façon, prenons garde, ce rapport dépasse la conjoncture électorale, même s’il en profite. Il y a là un fond permanent.

Ce rapport a été présenté deux jours après que Larry Wilkerson, adjoint personnel de Colin Powell, a fait des déclarations tonitruantes : selon lui, la politique de la Maison-Blanche envers Cuba était la plus stupide qu’on puisse imaginer sur la terre ! Or, Powell est le président de cette Commission et devrait donc à ce titre en assumer les conclusions. Comment accorder la moindre crédibilité à ce Rapport et à ces mesures ?

Randy Alonso. Il y a dans ces nouvelles mesures une volonté évidente de blesser le peuple cubain en coupant les liens familiaux normaux entre les Cubains d’ici et les Cubains de là-bas. Mais il existe aussi la volonté de couper toute sorte de relations entre notre pays et l’extérieur. Ainsi, ces derniers jours, indépendamment de ces mesures, les Etats-Unis ont fait des efforts extraordinaires pour empêcher Cuba d’utiliser ses avoirs placés à l’étranger dans des banques internationales, d’acheter des produits à l’étranger. Tout ceci fait partie des pressions que les USA exercent dans le monde entier sur le plan économique. De fait, plutôt que d’un blocus, il s’agit d’une vraie guerre économique totale qui vise notre peuple.

Voyons maintenant ce que disent ces réglementations de l’OFAC. Arleen ?

Arleen Rodríguez. Les mesures promulguées par le führer nous obligent, je crois, à chercher un nouveau mot pour définir cette guerre totale contre Cuba, parce que « blocus » est vraiment trop peu. Celui-ci, nous le vivons depuis quarante-cinq ans. Mais maintenant ça va encore plus loin.

Parce qu’en fait, entre les premières nouvelles publiées dans le New York Times en avril et la présentation formelle du Rapport en mai, d’une part, et les réglementations annoncées hier, d’autre part, on constate un nouveau tour de vis, pour ainsi dire. Ce qui avait été annoncé était déjà brutal, criminel. Et ce qui a été annoncé hier l’est encore plus !

Prenons les trois premières, par exemple.

Les voyages totalement payés (fully hoster), autrement dit les voyages dont le coûts et les taxes étaient soit payés par un ressortissant d’un pays tiers non soumis à la juridiction des Etats-Unis soit payés par Cuba elle-même. Il existait une vieille autorisation de voyages de ce genre à travers des pays tiers. Eh bien, elle est tout bonnement supprimée !

Deuxième exemple. Il est maintenant interdit d’accepter des biens et services à Cuba fournis gratuitement ou en cadeau, sauf autorisation générale ou spécifique de l’OFAC.

Je me demande : ces mesures ne visaient-elles pas à empêcher notre pays de faire le moindre profit, à éliminer le moindre revenu ? Cette élimination totale de tout financement par un pays tiers, voire de gratuité de la part de Cuba, confirme bel et bien le vrai fond de ces mesures : empêcher les Cubano-Américains et les Nord-Américains de découvrir notre pays, de constater par eux-mêmes la kyrielle de mensonges infâmes proférés au sujet de Cuba !

Que je sache, 115 000 Cubano-Américains sont venus à Cuba l’an dernier, un chiffre en augmentation constante, où on peut voir, pour reprendre ce que disait un Cubano-Américain, une manifestation silencieuse d’opposition à la politique de guerre et de blocus contre Cuba. Et ces Cubains-là ne parlent pas encore, n’occupent pas de grands espaces dans les médias, ne sont pas écoutés par l’administration nord-américaine.

Felipe Pérez Roque, notre ministre des Relations extérieures, a donné des chiffres dans son allocution d’ouverture de la conférence La Nation et l’émigration : 37 000 Cubano-Américains voilà dix ans ; 115 00 l’an dernier.

Et l’administration Bush leur dit clairement : « Je ne veux pas que tu y ailles, je ne veux pas que tu constates que tout ce que je dis est un mensonge… »

Quant aux Nord-Américains, ils étaient 85 000 l’an dernier à venir ici. Là encore, un chiffre en croissance.

Entre le discours de présentation de ces mesures et la réalité concrète des réglementations, il y a une marge. Le discours officiel de Bush est : « Pas d’argent pour Castro, et donc pas de voyages. » Or, les voyages sont interdits même si c’est un tierce personne non nord-américaine ou le gouvernement cubain qui les paie ! Ce qui est absurde. Oui, le fond est clair…

Quand Bush avait annoncé ces mesures, vous vous rappelez, celui qui lui écrit ses discours lui avait fait dire une phrase de Martí, quelqu’un qu’il ne connaît sûrement pas : « Pour tous et pour le bien de tous. » En fait, Bush prouve qu’il est contre tous et pour le mal de tous ! Ces mesures offusquent les Cubains de Cuba, les Cubains de l’étranger et les Nord-Américains.

Seconde mesure d’application : l’importation de marchandises cubaines. Que dit l’OFAC ? « L’autorisation générale permettant aux voyageurs se rendant à Cuba de faire des achats et de rentrer aux Etats-Unis avec un maximum de cent dollars en marchandises cubaines à des fins de consommation personnelle est éliminée. » Ces marchandises sont généralement des cigares, du rhum, de la musique… Et l’OFAC poursuit : « Par conséquent, les voyageurs ne pourront pas acheter ou acquérir par d’autres moyens [autrement dit à titre de cadeaux ou de souvenirs ou de quoi que ce soit] aucune marchandise et la ramener aux Etats-Unis, exception faite des documents d’information. »

Je voudrais attirer votre attention sur un point. Dausá me signalait que la version originale des mesures interdisait l’achat de marchandises produites par l’Etat cubain. La version définitive interdit même l’achat ou l’acquisition sous forme de cadeau de toute marchandise, autrement dit, par exemple, les objets d’artisanat ou autre fabriqués par des particuliers, tels que ceux qui sont vendus sur la foire du Malecón ! Même l’achat de souvenirs est devenu interdit !

Je vous rappelle : le discours officiel nous dit que tout ceci vise à empêcher Castro de recevoir de l’argent. Pas un centime pour l’Etat cubain, nous dit-on. Et pourtant, même les particuliers sont maintenant visés. Tout simplement, personne ne peut plus rien emporter de Cuba ! Comme si l’artisanat, par exemple, risquait de modifier l’idéologie de l’acheteur…

Randy Alonso. Ça, ils n’ont pas attendu la promulgation de ces mesures pour le faire. De fait, les autorités aéroportuaires de Miami confisquaient déjà les objets que les Cubains ramenaient d’ici.

Arleen Rodriguez. Je crois qu’il y a bien longtemps que cette politique est née tordue. Je me rappelle la fameuse anecdote racontée par un des conseillers de Kennedy, qui lui avait demandé d’acheter je ne sais quelles quantités de cigares cubains avant de promulguer le blocus ! Toujours est-il qu’il y a belle lurette que les voyageurs sont humiliés, maltraités, qu’on leur confisque tout ce qui peut avoir la saveur ou la marque de Cuba.

Bref, selon ces nouvelles réglementations, même les cadeaux sont interdits ! Imaginez un souvenir de famille que quelqu’un veut ramener aux USA : s’il a le malheur de dire « Fait à Cuba », on lui confisquera le souvenir de famille !

Autrement dit, et c’est clair, Bush n’est pas seulement contre Castro, contre l’Etat cubain : il est contre tous, contre le peuple cubain, à moins qu’il ne faille voir là une acceptation tacite qu’à Cuba, peuple et Etat ne font qu’un !

La troisième réglementation que je voudrais commenter concerne les bagages accompagnés. Tout voyageur autorisé – parce qu’il faut, bien entendu, qu’il demande à l’empereur la permission de voyager – ne peut emporter que 44 livres anglaises, soit 19,8 kilos, sauf autorisation spéciale de l’OFAC. En fait, tout vise à rendre les voyages si compliqués que les gens finissent par y renoncer. Parce que si je dois chaque fois peser ma valise pour qu’elle ne dépasse pas 19,8 kilos…

Randy Alonso. Oh, mais ils sont généreux : il suffit d’implorer la permission de l’OFAC d’en emporter quelques livres de plus…

Arleen Rodríguez. Exact. Je connais de nombreux Nord-Américains, surtout des intellectuels, qui sont venus à Cuba, des gens qui aiment lire et qui emportent des livres, comme nous le faisons tous quand nous voyageons. J’imagine qu’ils devront renoncer aux livres, à l’ordinateur portable, et à des choses de ce genre, parce que les 19,8 kilos, ça va vite.

Il faut donc, je le répète, distinguer entre le discours officiel et la vérité derrière le discours. Et la vérité, ce sont bel et bien les réglementations d’hier. Sur ce point, je ne connais encore aucune déclaration de Cubano-Américain de Miami. Les chaînes de télévision interviewent immanquablement la Grande Méchante Louve, Ileana Ros-Lehtinen, qui ressemble de plus en plus à la kapo qui surveille le camp de concentration que deviennent les Etats-Unis.

Et que dit la Grande Méchante Louve ? « Que tout le monde les lise bien, parce que nous allons les poursuivre. » Autrement dit, la guerre est déclarée. Oui, vraiment, blocus n’est plus le mot qui convient.

Voilà quelques jours, la télévision a passé un très beau film sur la vie de Joséphine Baker. Quand elle rentre aux USA et qu’elle constate que la discrimination raciale est toujours aussi présente, elle s’exclame : « Mais ils ont combattu ensemble pendant la guerre ! » La seconde guerre mondiale. Et le militaire noir nord-américain qui lui a demandé de chanter pour l’armée lui répond : « Une guerre est finie, mais une autre encore plus dure a commencé : la moindre plainte peut être interprétée comme une attitude communiste, et ici, on peut vous poursuivre pour ça. »

Je crois que nous avons un exemple dans ce cas. Quand je vois la Grande Méchante Louve dire des choses pareilles, je me dis que le maccarthysme, avec toute sa charge de haine et de fureur contre Cuba, n’est pas mort et qu’il a déclaré la guerre contre tout ce qui est cubain et contre le bien de tous les Cubains, d’ici ou de là-bas.

J’ai ici une lettre du père Ramón Hernández dont je crois qu’il vaut la peine de rappeler un paragraphe. Il a participé à la conférence La Nation et l’émigration et il écrit : « En 1981, un prêtre ami de Madrid m’a dit que je me repentirai un jour d’être allé vivre aux Etats-Unis. Ce jour est venu : je n’ai jamais pensé avoir à me repentir autant d’une erreur et d’être aussi honteux d’avoir un passeport qui représente ce que nous sommes en train de voir ces jours-ci en photos. »

Ce n’est pas pour rien que cet homme fait le parallèle entre l’infamie que nous voyons ces jours-ci aux USA et ce que cette administration fait contre notre pays. Je ne crois pas non plus que le 30 juin sera le jour annoncé d’une paix mensongère pour un peuple qui a été conduit à une guerre, mais ce sera en tout cas, assurément, le début d’une guerre totale contre notre pays.

Randy Alonso. Une mesure appliquée quand la campagne électorale bat son plein. Comme le disait Dausá, ces mesures ont un ingrédient fortement électoral, mais elles reflètent aussi dans le fond la haine viscérale, foncièrement idéologique, que cette extrême droite, aujourd’hui au pouvoir, ressent depuis plus de deux siècles envers notre peuple. Mais ces nouvelles mesures fixent aussi vos possibilités de venir à Cuba, de plus en plus maigres, et dans quelles conditions vous pouvez le faire. Je propose à Dausá de nous en dire plus au sujet de ces mesures qui visent tout simplement à interdire à partir du 30 juin tout voyage de Cubano-Américain à son pays d’origine.

Rafael Dausá. On peut dégager dans ces nouvelles mesures cinq agressions contre la famille cubaine, cinq discriminations contre le peuple cubain de l’île et contre ceux qui vivent aux USA.

La première. Jusqu’ici, un Cubain vivant aux USA demandait une autorisation générale pour venir à Cuba une fois l’an. Il pouvait aussi bénéficier éventuellement d’une autorisation spécifique pour venir une seconde fois, par exemple, pour des raisons humanitaires, pour un cas imprévu. Ce qui était de toute façon une mesure discriminatoire contre les Cubains vivant aux USA par rapport aux autres communautés étrangères, puisque un Mexicain, un Guatémaltèque, n’importe quel étranger dont la situation est légale n’a pas à demander d’autorisation pour se rendre dans son pays et peut le faire autant de fois qu’il veut. Le Cubain, non. Il ne peut venir qu’une fois par an.

Or, ces nouvelles mesures aggravent cette discrimination : maintenant, il ne peut plus venir qu’une fois tous les trois ans ! Inutile de dire à quel point cela porte préjudice aux liens familiaux, à la réunification des familles, etc. !

Et ceci va de pair avec une autre mesure que les autorités nord-américaines appliquent depuis un certain temps : la réduction de visas délivrés aux Cubains d’ici pour se rendre aux USA à titre temporaire.

C’est là une volonté évidente d’éviter les échanges dans les deux directions. D’une fois par an, je ne permets plus qu’une fois tous les trois ans, et par ailleurs j’élimine ou je réduis ta possibilité d’aller aux USA pour rendre visite à ta famille de là-bas. C’est là quelque chose de foncièrement inhumain, quelque chose de très cruel qui frappe la famille cubaine, qui porte préjudice, assurément, à la famille cubaine.

Comment se traduit concrètement cette nouvelle réglementation. C’est tout simple : Vous vivez à Miami, vous êtes allé à Cuba en 2003 ? Eh bien, vous devrez attendre 2006 pour y retourner !

Randy Alonso. Autrement dit, même si elle entre en vigueur le 30 juin 2004, elle est rétroactive.

Rafael Dausá. C’est exact. C’est justement ce que je voulais commenter. Si par hasard – et c’est là la seconde discrimination d’une insensibilité énorme, d’une cruauté terrible – vous êtes allé à Cuba en 2003 et que quelqu’un de votre famille décède ici ou alors tombe gravement malade, vous ne pourrez pas vous rendre à l’enterrement ou l’aider, parce que la réglementation de l’OFAC précise en tout lettre qu’ « il ne sera pas permis de voyages supplémentaires ». Vous voyagez une fois et ensuite, sous aucun prétexte, vous ne pourrez le refaire avant trois ans.

Randy Alonso. L’OFAC a signalé qu’elle n’autorisera aucun voyage, même en des circonstances urgentes.

Rafael Dausá. Même pas pour des circonstances urgentes. Même pas en cas de maladie, de décès, de tragédie dans votre famille. Aucune exception, précise l’OFAC.

Ceci reflète très clairement l’inhumanité de ces nouvelles mesures.

Troisième discrimination, troisième attaque contre la famille cubaine : jusqu’à ce jour, le voyageur qui venait dans notre pays pouvait rester aussi longtemps que le lui permettaient ses moyens ou son travail. Maintenant, c’est fini : le séjour maximal sera de quatorze jours !

Randy Alonso. Quatorze jours tous les trois ans…

Rafael Dausá. Oui, quatorze jours tous les trois ans. Aucune autre nationalité aux USA n’est victime de ce genre de mesure discriminatoire. Uniquement les Cubains.

Quatrième discrimination : jusqu’ici les Cubains venant dans notre pays pouvaient dépenser 167 dollars par jour, plus une somme additionnelle ayant à voir avec les frais de transport et autres frais de la visite. Fini ! La somme maximale par jour sera de 50 dollars. Autrement dit, si vous venez cinq jours, vous ne pourrez dépenser que 250, plus un petit cadeau que vous fait l’OFAC de 50 dollars pour frais de voyage. Aucune mesure de ce genre ne pèse sur les autres nationalités qui peuvent dépenser tout l’argent qu’elles veulent dans leur pays. Nouvelle agression contre la famille cubaine.

Cinquième discrimination, et là-dessus je voudrais m’arrêter un moment parce que c’est un point très important : Bush vient d’un trait de plume de limiter la famille cubaine ! Le concept existant avant de « famille proche » a été converti en concept de « membre de la famille immédiate du voyageur ». Pour Bush, désormais, un oncle n’est plus de la famille proche, ou un neveu, ou un cousin. Ces gens-là ne font plus partie de la famille ! Le Cubain vivant aux USA ne pourra plus rendre visite qu’à ses frères, à ses grands-parents, à ses parents, à ses enfants et à son conjoint. Un point c’est tout. Pas question de rendre visite à un oncle, à un cousin germain, à un cousin issu de germain, à un grand-oncle. C’est interdit.

De plus, l’OFAC a inventé un subterfuge. Avant, vous aviez droit à une autorisation générale ; maintenant, l’autorisation sera au cas par cas : vous devrez demander l’autorisation, et dans ce cas on pourra toujours vous la refuser. Ce serait un coup de plus à la famille cubaine.

Ainsi donc, l’administration nord-américaine porte un coup très dur à la réunification familiale, porte un coup très dur aux droits de l’homme du peuple cubain, des émigrés cubains aux Etats-Unis, tout ceci à cause de sa haine viscérale de la Révolution et de son oeuvre, de son mépris flagrant des Cubains.

Voilà les ingrédients essentiels de ces mesures au sujet des voyages. Plus d’autorisation générale, mais une autorisation au cas par cas ; un voyage tous les trois ans et seulement pour quatorze jours et uniquement pour rendre visite à la famille immédiate selon la conception Bush, et à condition que vous ne dépensiez que 50 dollars par jour. Si, durant ces trois années d’intervalle, il arrive un malheur dans votre famille, ne prenez même pas la peine de demander une autorisation, on vous la refusera !

Randy Alonso. C’est bien la preuve de la brutalité caractéristique de la politique de cette administration, qui se traduit dans le monde par des guerres de conquête que toute l’humanité a pu constater ces trois dernières années, et dans le cas de Cuba, par la volonté honteuse de diviser les familles, de pratiquer des politiques inhumaines, et ce en fonction d’intérêts bassement électoraux, pour complaire à une minorité toujours plus réduite au sein de cette communauté cubaine aux USA. Mais, comme disait Dausá, qu’attendre d’une administration qui décide d’avance qui fait partie de votre famille et qui n’en fait pas partie !

Rafael Dausá. Je voudrais ajouter ici un point qui me paraît fondamental : Bush prend ces mesures justement au moment où la Révolution cubaine assouplit grandement ses propres réglementations afin que tous les Cubains émigrés dans le monde entier puissent venir ici. C’est là encore une preuve de la haine et de l’hostilité de cette administration.

Randy Alonso. Il vaut la peine de répéter la question que posait la Déclaration du Comité central et du Gouvernement révolutionnaire : de quoi ont-ils peur ? Car je crois que c’est là la clef de ces mesures brutales de l’administration qui prendront effet à partir du 30 juin.

Je vous propose d’écouter les vues d’un prestigieux avocat spécialiste des questions migratoires et qui connaît bien entendu les réactions dans la communauté cubaine. Il vit à Washington et a accepté un entretien téléphonique.

Miguel A. Masjuán. J’ai en ligne, directement de Washington, l’avocat José Pertierra. Bonjour, Pertierra.

José Pertierra. Bonjour, Masjuán. Un bonjour depuis la capitale de l’empire nord-américain.

Miguel A. Masjuán. Je voudrais avoir une commentaire de votre part sur les mesures appliquées contre Cuba par le président Bush.

José Pertierra. Ce sont des mesures cruelles. Le gouvernement les a annoncées hier. Je les ai examinées soigneusement ces deux derniers jours, et elles sont pires que ce que les gens auraient pu s’imaginer. Parce que, maintenant, les Cubains ne pourront plus rendre visite à leur famille que tous les trois ans et uniquement pour rendre visite à la famille très proche : papa, maman, épouse, époux, enfant ou grands-parents. Et ils devront demander une autorisation spécifique au gouvernement nord-américain pour rendre visite à la maman, et si, après cette visite, votre maman a le malheur de tomber malade durant les trois années suivantes, eh bien, selon ces nouvelles réglementations de l’administration Bush, vous ne pourrez aller la voir ni même l’enterrer. Pas question de demander une autorisation pour des cas pareils !

Ce sont là les mesures les plus anti-famille, les plus cruelles que quelqu’un puisse imaginer, décrétées par un gouvernement qui prétend être en faveur de la famille et impulsées par un groupe de Cubano-Américains de Miami qui prétendent être Cubains et défendre le peuple cubain, quand c’est justement tout le contraire.

Ce sont pour l’essentiel des mesures imposées par des groupuscules batistiens à un gouvernement qui se croit actuellement le maître du monde.

J’espère que le peuple cubain qui vit aux USA se rendra compte que ces mesures le visent directement et visent sa famille à Cuba et qu’il fera tout ce qui est à sa portée pour les éliminer. Et s’il ne parvient pas à les éliminer, qu’il contribue du moins à liquider cette administration qui a approuvé et adopté ces mesures, parce que c’est intenable à long terme.

Je crois que les liens familiaux entre Cubains sont bien plus forts que n’importe quelle mesure que puisse prendre l’administration Bush et que soit ces mesures disparaissent soit cette administration disparaît, mais les deux choses ne peuvent durer à long terme.

Ces mesures incluent d’autres restrictions, en particulier que vous ne pourrez plus envoyer que cent dollars par mois à Cuba et uniquement à ces parents très proches : tu ne pourras plus envoyer d’argent à un cousin ou à un oncle qui en a besoin à Cuba ; si tu as un enfant dans le besoin, tu ne pourras plus lui envoyer que cent dollars par mois ; si tu vas rendre visite à ta mère, tu ne pourras dépenser que cinquante dollars par jour, frais d’hôtel et de voyage compris. Ce sont des choses qui, si elles apparaissaient dans un roman, en feraient un roman de science-fiction !

On prétend par ces mesures asphyxier le peuple cubain à Cuba, asphyxier le peule cubano-américain ici ; on veut aussi liquider par là les agences de voyage à Miami qui se sont battues pendant des années pour arriver à ce que les Cubains vivant aux Etats-Unis puissent rendre visite à leurs familles. Je crois que ces mesures visant aussi à entraîner ces agences à la banqueroute.

Ce sont des choses impulsées par Otto Reich et ses séides et par des personnes au Congrès des USA qui se disent cubano-américaines, mais qui n’ont absolument rien de cubain.

Je voudrais voir la fin de ces mesures ou la fin de cette administration ou alors, espérons-le, des deux à la fois ! Nous sommes dans une situation très difficile.

Randy Alonso. Je vous rappelle que Pertierra est un des plus importants avocats consacrés à l’émigration et aux questions des Latinos aux USA, quelqu’un qui connaît de près la politique que suivent les autorités nord-américains envers d’autres ressortissants, d’autres types d’immigrants. Comme il le souligne, ces mesures visant uniquement les Cubains sont intenables et sont foncièrement inhumaines.

Mais ces mesures visent aussi, et directement, les Nord-Américains eux-mêmes qui se verront se réduire encore plus les maigres possibilités qu’ils avaient d’échanger avec notre peuple, de visiter Cuba, de connaître nos réalités, de connaître un pays dont l’œuvre sociale suscite toujours plus d’admiration dans le monde, malgré le blocus, malgré la guerre économique, malgré l’hostilité permanente du gouvernement nord-américain. Ces restrictions qui visent directement les Nord-Américains sont clairement précisées dans les réglementations de l’OFAC. Polanco peut nous en parler.

Rogelio Polanco. Rappelons qu’il s’agit de nouvelles restrictions qui viennent s’ajouter aux précédentes, car il y a des décennies qu’un Nord-Américain n’a absolument pas le droit de visiter Cuba. S’il le fait, c’est illégal, et il est dès lors passible de jusqu’à dix ans de réclusion et 250 000 dollars d’amende.

L’obsession de Bush d’interdire les voyages de Nord-Américains est absolument maladive. Mais il existait jusque-là un petit créneau, ce qu’on appelait les échanges « people to people » qui étaient d’ailleurs conçues comme un voie de subversion dans le cadre du Volet II de la loi Torricelli, et qui permettaient les échanges savants, professionnels, éducationnels, pour lesquels il existait une autorisation de type générique.

Or, en mars 2003, l’OFAC avait annoncé que ces échanges « people to people » seraient éliminés. Ce qui fut chose faite le 1er janvier 2004, de sorte qu’il n’existe plus d’échanges de type universitaire, éducationnel ou savant sous prétexte, selon les autorités nord-américaines, qu’ils camouflaient un tourisme vers Cuba. L’argument éculé constamment utilisé pour poursuivre les Nord-Américains qui souhaitent des relations normales avec notre pays.

Que disent à cet égard ces nouvelles réglementations qui entreront en vigueur le 30 juin ? Eh bien, elles restreignent encore plus ces possibilités : s’il existait avant un créneau, ce créneau est devenu une petite fente de rien du tout. Car les démarches bureaucratiques pour obtenir l’autorisation d’échanges de ce genre sont si compliquées que ceux-ci deviendront pratiquement impossibles. Je vais signaler certaines réglementations.

Les autorisations spécifiques resteront limitées aux universités et aux hautes études universitaires. Aucune autorisation ne sera délivrée pour les écoles secondaires. Par ailleurs, les autorisations de faire des études universitaires à Cuba, d’y organiser des activités professionnelles ou savantes sont ramenées de deux ans à un an. Ne pourront venir par ailleurs que les étudiants inscrits dans l’institution qui reçoit l’autorisation, même si l’école qui envoie les élèves accepte le programme de l’institution autorisée.

En ce qui concerne les fonctionnaires qui viendraient en vertu de cette autorisation ils doivent être des employés à temps complet de l’université. Les autres, intérimaires ou sous contrat, ne pourront pas venir.

Tout ceci vise bien entendu à empêcher les étudiants et universitaires nord-américains de connaître l’œuvre sociale, l’œuvre éducationnelle de la Révolution, les possibilités en matière d’éducation de notre pays qui aspire à avoir la meilleure du monde.

Randy Alonso. Il est très symptomatique que l’interdiction totale des échanges frappe les lycéens, juste au moment où Cuba réalise une œuvre de transformation extraordinaire de l’enseignement secondaire qui pourrait devenir un exemple pour le reste du monde, alors qu’il reste tout de même une toute petite fente pour l’enseignement supérieur.

Rogelio Polanco. Ils ne veulent pas que les lycéens nord-américains constatent de leurs propres yeux le modèle inédit que Cuba met en place dans l’enseignement secondaire et qui pourrait être utile à d’autres pays, en particulier aux USA, quand c’est à ce niveau que se concentrent les plus graves problèmes dans le monde.

Toujours au sujet des voyages. Ceux qui avaient l’autorisation de faire des voyages d’échange de ce genre à Cuba devront en refaire la demande avant le 15 août pour se soumettre aux nouvelles réglementations.

Je passe aux rencontres sportives, médicales, les ateliers et d’autres activités de cette nature : l’OFAC supprime l’autorisation générale concernant les compétitions amateurs ou semi-amateurs parrainées par une fédération internationale de sport et n’accordera que des autorisations au cas par cas après examen, et l’on peut supposer qu’elle ne donnera aucune autorisation dans ce sens. Je tiens à souligner qu’il s’agit ici de compétitions internationales organisées en toute légitimité par des fédérations sportives internationales. C’est donc là s’en prendre à l’olympisme, s’en prendre au sport comme manifestation de paix.

Mais Bush et l’OFAC s’en prennent aussi aux échanges universitaires et savants dans des domaines comme la santé, agissant contre l’intérêt légitime de la population nord-américaine d’avoir des échanges avec Cuba dans ce domaine, un pays qui possède le système de santé le plus avancé au monde. Le peuple nord-américain et ses spécialistes ne pourront donc pas connaître sur place les avancées de Cuba en matière de biotechnologie et d’autres recherches et découvertes importantes qui pourraient leur être utiles.

Bref, à compter du 30 juin, aucun Nord-Américain ne pourra participer à des rencontres éducationnelles, à des compétitions sportives, à des ateliers savants, à des rencontres de médecine clinique à Cuba : l’autorisation est supprimée !

Cela prouve que l’obsession anticubaine de l’administration Bush frise la démence. Je vais en donner un nouvel exemple. Si un Nord-Américain – je ne parle pas d’un Cubano-Américain - veut rendre visite à un étudiant qui a reçu l’autorisation de l’OFAC de faire des études universitaires à Cuba ou d’assister à des stages, il doit en être un parent immédiat et uniquement en situation d’urgence, telle une maladie grave, qui empêcherait cet étudiant de rentrer aux USA. De plus, cette situation doit être notifiée à la Section des intérêts des Etats-Unis à La Havane et doit faire l’objet de consultations avec le département d’Etat. Prenons les choses à l’envers : si un étudiant nord-américain qui a finalement réussi à forcer cet énorme barrage d’entraves bureaucratiques tombe gravement malade à Cuba ou souffre un accident grave et ne peut rentrer de ce fait aux USA, il ne pourra recevoir le soutien que d’un parent immédiat qui doit de toute façon se soumettre à tous les démarches bureaucratiques que je viens d’esquisser.

Si ce n’est pas là une violation flagrante des droits que la Constitution reconnaît aux Nord-Américains et du droit international, alors je ne sais pas ce que violation veut dire !

Cette décision foncièrement antidémocratique de l’administration Bush au sujet des voyages de ressortissants nord-américains à Cuba va contre les intérêts véritables du peuple nord-américain et contre la volonté croissante de secteurs toujours plus nombreux, toujours plus larges de la société nord-américaine, en particulier du Congrès lui-même dont les deux chambre ont adopté ces dernières années différentes motions et résolution contre l’interdiction des voyages à Cuba.

Il est évident qu’il s’agit là d’étrangler Cuba, de l’asphyxier, d’empêcher non seulement le tourisme de Nord-Américains, mais même de simples visites, parce que l’administration Bush ne veut pas que ces derniers constatent d’eux-mêmes la réalité au sujet de laquelle elle ne cesse de leur mentir et au sujet de laquelle on leur a menti depuis quarante-cinq ans.

Randy Alonso. Il faut dire que c’est l’administration Bush qui, dans le cadre de cette politique obsessionnelle, a infligé le plus d’amendes à des Nord-Américains qui ont osé voyager à Cuba, qui a instruit le plus de procès contre eux. Elle n’a donc pas attendu ces nouvelles réglementations, bien entendu, pour saboter tout échange entre le peuple cubain et le peuple nord-américain. Arleen Rodríguez peut nous en donner des exemples.

Arleen Rodríguez. Oui, l’administration Bush tente de prouver par là, à la veille des élections présidentielles, qu’elle sait serrer la vis à Cuba, comme ne cessent de le lui réclamer les mafieux de Miami. Mais ces mesures s’inscrivent aussi, de mon point de vue, dans le climat de persécution que cette administration a créé aux USA et qui vise non seulement les Cubano-Américains et les Nord-Américains qui veulent venir à Cuba, mais l’ensemble de la société à partir des faits du 11 septembre 2001 qui ont servi d’arguments pour instaurer ce climat.

J’ai ici une nouvelle d’hier, selon une dépêche de World Data Service : « Trois pasteurs de l’Eglise méthodiste nord-américain viennent de se voir infliger une amende de 25 000 dollars chacun pour être allés à Cuba en 1999 sans autorisation ». Il s’agit donc, comme vous pouvez le constater, d’une mesure rétroactive. « Selon leur avocat, ces pasteurs qui sont d’ailleurs passés par le Canada sont allés à Cuba pour des raisons humanitaires. Cette punition tardive est une nouvelle preuve que l’administration nord-américain est en train de durcir toutes les punitions concernant Cuba ».

Mais ce qui m’a frappé le plus dans les nouvelles de ces derniers jours, c’est le fait que Peter Goldsmith et Michelle Guessling ont été jugés et accusés pour avoir organisé des régates de Tampa à Cuba. On les accuse d’ « association de malfaiteurs pour tourner le blocus » – et c’est là un chef d’accusation que nous connaissons bien dans le cas de nos Cinq Frères prisonniers aux USA ; faute de preuves, on invente cette « association de malfaiteurs », que ce soit contre le blocus ou contre la guerre – et de « l’avoir enfreint, d’octobre 2000 à mai 2003, en favorisant, sans posséder l’autorisation correspondante, des régates entre Key West et Cuba qui se sont déroulées en novembre 2000 et en mai 2002 ».

La encore, l’accusation est rétroactive.

« Au cas où ils seraient déclarés coupables, les accusés sont passibles, pour le premier chef d’accusation, d’une peine de jusqu’à cinq ans de réclusion et d’une amende de 250 000 dollars, et, pour le second chef, d’une peine de jusqu’à dix ans de réclusion et d’une amende de 100 000 dollars. »

La presse nord-américaine le dit clairement :

« En moins d’une semaine, en accord avec la promesse électorale faite par Bush aux Cubains du Sud de la Floride [aux Cubains d’extrême droite, pas aux autres !], le système judiciaire a formulé des chefs d’accusation criminelle contre des personnes ayant prétendument violé l’embargo et leur a imposé de lourdes peines.

Le cas le plus récent, celui de ces habitants de Key West qui organisaient des régates entre les cayes de la Floride et l’île et qui ont été arrêtés, est sans précédent : c’est la première fois qu’on impose des mesures aussi sévères à des promoteurs de ce genre d’activités. »

Autre cas, mercredi dernier :

Un juge de Chicago a infligé une peine de trois ans de réclusion à un avocat pour avoir vendu [revendu, faut-il dire] des cigares cubains aux Etats-Unis. Richard Connor a été déclaré coupable de faire de la contrebande avec l’ennemi et d’avoir menti aux fonctionnaires des services d’émigration.

Nul ne peut ignorer ni tourner l’embargo contre Cuba, a déclaré le procureur fédéral du Sud de la Floride, Marcos Jiménez. Les lois de sécurité nationale comme celles que nous appliquons existent.

Tout ceci est du blablabla, bien entendu, qui n’a rien à voir avec la vérité.

En fait, les deux personnes avaient organisé des régates en 1997, en 2000, en 2002 et en 2003. On dit qu’elles avaient déjà reçu des avertissements et qu’elles avaient accepté d’y mettre fin.

Mais tout ceci a provoqué des commentaires selon lesquels cette offensive du gouvernement n’est rien d’autre qu’une tactique électorale :

Un avocat de Milwaukee, associé à un réseau de juristes s’opposant au blocus, a taxé d’outrageant cette arrestation des deux organisateurs de régate : « Je crois que ce qui explique le mieux tout ceci, c’est la politique de l’administration Bush au Sud de la Floride : elle s’efforce de conquérir l’extrême droite de la communauté cubano-américaine et elle va juger des gens pour lui prouver qu’elle est dure contre eux.

Nous avons écouté les réactions de Pertierra. Je voudrais rappeler que l’une des interventions les plus émouvantes à la conférence La Nation et l’émigration a été celle de sa mère, Olga Pertierra, qui a dit qu’elle était déjà venue en mars en disant à son fils : « J’y vais pour voir l’endroit où on va m’enterrer », parce qu’elle veut être enterrée ici.

Olga Pertierra a affirmé : « Quand je suis arrivée à Cuba, j’ai décidé de ne plus mourir, j’ai décidé de vivre, parce que j’ai vu une autre Cuba… » - elle est partie en 1961…

Randy Alonso. C’était la première fois qu’elle revenait.

Arleen Rodríguez. Exact. « …et tout ce que j’ai vécu avant la Révolution ne ressemble en rien à cette société-ci fondée sur des valeurs. C’est quand j’ai connu Cuba [parce qu’elle dit que c’était une autre Cuba] que j’ai décidé de vivre. »

Olga Pertierra fait partie des personnes qui ne pourront plus venir à Cuba avant trois ans. Elle a quatre-vingts ans et vous savez combien le temps pèse sur les personnes de cet âge.

Je voudrais conclure sur les réflexions de Max Lesnick quand ces mesures ont été annoncées en février dernier : « Le plus honteux, c’est qu’il y a des Cubains ici, à Miami, qui encouragent ces plans. Des Cubains, ai-je dit ? Non, ces gens-là ne peuvent pas être des enfants de Cuba, ils sont autre chose, et je laisse les autres juges du mot à employer. »

Randy Alonso. La presse vient d’informer aujourd’hui qu’un groupe de rap qui a participé récemment à un festival à Cuba est sous le coup d’une accusation et qu’il peut être jugé et condamné pour être venu dans notre pays. L’administration Bush mène donc une véritable chasse, une traque implacable contre tout Nord-Américain qui tente de regarder de l’autre côté du détroit de la Floride et de voir la réalité d’un pays différent à seulement cent cinquante kilomètres des côtes des USA.

Mais ces nouvelles réglementations concernent aussi les envois d’argent de Cubano-Américains à leurs familles à Cuba, ce qui s’inscrit dans ce plan visant à étouffer économiquement le pays et à interrompre tout échange, tout envoi d’argent des USA à Cuba.

Reinaldo Taladrid nous commente les mesures concernant les envois d’argent.

Reinaldo Taladrid. Revenons en arrière. La minorité cubaine est la seule des USA pour laquelle il existe un maximum à l’envoi d’argent à son pays d’origine. Une discrimination unique contre elle. Il est intéressant de savoir comment les choses ont évolué au sein de cette Commission. On sait par exemple que le Conseil pour la liberté de Cuba, une organisation dissidente de la Fondation nationale cubano-américaine, autrement Ninoska et Cie, avait proposé à la Commission de supprimer totalement les envois d’argent aux familles cubaines. Celle-ci en a longuement discuté, certains étaient pour et d’autres contre, pour des raisons électorales par peur de la réaction que pouvaient avoir les électeurs devant une mesure si draconienne. Pas pour des raisons humanitaires, bien entendu, ni pour des raisons morales. Le jour où ces mesures ont été annoncées, il s’est passé quelque chose d’intéressant : la Commission convoque une conférence de presse et distribue aux journalistes un document en espagnol contenant les mesures qui vont être annoncées et selon lequel que les envois d’argent aux familles vont être diminués de 300 dollars par trimestre à 225. Or, quand Roger Noriega intervient, il annonce que le document en espagnol n’est pas valide et que le maximum des envois d’argent restera tel quel. Autrement dit, on peut supposer que l’intention avait été jusqu’au dernier moment de diminuer ce plafond, mais qu’ils ont finalement renoncé devant les protestations provenant de partout.

De toute façon, même si la Commission et l’OFAC n’ont pas modifié le plafond, le plus important consiste dans le « mais ». On ne modifie pas le montant, mais… Mais on élimine d’abord une catégorie qui avait existé durant l’administration antérieure, à savoir que les Nord-Américains pouvaient envoyer de l’argent à des Cubains dans l’île pour une raison ou une autre. L’OFAC déclare maintenant « éliminer l’autorisation générale permettant des envois trimestriels de la part de n’importe quel Nord-Américain âgé de dix-huit ans ou plus à n’importe quel foyer ou ressortissant de Cuba. » Bref, les Nord-Américains ne peuvent plus envoyer d’argent à Cuba.

Deuxièmement, comme pour les voyages, on réduit arbitrairement la notion de famille.

Je voudrais signaler un fait curieux : quand Cuba et les Etats-Unis ont discuté des accords migratoires – ce n’était pas cette administration-ci – les autorités nord-américains ont accepté le concept de famille cubain qu’elles ne saisissaient pas très bien, par exemple le beau-frère par alliance, le filleul. Cuba le leur a expliqué et l’autre administration a accepté ce concept. Et cette administration-ci le renie. Si bien que maintenant les envois d’argent ne peuvent aller qu’à la famille telle qu’ils la définissent, eux : la famille immédiate. Selon un concept très réduit de famille. Et ceci, évidemment, pour diminuer la quantité d’envois d’argent.

Troisièmement, le plafond d’argent que peut apporter un voyageur. Là encore, il y a quelque chose d’intéressant. L’OFAC vient de décréter : « Le montant total des envois d’argent à la famille qu’un voyageur autorisé pourra apporter à Cuba est réduit de 3 000 dollars à 300 dollars. » Auparavant, un voyageur pouvait apporter de l’argent pour dix destinataires ; maintenant, il ne pourra plus en apporter que pour un seul destinataire. De dix à un !

Ce sont là toute une série d’embûches. Les autorités disent : non, nous ne touchons pas au plafond des envois… mais elles réduisent par tous les moyens la quantité d’argent qui peut entrer à Cuba à ce titre. Tout ceci se fait très subtilement, mais les intentions retorses sont évidentes.

Par ailleurs, les autorités annoncent officiellement une série d’opérations de police dotées de moyens et de méthodes perfectionnés. Contre qui ou contre quoi ? Contre les voies informelles de faire arriver de l’argent à Cuba. Que sont ces voies informelles ? Et pourquoi existent-elles ? Elles existent à cause de la discrimination relative au plafond. Alors, si vous voulez envoyer plus d’argent à votre famille, à votre maman, à votre grand-mère, vous devez recourir à d’autres voies parce que le gouvernement nord-américain vous l’empêche. Et elles existent aussi à cause de la répression qu’exerce le gouvernement contre les voyages, contre l’envoi d’argent, au sein de la communauté cubaine aux Etats-Unis. Quand vous constatez que des gens sont jugés pour des activités remontant à 1999, qu’on juge des pasteurs, des prêtres, ou encore une grand-mère qui est venu faire du vélo ici, vous prenez peur – c’est d’ailleurs ce que cherchent ces mesures, bien entendu - et vous passez par des voies informelles.

Voilà donc les deux raisons essentielles pour lesquelles les Cubains de là-bas passent par des voies informelles, par ce qu’on appelle des « mules ».nUnUn

Que va donc faire l’administration nord-américaine contre ces « mules » ? Eh bien, ce qu’elle ne fait pas contre les trafiquants de personnes ! Elle va recourir à des méthodes policières, aux organismes fédéraux, au FBI, pour s’infiltrer dans ces groupes, les connaître, opérer contre eux. Exactement, je le répète, ce qu’elle devrait faire contre les trafiquants de personnes, contre les lancheros, et qu’elle ne fait pas. C’est là une nouvelle preuve du pharisaïsme de cette administration et de cette politique.

Mais elle y ajoute son zeste de fascisme : la délation. Elle va encourager les gens à dénoncer les « mules » qui amènent de l’argent à Cuba ; stimuler la délation, l’intrigue, tout ce climat typique de l’Allemagne nazie, des délations contre les juifs, les communistes, etc.

C’est là une attaque au cœur même de la famille cubaine, non parce que les gens dépendent des envois d’argent : ici, personne ne va se retrouver abandonné, dans un état d’inanition. Toujours est-il que c’est une tradition dans le monde entier : tous les émigrés du monde entier envoient de l’argent à leurs familles, s’ils peuvent le faire.

Je tiens à dire que près de 40 p. 100 des Cubains aux Etats-Unis vivent en dessous du seuil de pauvreté dans la société la plus riche du monde, et ils doivent travailler dur, très dur, avoir parfois deux ou trois emplois pour s’en sortir et pour pouvoir aider leurs familles ou pour pouvoir aller à Cuba. Et ces nouvelles mesures de Bush sont une attaque directe aux efforts qu’ils font à bien des endroits et à la famille d’ici, parce qu’une aide est une aide.

Mais c’est aussi une grande hypocrisie, une morale à double vitesse, du pharisaïsme pour reprendre l’expression biblique. Pourquoi ? Parce que, comme vous le savez, le Groupe des 8, autrement dit les pays les plus riches du monde, viennent de se réunir aux USA, à Sea Island, une île de Georgie, et le président de ce pays a approuvé de pair avec les sept autres pays les plus développés au monde la mesure suivante : réduire les tarifs que font payer les sociétés qui se consacrent à cette activité afin de faciliter ces envois d’argent vers les pays du Sud ! Bush était là, il a approuvé cette mesure, il a voté pour, et voilà qu’à peine quelques jours plus tard, il interdit brutalement les envois d’argent à Cuba ! C’est du pharisaïsme de la pire espèce, c’est à la fois du pharisaïsme et du fascisme.

Randy Alonso. Et comme par hasard, justement le jour où l’OFAC rendait publiques ces mesures, on apprenait que l’un de ses architectes cessait ses fonctions au gouvernement : je veux parler du terroriste Otto Reich. Lázaro Barredo nous commente.

Lázaro Barredo. Plusieurs experts signalent que de nombreux gouvernants de la région ont poussé un soupir de soulagement, parce qu’ils ne supportaient plus l’arrogance de cet individu qui avait provoqué pas mal de heurts par sa manière de faire. On raconte même qu’à une réunion latino-américaine récente, quelqu’un l’a taxé de clown et que d’autres ont protesté qu’il ne fallait pas souiller cette noble profession…

Donc, Melle Condoleezza Rice vient d’annoncer le départ d’Otto Reich, affirmant que les Etats-Unis étaient reconnaissant à monsieur l’ambassadeur et qu’elle acceptait sa démission à contrecœur parce qu’il était un membre éminent et de confiance du gouvernement. Un copain de Bush, ça c’est sûr ! Ils étaient cul et chemise.

La conseillère a apprécié en particulier son travail et ses efforts au sein de la Commission pour contribuer à une Cuba libre - Otto Reich a d’ailleurs reconnu lui-même que c’était son bébé - qui a adressé ses recommandations au président Bush sur la façon dont l’administration peut accélérer la conversion de Cuba en un pays libre.

Reich, selon plusieurs médias espagnols aux USA, a dit qu’il allait faire partie de l’équipe qui travaille à la réélection de Bush, raison pour laquelle il abandonne le gouvernement. En fait, à mon avis, on va l’envoyer comme grand coordonnateur pour Miami, pour la Floride, pour coordonner tous les efforts de la mafia en vue de préparer la fraude électorale. Il a aussi affirmé qu’il se consacrerait ensuite à conseiller une société qu’il créera dans l’espoir de devenir riche un jour. Ce qui est sûr, c’est que la mafia, Bacardí et tous ces gens-là lui doivent beaucoup et peuvent lui donner de l’argent.

Reich a affirmé qu’il abandonnait son poste en ayant raté deux examens, Cuba et le Venezuela. Deux belles frustrations, ça aussi c’est sûr ! N’oublions pas qu’il avait dit à Silvio Berlusconi en Italie, au milieu de l’année dernière, que les jours du gouvernement castriste étaient comptés, qu’il touchait à sa fin. L’autre échec, c’est quand il a coordonné le coup d’Etat raté de « Pedro le Bref », le 11 avril 2002, au Venezuela contre le gouvernement d’Hugo Chávez.

Mais son état de services inclut aussi d’autres taches. Ainsi, il a occupé ce poste sans l’approbation du Congrès et même sans le soutien de Colin Powell. C’est Bush qui a profité des congés du Congrès, fin 2001, pour le nommer secrétaire d’Etat adjoint aux affaires latino-américaines, un poste qu’un an plus tard, le Congrès a refusé de ratifier. Le Congrès l’a donc mis à la rue sans égards, d’une manière humiliante, et comme Bush ne pouvait le laisser dans cet état, il lui a lancé une bouée de sauvetage en le nommant son envoyé spécial pour l’Amérique latine.

Mais Reich a laissé entrevoir aujourd’hui qu’il pourrait rejoindre le gouvernement à l’avenir quand il a dit qu’il y avait déjà été à trois reprises.

Toujours est-il qu’il aura du mal à se délivrer de l’évaluation que le Congrès a fait de lui : « M. Reich manque de capacités pour être un bon administrateur, au jugement sain, à la sensibilité requise face à des conflits d’intérêts potentiels, à titre de représentant gouvernemental dans la région, et sans la capacité de surmonter des divisions de partis au sein du Congrès. » Voilà l’appréciation du sénateur Christopher Dodd, alors président de la commission correspondante, pour s’opposer à cette nomination. Et pour ajouter la goutte d’eau, il a affirmé : « M. Reich n’est pas qualifié pour ce poste. » Et cette appréciation a reçu l’aval de nombreux hommes politiques aux Etats-Unis.

Randy Alonso. Comment a-t-on réagi à Miami à ces mesures brutales de l’administration nord-américaine ? Quelles nouvelles y a-t-il, Taladrid ?

Reinaldo Taladrid. Elles sont très intéressantes, même pour un sociologue qui aurait étudié cette communauté pendant des années.

La chaîne Univisión vient d’annoncer les résultats d’un sondage selon lequel près de 70 p. 100 s’opposait à ces mesures, n’était pas d’accord.

À Radio Miami, Max Lesnick a affirmé dans son commentaire quotidien : « Ce que vient de faire l’administration Bush contre Cuba, contre notre patrie, est une infamie atroce. Les dispositions draconiennes au sujet des voyages dans l’île promulguées par l’administration républicaine à des fins foncièrement électorales, afin de gagner les voix de l’extrême droite de Miami, sont une agression épouvantable à l’unité et aux droits de la famille cubaine. »

Il s’est créé aussi – nous avons montré d’ailleurs l’autre jour des vues de la première réunion – un Comité cubano-américain pour les droits de la famille. Il s’agit de la première tentative unitaire de différentes organisations, de différentes personnes, poussées par des motifs différents, qui se sont regroupés contre ces mesures. Celles-ci ont donc provoqué quelque chose d’absolument inédit à Miami. Il ne s’agit pas d’un groupe politique, mais le fait de ce regroupement contre les mesures est clairement politique.

Par ailleurs, Alvaro Fernández, un commentateur de Radio Progreso Alternativo et membre de la direction de ce Comité, a dit ce qui suit : « Comme je l’ai déjà écrit et déclaré, ces mesures sont les plus cruelles et les plus anti-américaines qu’un président des Etats-Unis ait adopté depuis quarante-quatre ans que je vis dans ce pays-ci. Avons-nous de quoi en être surpris ? George W. Bush a besoin des voix de l’extrême droite de Miami en novembre, mais cela peut toucher la communauté cubaine : un mauvais conseil de quelques extrémistes risque de lui ôter plus de voix qu’il ne lui en apporte. »

De fait, ces mesures peuvent se convertir en une espèce de boomerang électoral. Comme on la dit ici, elles sont à la fois purement électorales, mais elles ont aussi un substrat idéologique.

Que disent les enquêtes ? En 2000, 85 p. 100 de la communauté cubaine a voté Bush. Or, les sondages actuels montrent que Bush n’obtiendra que 65-66 p. 100 cette fois-ci. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’il n’a pas liquidé la Révolution cubaine comme il l’avait promis. Certains sont donc furieux qu’il n’ait pas envahi Cuba, qu’il n’ait pas détruit la Révolution, et alors, pour le punir, ils lui retirent leurs voix. Ils ne vont pas les reporter bien entendu sur le parti démocrate, mais ils ne vont pas non plus voter contre lui. Et c’est pour complaire à ce secteur que l’administration Bush a conçu tout ce plan.

Le hic, c’est que, selon ce que disent bien des gens, la communauté cubaine aux USA est peut-être en train de changer.

Par exemple, quand les sondages posent des questions de ce genre : Etes-vous d’accord pour une invasion de l’île ? Etes-vous d’accord avec des actions militaires de l’exil contre l’île ? Etes-vous d’accord avec le maintien du blocus, de l’interdiction des voyages et du commerce avec l’île ? ceux qui sont arrivés aux USA dans les années 60 et ceux qui y sont arrivés dans les années 90 ne répondent pas pareil : les premiers disent « oui », les seconds disent « non », dans des proportions presque similaires, presque 70 contre 30.

Beaucoup de ceux qui sont arrivés dans les années 90 ne sont pas encore des citoyens nord-américains, ne sont donc pas inscrits comme électeurs.

Et il vient de se produire quelque chose d’inédit : le maire d’Hialeah, Raúl Martínez, vient de défier Lincoln Díaz-Balart à un débat public sur la question, et il aussi lancé une campagne pour faire enregistrer sur les listes électorales ceux qui sont arrivés dans les années 90, voire ceux qui sont arrivés avant, comme ceux du Mariel, dans les années 80, afin qu’ils puissent voter et punir Bush aux prochaines élections pour les mesures qu’il a prises.

Rappelons-nous que la victoire dans cet Etat de la Floride s’est décidée par une différence de 537 voix. Donc, selon certains calculs, il suffirait que de 5 000 à 10 000 de ces nouveaux venus, qui sont bien plus nombreux, s’inscrivent sur les listes électorales pour modifier le panorama. Ce pourrait donc être un facteur décisif, un véritable boomerang politique contre l’origine politicarde et bassement électorale de ces mesures.

Evidemment, il y a aussi des gens pour ! « Je suis satisfaite de voir l’administration et le département d’Etat mettre ces mesures en place. Les nouvelles pressions exercées sur l’économie castriste réduisent les ressources financières dont dispose la dictature pour continuer d’opprimer le peuple cubain. » Signé : Ileana Ros-Lehtinen !

Elle aurait dû dire plutôt que ces mesures visent à opprimer la famille cubaine dont elle estime ne pas faire partie, et que c’est la famille, de deux côtés du détroit de la Floride, qui en souffrira.

Autre opinion : « Le président George W. Bush est le meilleur ami que la cause de la liberté ait jamais eue à la Maison-Blanche. Je remercie le président Bush de mettre en pratique ces mesures qui renforcent considérablement l’embargo contre la tyrannie cubaine. » Signé : comme Fidel l’a dit sur la place de la Révolution, « une crapule mal prénommée Lincoln et nommée Díaz Balart ».

Autre opinion : « Zéro fêtes des quinze ans et zéro fêtes d’anniversaire. Fini les anniversaires et les fêtes des quinze ans financés par l’argent de l’exil ! » Signé : Ninoska Pérez Castellón. Que les Cubains qui nous voient ou nous écoutent le sachent bien : voilà ce que vient de déclarer contre la famille cubaine. Ninoska Pérez Castellón, la femme de Martín Pérez, la porte-parole du terrorisme, se réjouit du sort fait à la famille cubaine !

Randy Alonso. Nous avons justement au bout du fil Max Lesnick, dont tu as cité le commentaire à la radio.

Miguel A. Masjuán. J’aimerais un commentaire de votre part sur la répercussion que les mesures prises par Bush ont eue à Miami.

Max Lesnick. La communauté a été surprise. Elle ne parvient pas à comprendre que l’administration nord-américaine s’en prenne à l’unité des familles cubaines pour des raisons purement électorales, sous la pression de Cubano-Américains d’extrême droite. Pour les Cubains, la famille est au-dessus de tous les clivages politiques qui pourraient exister. On constate une grande consternation. Ces mesures sont si radicales qu’elles interdisent aux Cubains vivant ici de rendre visite à leur famille pendant trois ans. Une famille déjà divisée par la distance sera en plus divisée par le temps. C’est long trois ans quand on veut voir sa mère, qui a peut-être quatre-vingt-dix et qui est peut-être sur son lit de mort ! On pouvait espérer avant revoir sa famille tous les ans ; ce sera maintenant tous les trois ans. Ces mesures, je le répète, ont été promulguées pour des raisons ayant à voir essentiellement avec les prochaines élections présidentielles dans l’idée – erronée à mon avis – que les Cubano-Américins vont se joindre à cette campagne !

Bref, la consternation est générale, mais j’estime qu’un mouvement d’opinion publique est en train de se faire jour parmi les Cubano-Américains du Sud de la Floride, qui pourrait entraîner une réponse négative aux ambitions de réélection de Bush en novembre prochain.

Ce serait une grande victoire pour les Etats-Unis. Le grand vainqueur serait alors le parti démocrate qui cherchera à s’ouvrir aux Cubano-Américains en fonction d’un sentiment humaniste, qui est l’unification de la famille malgré la distance. De toute façon, le grand perdant est le peuple cubain et la communauté cubaine à l’étranger, car nous sommes en fait les premiers à souffrir les coups de bélier de cette politique erronée qui portera préjudice aux Cubains mais ne favorisera pas de mon point de vue les aspirations présidentielles de Bush.

Miguel A. Masjuán. Je te remercie, Max, de tes commentaires.

Max Lesnick. Un salut à tous les Cubains. Espérons que les circonstances changent un jour et que nous puissions continuer de nous voir les uns les autres avec l’affection et l’amour qu’a toujours eus la famille cubaine.

Randy Alonso. Et comme, nous l’avons dit, ces mesures touchent aussi la population nord-américaine où toujours plus de secteurs politiques, économiques et sociaux se prononcent pour des relations normales entre les deux pays et les deux peuples, des expressions de condamnation se sont aussi fait entendre. Rogelio Polanco nous en donne des exemples.

Rogelio Polanco. J’en ai trois.

Le premier émane du Centre d’information pour la défense, formé par d’importants chercheurs de questions militaires, d’anciens hauts gradés, de généraux. Certains d’entre eux ont d’ailleurs déclaré que Cuba ne constituait pas une menace militaire pour les USA, comme Wilheim Sheehan, McCaffrey et d’autres, dont certains ont même visité notre pays. Donc, ce Centre a publié hier, 16 juin, une déclaration pour rappeler que les autorités cubaines considèrent l’emploi d’un avion militaire C-130, dit Commando Solo, pour faire parvenir les ondes de Radio Martí et de TV Martí dans l’île comme s’inscrivant dans le cadre de l’antagonisme croissant de l’administration envers le gouvernement cubain, ce qui aggrave les possibilités d’un incident qui risque de conduire à des faits violences. Ce Centre signale encore que les Cubains considèrent cela comme quelque chose de particulièrement provocateur.

Ce Centre rappelle que cet avion C-130 a été utilisé traditionnellement pour soutenir des opérations psychologiques en temps de guerre ; que plusieurs fonctionnaires cubains ont signalé que le vol à temps complet de cet avion de la part du Bureau de transmissions vers Cuba, dirigé en majorité par des Cubains de Miami liés à des extrémistes qui cherchent à provoquer un incident violent, peut servir de prétexte à une action militaire contre Cuba et que ces extrémistes de Miami pourraient voir dans cet avion l’instrument d’une provocation. Et il rappelle en passant l’incident de 1996.

Deuxième exemple. L’Alliance des Etats-Unis en faveur des voyages, connue en anglais comme ATRIP-USA-Engage-Alliance, et formée par le Conseil national du commerce extérieure et par l’Association professionnelle de l’industrie des voyages aux Etats-Unis, autrement dit par les agences de voyages, a taxé les réglementations de Bush de draconiennes dans un communiqué émis hier à Washington. Elle estime que ces mesures portent préjudice tant aux hommes d’affaires nord-américains qu’à la politique extérieure des Etats-Unis, qu’elles coupent les Cubano-Américains de leurs familles à Cuba. Elle se prononce également contre les plafonds fixés aux envois d’argent, car ces mesures touchent essentiellement le peuple cubain. Elles auront un impact financier en coûts, en emplois et en obligations légales sur divers secteurs. L’Alliance considère ces mesures comme un caprice de l’administration. Elle signale enfin que celle-ci pourrait être en train de bafouer le droit constitutionnel des Nord-Américains de voyager, ce qui porte même atteinte aux intérêts du pays.

Troisième exemple. Une déclaration d’hier de l’Association nationale des avocats :

Le National Lawyer Guild des Etats-Unis a appelé le département du Trésor à refuser les nouvelles réglementations proposées par la Maison-Blanche au sujet des voyages à Cuba.

Elle juge cette mesure un obstacle du président Bush à la liberté de voyager et un instrument de censure au droit des citoyens de visiter d’autres pays.

Elle s’oppose à la proposition de Bush de couper les contacts des Nord-Américains avec Cuba en matière éducationnelle et juge cette mesure contraire à la tradition de liberté universitaire et aux principes du Premier Amendement de la Constitution nord-américaine.

Elle critique l’objectif de limiter les visites familiales de Cubano-Américains à Cuba à une fois tous les trois ans et pour seulement quatorze jours.

Elle se prononce contre les restrictions du droit des Nord-Américains d’envoyer de l’argent à leurs familles à Cuba, le considérant comme un outrage humanitaire.

Elle condamne aussi les interdictions de tout contact sportif et a qualifié de ridicule le fait que les voyages d’équipes de base-ball amateurs à Cuba puissent constituer une menace à la sécurité nationale.

Selon cette Association, le pays n’aurait rien à perdre et tout à gagner en permettant aux citoyens de voyager librement à l’étranger. Le temps sont justement venus où nous devons apprendre davantage sur d’autres cultures et styles de vie, au lieu de couper le dialogue avec les gens d’autres pays.

Voilà donc trois exemples qui indiquent que des secteurs de la société nord-américaine ne laisseront pas passer ces mesures sans réagir.

Randy Alonso. Nous avons justement au bout du fil depuis Minneapolis (Minnesota) l’avocat nord-américain Bruce Nestor, membre de la direction du National Lawyer Guild.

Miguel A. Masjuán. J’aimerais que vous fassiez un commentaire sur la déclaration que votre Association vient d’émettre.

Bruce Nestor. Notre association, qui regroupe plus de cinq mille avocats et étudiants de droit, a fortement condamné les restrictions aux voyages et aux échanges d’idées et de personnes entre Cuba et les USA.

Nous estimons que la majorité du peuple nord-américain, mais aussi de nombreux membres du Congrès, tous partis confondus, s’opposent aux actions de l’administration Bush.

Les restrictions qu’impose ce gouvernement ne servent à aucun objectif légitime du point de vue politique. Ce ne sont que des mesures ayant à voir avec les prochaines élections de novembre et visant à renforcer le soutien à Bush des membres les plus réactionnaires et les plus droitistes de la communauté cubaine du Sud de la Floride.

Ces mesures relèvent du droit humanitaire, car elles visent à séparer les familles, à empêcher les communications et les contacts entre ceux qui vivent aux Etats-Unis et leurs familles à Cuba, aggravent les tensions au lieu de tenter de les réduire dans le monde. De fait, elles toucheront aussi le peuple nord-américain en l’empêchant d’avoir plus d’informations sur la réalité cubaine et en l’obligeant à dépendre encore plus de l’intoxication et des mensonges que répandent les médias de notre pays.

Nous condamnons donc fortement les restrictions aux voyages, à la possibilité des Nord-Américains de faire du tourisme à Cuba, les restrictions aux échanges entre parentes et familles ne vivant plus dans l’île. Nous jugeons que c’est là une mesure politique et nous espérons que le peuple nord-américain se battra contre elles et qu’il continuera d’exercer des pressions sur le Congrès pour la mise en place de relations normales avec Cuba et pour la diminution des pressions économiques et autres que les USA exercent sur Cuba à un moment si difficile.

Randy Alonso. Des secteurs de la société nord-américaine refusent donc ces mesures qui visent à détruire la société qui connaît la plus grande égalité sociale de ce continent, selon ce que vient de reconnaître une étude menée par dix-huit économistes de quatre universités brésiliennes de Sao Paulo, étude révélée hier dans le cadre de la Onzième Session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) qui se tient au Brésil. Ces mesures prétendent aussi faire revenir notre pays à cette société du passé, type USA où des choses comme celles que je vais indiquer peuvent arriver.

Selon une agence de presse,

82 millions de personnes n’ont pas eu d’assurance-maladie aux Etats-Unis à un moment donné ces deux dernières années, et les plus touchés ont été les Latinos et les Noirs, affirme une étude que divulgue aujourd’hui le groupe Families USA.

Ces conclusions prouvent que la carence d’assurance-maladie n’est pas simplement un problème de pauvreté et qu’elle ne se borne pas aux personnes âgées, mais que c’est une préoccupation pour les familles de travailleurs et de la classe moyenne, a affirmé le directeur du groupe Ron Pollack. Le problème est énorme, a-t-il ajouté, et s’aggrave, c’est vraiment une énorme épidémie.

Le Bureau de recensement des Etats-Unis a calculé qu’en 2002, 43,6 millions de personnes n’ont pas eu d’assurance-maladie qui s’obtient dans ce pays surtout à travers l’entreprise qui vous emploie.

L’assurance-maladie coûte cher pour la majorité des travailleurs et même pour les petits entrepreneurs.

A la différence de l’étude du Bureau de recensement qui classe comme sans assurance-maladie les personnes n’en ayant pas eu pendant un an, l’étude effectuée par la société-conseil de santé Lewin Group prend en compte une durée de vingt-quatre mois.

Le rapport indique que 60 p. 100 des Latinos, soit 22,4 millions de personnes, et 43 p. 100 des Noirs, soit 13,7 millions de personnes, n’ont pas eu d’assurance-maladie à un moment donné des deux années précédentes. Chez les Blancs, seuls 24 p. 100, soit 39,4 millions de personnes, ont été dans ce cas. Par ailleurs, 27 millions de personnes sans assurance-maladie étaient âgées de moins de dix-huit ans, soit presque le tiers des tous les enfants aux Etats-Unis.

Voilà le genre de situation à laquelle Bush veut nous faire revenir.

Je demanderais un commentaire final à Dausá.

Rafael Dausá. Je voudrais exprimer plusieurs idées générales.

Premièrement, ces nouvelles réglementations sont tout à fait en accord avec la politique agressive, hostile, de cette administration depuis trois ans et demi, avec les dizaines d’actions engagées contre notre économie, contre notre peuple, accompagnées d’une rhétorique extrêmement hostile envers la Révolution cubaine.

Deuxièmement, ces nouvelles réglementations prouvent que cette administration est totalement alignée sur les idées du secteur le plus d’extrême droite de la mafia cubano-américaine et que le président ne prête absolument aucune attention aux réclamations de secteurs importants de la communauté cubaine aux Etats-Unis qui veulent des relations normales avec leur patrie.

Troisièmement, ces nouvelles réglementations, le Rapport de cette commission puent les intérêts électoraux, même si je crois qu’il serait erroné de s’en tenir là. Elles reflètent aussi le sentiment de vengeance idéologique envers la Révolution cubaine de la clique fasciste qui dirige les Etats-Unis.

Quatrièmement, ces nouvelles mesures violent la Constitution nord-américaine et les droits constitutionnels des citoyens nord-américains qui sont théoriquement libres de voyages partout dans le monde. Exception faite de Cuba.

Cinquièmement, ces actions sont aussi contraires au sentiment de la grande majorité du Congrès qui, durant trois années d’affilée, 2001, 2002 et 2003, a adopté d’importants amendements en vue d’assouplir les restrictions de voyages à Cuba. Or, cette administration se moque de la volonté du Congrès, utilisant des mécanismes non démocratiques pour bloquer ces amendements.

Sixièmement, ces réglementations violent les droits de l’homme du peuple cubain et du peuple nord-américain. Elles constituent une agression brutale contre la famille cubaine et une violation de ses droits de famille, mais aussi un discrimination brutale contre les Cubains vivant aux Etats-Unis et un exemple du racisme qui sévit dans cette administration.

Septièmement, ces réglementations violent des principes sacrés qui ont existé aux USA pendant des siècles. En fait, l’administration vient de faire un coup d’Etat contre le Congrès : s’arrogeant des pouvoirs législatifs, elle vient de modifier des lois nord-américaines et donc de violer l’ordonnancement intérieur de ce pays.

Finalement, ces mesures ni aucune autre – parce que nous sommes sûrs que cette administration adoptera des mesures additionnelles : par exemple, les vols du C-130 n’ont pas encore commencé et d’autres mesures n’ont pas encore été appliquées – ne seront capables de faire plier le peuple cubain. Nous avons une confiance infinie dans la solidité de la Révolution cubaine, dans la sagesse de la Révolution cubaine, dans la sagesse et la solidité des dirigeants cubains, si bien que nous sommes absolument convaincus que ce Rapport et toutes ces mesures viendront rejoindre tôt ou tard la longue liste des échecs ridicules que le gouvernement nord-américain accumule depuis quarante-cinq années de harcèlement à la Révolution cubaine.

Pour conclure, je rappellerai la Déclaration du Comité central du parti et du Gouvernement révolutionnaire du 7 mai dernier : Cuba ne retournera jamais plus à la condition horrible, pitoyable et inhumaine de néo-colonie des Etats-Unis.

Randy Alonso. Je te remercie de tes commentaires, et je remercie aussi tous les intervenants ainsi que tous les invités.

Compatriotes,

L’Office de contrôle des actifs étrangers du gouvernement nord-américain a fait connaître hier les réglementations nécessaires à la mise en vigueur des brutales mesures adoptées contre notre peuple le 6 mai dernier par le führer Bush en vue d’étrangler économiquement Cuba, de renforcer le blocus génocide et de renverser la Révolution cubaine.

Devant entrer en vigueur le 30 juin au milieu d’une campagne électorale serrée, ces actions criminelles sont la preuve de la haine viscérale que l’extrême droit nord-américaine porte à la nation cubaine, de l’arrogance impériale de cette administration et de la pensée fasciste et totalitaire qui l’inspire.

Obsédés par la volonté ancestrale des dirigeants nord-américains de s’emparer de Cuba, les nouveaux Weyler se lancent aveuglement contre la famille cubaine, s’efforçant d’empêcher les contacts, réduisant celle-ci à sa plus simple expression, décidant quel genre de famille nous devons avoir et réduisant toujours plus les possibilités d’envois d’argent.

Ils en arrivent au comble de fixer le poids des valises que les Cubains venant ici peuvent emporter et de leur interdire de rentrer avec le moindre cadeau qu’on leur aurait fait durant leur séjour.

Ils conjuguent petitesse et haine contre le peuple cubain, en quête du soutien électoral d’un groupe décroissant de renégats et de mercenaires sans morale ni principes, capable des pires atrocités terroristes.

Ils rêvent de nous faire plier et de nous reconvertir en une colonie yankee, de nous faire revenir à la société corrompue et frustrée qu’ils nous ont imposée après leur intervention militaire de 1898, mais ils ignorent notre tradition historique de lutte, la soif d’indépendance qui a présidé à notre naissance de nation, les valeurs forgées dans le peuple par la Révolution et l’extraordinaire œuvre humaine que ce peuple a créée pendant ces quatre décennies.

Ils ignorent et offensent une nation qui a appris et bien appris de Martí qu’un peuple libre et juste est le seul hommage valable à rendre à ceux qui meurent pour lui.

Qu’ils ne commettent pas d’erreurs ! Nous sommes des millions prêts à nous battre avec Fidel dans la première tranchée face à ceux qui prétendent souiller notre patrie ! 

Le combat continue !

Bonsoir à tous.